{"id":65581,"date":"2025-12-24T11:10:36","date_gmt":"2025-12-24T11:10:36","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=65581"},"modified":"2025-12-24T11:10:37","modified_gmt":"2025-12-24T11:10:37","slug":"can-2025-comment-le-maroc-et-le-roi-mohammed-vi-ont-fait-du-football-un-outil-de-soft-power","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=65581","title":{"rendered":"CAN 2025 : comment le Maroc et le roi Mohammed VI ont fait du football un outil de soft power"},"content":{"rendered":"\n<p>En un peu moins de 20 ans, le Maroc est devenue une nation majeure du football mondial. Ses \u00e9quipes nationales brillent et les Lions de l&rsquo;Atlas font figure de grand favori pour remporter la CAN 2025 \u00e0 domicile. Depuis la fin des ann\u00e9es 2000, les gouvernements et le palais royal ont m\u00e9tamorphos\u00e9 le football marocain avec un objectif, faire de ce sport un outil d&rsquo;influence et un enjeu d&rsquo;image pour le royaume. Retour sur 20 ans d&rsquo;investissements.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait quelques heures avant la finale des Jeux M\u00e9diterran\u00e9ens en 1983 \u00e0 Casablanca. Les Lions de l&rsquo;Atlas jouent contre la Turquie. Les joueurs sont convoqu\u00e9s au palais royal. Aziz Bouderbala, ancien milieu offensif du Wiyad de Casablanca, se souvient.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Le roi Hassan II nous demande de nous asseoir. Et tout d&rsquo;un coup, il sort de son portefeuille des petits triangles en papier. Il a commenc\u00e9 \u00e0 les disposer sur la table et \u00e0 parler d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9trange. Personne n&rsquo;a rien compris\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>se rem\u00e9more aupr\u00e8s du\u00a0quotidien suisse\u00a0<em>Le Temps<\/em>\u00a0Aziz Bouderbala, alors l&rsquo;ancienne star marocaine de l&rsquo;\u00e9quipe nationale des ann\u00e9es 1980<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est un jeu triangulaire dont aucun de nous n&rsquo;avait jamais entendu parler. Il voulait qu&rsquo;on joue comme cela en finale, comme les joueurs du Bar\u00e7a qui combinent souvent en triangle. Le jour o\u00f9 pour la premi\u00e8re fois, j&rsquo;ai r\u00e9entendu parler de ce syst\u00e8me, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 rire seul dans mon coin. Il \u00e9tait en avance sur son temps\u00a0\u00bb.<\/em>&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Hassan II un passionn\u00e9 du jeu<\/h2>\n\n\n\n<p>Les liens entre le football et la monarchie marocaine sont anciens. Le roi Hassan II \u00e9tait un passionn\u00e9 du jeu. Le nouveau roi Mohammed VI, lorsqu&rsquo;il arrive au pouvoir en 1999, se dispense lui de donner des conseils tactiques aux s\u00e9lectionneurs et aux joueurs. Il va cependant assez rapidement comprendre l&rsquo;importance strat\u00e9gique de ce sport pour l&rsquo;image et l&rsquo;influence de son pays, selon le journaliste sportif Hanif Ben Berkane.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Le football n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 tout de suite une priorit\u00e9. Cela l&rsquo;est devenu au fur et \u00e0 mesure. Le football de nos jours, que l&rsquo;on veuille ou non a un impact politique \u00e9norme\u00a0\u00bb,<\/em>&nbsp;explique \u00e0 TV5MONDE Hanif Ben Berkhane, journaliste marocain et bon connaisseur du football africain<em>. \u00ab\u00a0Le Maroc veut devenir une nation \u00e9mergente dans le monde dans de nombreux domaines. Et le football ne pouvait pas \u00e9chapper \u00e0 ses ambitions\u00a0\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et d&rsquo;ajouter<em>: \u00ab\u00a0Le Maroc avait organis\u00e9 la Coupe d&rsquo;Afrique des nations en 2004. La s\u00e9lection avait \u00e9t\u00e9 finaliste. Cela a \u00e9t\u00e9 un premier d\u00e9clic. Ensuite, le Maroc a \u00e9t\u00e9 candidat pour l&rsquo;organisation de la Coupe du monde en 2010. L&rsquo;Afrique du Sud a \u00e9t\u00e9 choisie et cela \u00e9t\u00e9 \u00e9galement une autre prise de conscience de l&rsquo;importance que peut avoir le football comme instrument d&rsquo;influence et d&rsquo;image pour un pays\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit Hanif Ben Berkane. \u00ab\u00a0<em>Et puis le roi ne pouvait pas se d\u00e9sint\u00e9resser du football. C&rsquo;est un sport qui mobilise de nombreux Marocains. C&rsquo;est aussi un enjeu interne au pays et c&rsquo;est un enjeu social\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>\u00ab\u00a0Le football troisi\u00e8me pilier de la diplomatie\u00a0\u00bb<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Le pouvoir marocain et le Palais royal comprennent alors&nbsp;<em>\u00ab\u00a0que pour organiser de grands \u00e9v\u00e9nements internationaux comme la Coupe du monde, il faut que les \u00e9quipes nationales ne d\u00e9\u00e7oivent pas, aillent loin dans les comp\u00e9titions internationales\u00a0\u00bb,&nbsp;<\/em>ajoute Hanif Ben Berkane.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0L&rsquo;influence du roi, du Maroc passait auparavant effectivement par une diplomatie plus traditionnelle. Elle passait \u00e9galement par une diplomatie religieuse. Le Maroc forme des imams partout dans le monde. Et le Maroc a compris que l&rsquo;influence passe aussi par le sport, le football, sport mondial\u00a0\u00bb, explique Hasni Habidi,&nbsp;<\/em>directeur du Centre d&rsquo;\u00e9tudes et de recherche sur le monde arabe et m\u00e9diterran\u00e9en (CERMAM) de Gen\u00e8ve.&nbsp;<em>\u00ab\u00a0Le sport et plus particuli\u00e8rement le football constituent de fait le troisi\u00e8me pilier de la diplomatie marocaine\u00a0\u00bb,&nbsp;<\/em>estime le chercheur.<\/p>\n\n\n\n<p>La diaspora marocain \u00e0 Amsterdam aux Pays-Bas c\u00e9l\u00e8bre la victoire de l&rsquo;\u00e9quipe marocaine contre l&rsquo;Espagne en huiti\u00e8me de finale de la Coupe du monde, le 6 d\u00e9cembre 2022 (AP Photo\/Peter Dejong).<\/p>\n\n\n\n<p>En 2014, la d\u00e9cision est donc prise par l\u2019\u00c9tat et le Palais de d\u00e9velopper davantage le football marocain, d\u00e9crit Hanif Ben Berkane.&nbsp;<em>\u00ab\u00a0Un projet est pr\u00e9sent\u00e9 avec l&rsquo;id\u00e9e de m\u00e9tamorphoser compl\u00e8tement le football marocain. Comme beaucoup de s\u00e9lections africaines, notamment au Maghreb, la s\u00e9lection nationale \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9pendante des ses diasporas\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Est ce que les bi-nationaux allaient rejoindre la s\u00e9lection nationale? Pour \u00eatre moins d\u00e9pendants et avoir moins de r\u00e9sultats en dents de scie \u00e0 cause de cette d\u00e9pendance, le projet est alors de d\u00e9velopper des acad\u00e9mies et de renforcer et de structurer le football &nbsp;local pour que des joueurs form\u00e9s au Maroc puissent int\u00e9grer la s\u00e9lection nationale. L&rsquo;acad\u00e9mie la plus connue est bien entendue l\u2019Acad\u00e9mie Mohammed VI\u00a0\u00bb,&nbsp;<\/em>d\u00e9crit Hanif Ben Berkane, journaliste marocain chez Footmercato.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;Acad\u00e9mie Mohammed VI<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Acad\u00e9mie Mohammed VI, lanc\u00e9e d\u00e8s 2008, est effectivement la vitrine de cette nouvelle politique sportive. L&rsquo;homme cl\u00e9 est Nasser Larguet, entra\u00eeneur et formateur franco-marocain, qui deviendra ensuite formateur \u00e0 l&rsquo;OM. Les jeunes joueurs rentrent \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 12 ans et chaque promotion compte 45 enfants dans ce centre ultra-moderne situ\u00e9 dans l\u2019agglom\u00e9ration de Rabat qui aura co\u00fbt\u00e9 la jolie somme de 13 millions d&rsquo;euros.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Acad\u00e9mie Mohammed VI sert alors de mod\u00e8le pour les autres acad\u00e9mies d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 partir de 2014 dans tous le pays. Aujourd&rsquo;hui quatre joueurs form\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie Mohammed VI font partie de la s\u00e9lection nationale. \u00ab\u00a0<em>Le nombre de bi-nationaux, de joueurs de la diaspora ne d\u00e9passe pas les 50% de l&rsquo;effectif de la s\u00e9lection nationale. C&rsquo;est un premier signe que le football local compte\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit Hanif Ben Berkane.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie, vainqueur de la CAN en 2019, comptait elle en son sein 19 joueurs bio-nationaux sur 24 joueurs<em>. \u00ab\u00a0En 2004, l&rsquo;\u00e9quipe nationale marocaine qui perd la finale contre la Tunisie \u00e9tait compos\u00e9e majoritairement de bi-nationaux. Elle perd d&rsquo;ailleurs sur un but de Francileudo Santos, un Br\u00e9silien naturalis\u00e9 Tunisien\u00a0\u00bb,&nbsp;<\/em>d\u00e9crit le journaliste.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>\u00ab\u00a0Les maillots de l&rsquo;\u00e9quipe nationale se vendent d\u00e9sormais en Asie\u00a0\u00bb<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Les premiers r\u00e9sultats tombent enfin.&nbsp;<em>\u00ab\u00a0Le Maroc peut rivaliser avec les grandes s\u00e9lections nationales, notamment europ\u00e9ennes. La place de demi-finaliste \u00e0 la Coupe du monde 2022 en est la preuve\u00a0\u00bb,&nbsp;<\/em>explique le journaliste marocain.<em>&nbsp;\u00ab\u00a0L&rsquo;impact sur l&rsquo;image du pays est \u00e9norme. Les maillots de l&rsquo;\u00e9quipe nationale se vendent d\u00e9sormais en Asie par exemple au m\u00eame titre que les maillots du Br\u00e9sil ou de la France\u00a0\u00bb,<\/em>&nbsp;explique le sp\u00e9cialiste du football marocain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Le fait d&rsquo;avoir une s\u00e9lection qui performe, qui est connu, cela a un impact positif par exemple sur le tourisme au Maroc, un secteur cl\u00e9. Tout cela d\u00e9passe largement le secteur du seul football. Les gens ont pu enfin visualiser le nom du Maroc sur une carte \u00ab\u00a0,&nbsp;<\/em>explique le journaliste.<em>&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les succ\u00e8s s&rsquo;encha\u00eenent. Pour la premi\u00e8re fois une \u00e9quipe africaines de jeunes (les U20) devient championne du monde avec le Maroc lors du tournoi 2025. La liaison entre le football, son organisation et ses infrastructures est d\u00e9sormais m\u00eame pratiquement institutionnalis\u00e9e.<em>&nbsp;\u00ab\u00a0C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;actuel pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration royale marocaine de football,&nbsp;Fouzi Lekjaa, est aujourd&rsquo;hui ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 au budget depuis 2021 dans le gouvernement Aziz Akhannouch \u00ab\u00a0<\/em>, souligne Hanif Ben Berkane.<\/p>\n\n\n\n<p>En octobre 2023, la FIFA d\u00e9cide de confier l&rsquo;organisation de la Coupe du monde 2030 au Maroc avec le Portugal et l&rsquo;Espagne.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Le Maroc a v\u00e9ritablement appris de ses \u00e9checs. Il y a eu une vrai op\u00e9ration de relations publiques. Les instances dirigeantes du football marocain sont all\u00e9s d\u00e9marcher chaque f\u00e9d\u00e9ration. Le Maroc a \u00e9galement investi \u00e9norm\u00e9ment dans ses infrastructure, ses stades. C&rsquo;est peut-\u00eatre ce qu&rsquo;il manquait dans la candidature pour la Coupe du monde 2010\u00a0\u00bb<\/em>, explique Hasni Abidi, politologue et directeur du Centre d&rsquo;\u00e9tudes et de recherche sur le monde arabe et m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p>Six stades sont alors r\u00e9nov\u00e9s enti\u00e8rement avec le soutien de la Caisse des d\u00e9p\u00f4ts et consignation du Maroc. Le futur stade de Casablanca Hassan II est en concurrence avec le Camp Nou de Barcelone et le Bernabeu de Madrid pour accueillir la finale de la Coupe du monde 2030.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La diplomatie sportive reste cependant ch\u00e8re. La construction du &nbsp;futur stade Hassan II et la remise \u00e0 niveau de six stades devrait co\u00fbter 14,5 milliards de dirhams marocains, soit 1,3 milliards d&rsquo;euros.&nbsp;<em>\u00ab\u00a0Il faut mettre de l&rsquo;argent, beaucoup d&rsquo;argent. Une partie de la jeunesse aujourd&rsquo;hui s&rsquo;interroge sur le co\u00fbt de ses ambitions sportives. Est-ce que le Maroc en a les moyens alors que cet argent pourrait \u00eatre investi dans l&rsquo;\u00e9ducation ou les h\u00f4pitaux\u00a0\u00bb,&nbsp;<\/em>estime&nbsp;Hasni Abidi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En un peu moins de 20 ans, le Maroc est devenue une nation majeure du football mondial. 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