{"id":62292,"date":"2025-09-17T15:43:55","date_gmt":"2025-09-17T15:43:55","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=62292"},"modified":"2025-09-17T15:43:55","modified_gmt":"2025-09-17T15:43:55","slug":"lodyssee-des-talibes-enfance-et-survie-au-coeur-des-daaras-traditionnels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=62292","title":{"rendered":"L\u2019Odyss\u00e9e des talib\u00e9s : enfance et survie au c\u0153ur des daaras traditionnels"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00c0 Dakar, les \u00ab&nbsp;talib\u00e9s&nbsp;\u00bb sont une figure famili\u00e8re du paysage urbain. Ils font partie du d\u00e9cor de la capitale. Ces \u00e9coliers du Coran, \u00ab&nbsp;ndongo daara&nbsp;\u00bb, m\u00e8nent une double vie qui est la qu\u00eate spirituelle profonde qui se conjugue \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 de la mendicit\u00e9 quotidienne : une n\u00e9cessit\u00e9 pour leur survie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vendredi 29 ao\u00fbt, sur l\u2019all\u00e9e du grand mausol\u00e9e de Seydina Limamou Laye \u00e0 Yoff, l\u2019environnement est lourd de spiritualit\u00e9. C\u2019est ici entre les ruelles, que Thierno Bocar, neuf ans, se faufile, boite de conserve en main, en qu\u00eate d\u2019aum\u00f4ne. Son visage innocent contraste avec ses habits d\u00e9chir\u00e9s. Avec une maturit\u00e9 d\u00e9sarmante, il lance : \u00ab&nbsp;Je viens de la Guin\u00e9e Bissau mais actuellement mon papa est en Libye. Je suis talib\u00e9 et \u00e9l\u00e8ve en m\u00eame temps. J\u2019\u00e9tudie \u00e0 l\u2019\u00e9cole Ta\u00efba de Dior. Je suis en classe de CP,&nbsp;\u00bb dit-il avec un bon sens qui force l\u2019admiration. Le destin de Thierno, \u00e0 la crois\u00e9e du savoir religieux et de l\u2019\u00e9ducation moderne, n\u2019est pas une exception dans ce quartier de Dakar.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est 12h pass\u00e9es de quelques minutes, le soleil, \u00e0 l\u2019approche de la pri\u00e8re du vendredi, d\u00e9ploie ses rayons ardents sur les all\u00e9es de Yoff Layenne. L\u2019air, charg\u00e9 d\u2019une brise marine humide, est \u00e9trangement calme, comme en suspens avant l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re. Le silence n\u2019est pourtant pas total. Le bruit des vagues qui s\u2019\u00e9crasent sur la gr\u00e8ve se m\u00eale doucement au murmure lointain de la vie du quartier. C\u2019est dans ce d\u00e9cor \u00e0 la fois serein et bouillonnant que se dresse, en face de l\u2019oc\u00e9an, un b\u00e2timent qui semble porter le poids des ans. Ses murs d\u00e9cr\u00e9pis, ses fen\u00eatres \u00e0 ciel ouvert et son entr\u00e9e d\u00e9sordonn\u00e9e ne laissent rien deviner de l\u2019activit\u00e9 intense qui se d\u00e9roule \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. De l\u2019ext\u00e9rieur, on ne distingue que l\u2019essence du lieu. Des ardoises coraniques pos\u00e9es \u00e7\u00e0 et l\u00e0 et un enchev\u00eatrement de chaussures us\u00e9es qui t\u00e9moignent d\u2019une vie collective, simple, presque spartiate.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Qu\u00eate de subsistance et tradition<\/h3>\n\n\n\n<p>Assis sur un tabouret \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, Alpha Abdulahi Sy semble faire corps avec le lieu. Trentenaire au regard grave et aux traits creus\u00e9s, celui qu\u2019on surnonmme Seydi Sy est le ma\u00eetre de ce daara. Depuis 2017, il a fait de l\u2019enseignement du Coran le fil conducteur de sa vie. \u00ab&nbsp;Je ne vis que du daara car j\u2019\u00e9tais d\u2019abord talib\u00e9 avant de devenir ma\u00eetre&nbsp;\u00bb explique-t-il d\u2019une voix pos\u00e9e mais ferme. Ses paroles sont \u00e0 la fois une profession de foi et le reflet d\u2019une dure r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique. \u00ab&nbsp;Ici on \u00e9tudie du samedi au mercredi. Les enfants ont deux jours de repos : les jeudis et vendredis. C\u2019est \u00e7a notre week-end.&nbsp;\u00bb, pr\u00e9cise-t-il le visage marqu\u00e9 de sueur.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, le calme est rompu par le bruit des enfants qui font irruption dans le b\u00e2timent. Un groupe de jeunes gar\u00e7ons, les talib\u00e9s, entre un par un. Les pieds poussi\u00e9reux, leurs visages marqu\u00e9s par la chaleur de dehors s\u2019illuminent d\u2019un m\u00e9lange de respect et de soulagement en croisant le regard de leur ma\u00eetre. En petit fil indien, ils s\u2019avancent pour le saluer d\u2019une main d\u00e9f\u00e9rente et d\u00e9posent \u00e0 ses pieds les sachets de biscuits qu\u2019ils ont r\u00e9colt\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres lui tendent des pi\u00e8ces de monnaie et quelques billets de banque. Ils rentrent de leur tourn\u00e9e de mendicit\u00e9 quotidienne, une tradition qui, selon Alpha Abdulahi, est une n\u00e9cessit\u00e9 vitale. Le ma\u00eetre coranique explique que les enfants sortent mendier pour subvenir \u00e0 leurs besoins, car ils ne re\u00e7oivent aucune aide ext\u00e9rieure. \u00ab&nbsp;Actuellement, il y a \u00e0 peu pr\u00e8s 200 talib\u00e9s ici. Donc il faut les nourrir, les entretenir, parfois ils tombent malades, beaucoup de param\u00e8tres \u00e0 tenir en compte&nbsp;\u00bb, se d\u00e9sole-t-il. Seydi Sy pr\u00e9cise \u00e9galement que lui, ses talib\u00e9s se limitent uniquement \u00e0 l\u2019apprentissage du Coran m\u00eame en p\u00e9riode d\u2019ann\u00e9e scolaire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La r\u00e9silience dans la pr\u00e9carit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 15 minutes \u00e0 pied du daara d\u2019Alpha Abdulahi Sy, le d\u00e9cor change radicalement. Le calme relatif de la rue de Yoff Layenne c\u00e8de la place au brouhaha incessant d\u2019un carrefour grouillant de vie : le garage des bus \u00ab&nbsp;tata&nbsp;\u00bb. Un lieu populaire du quartier. Nich\u00e9 au milieu de cet immense d\u00e9sordre organis\u00e9, entre magasins, les bus, ou encore les ateliers de soudure, se cache un autre lieu de foi, le daara de Boubacar Diallo.<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00eatu d\u2019un boubou jaune traditionnel, coiff\u00e9 d\u2019un bonnet, Boubacar n\u2019a rien d\u2019un novice. \u00ab&nbsp;J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 enseigner le Coran en 2010,&nbsp;\u00bb raconte-t-il, la voix calme face au tumulte environnant. \u00ab&nbsp;\u00c0 l\u2019\u00e9poque, j\u2019\u00e9tais \u00e0 la M\u00e9dina et je vendais du charbon en parall\u00e8le.&nbsp;\u00bb Il a depuis d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 de Keur Massar pour s\u2019installer ici, au c\u0153ur de ce garage, en 2023.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019endroit, \u00e9touff\u00e9 entre un atelier de soudure et un atelier de m\u00e9canique, est d\u2019une exig\u00fcit\u00e9 frappante. Pourtant, il abrite une soixantaine de talib\u00e9s. Des conditions difficiles que Boubacar Diallo affronte avec un grand sens des responsabilit\u00e9s. \u00ab&nbsp;Les plus \u00e2g\u00e9s sortent mendier ou chercher de l\u2019aum\u00f4ne, mais je n\u2019accepte pas que les plus jeunes partent&nbsp;\u00bb, confie-t-Il. A l\u2019en croire,c\u2019est une question de survie et d\u2019organisation. \u00ab&nbsp;\u00c0 leur retour, on r\u00e9unit tout ce qu\u2019ils obtiennent pour acheter du riz et ses ingr\u00e9dients et le pr\u00e9parer&nbsp;\u00bb, fait-il savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>La soixantaine ajoute que ce sont les enfants qui pr\u00e9parent \u00e0 manger, une formation qui leur sera utile toute leur vie. L\u2019argent restant sert \u00e0 d\u2019autres besoins vitaux comme pour les soins m\u00e9dicaux des enfants en cas de maladie. Pour appuyer ses propos, il appelle un talib\u00e9 pour lui demander d\u2019apporter son ordonnance et ses m\u00e9dicaments. L\u2019ordonnance, d\u2019une valeur de 22 000 francs, est le fruit de sa sollicitude envers ce jeune talib\u00e9 qu\u2019il a accompagn\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Droit \u00e0 un r\u00eave\u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans ce daara o\u00f9 le manque de moyens est permanent, la r\u00e9ussite de certains talib\u00e9s est une source de grande fiert\u00e9. Abdou Khadre, 17 ans, le plus \u00e2g\u00e9 des talib\u00e9s, est un exemple. De teint clair, tenant le livre saint dans ses mains, il a d\u00e9j\u00e0 ma\u00eetris\u00e9 le Coran. \u00ab&nbsp;Mes parents sont en Guin\u00e9e. Je suis l\u00e0 avec mon fr\u00e8re. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 apprendre le coran en 2023 et maintenant je l\u2019ai ma\u00eetris\u00e9. Il me reste une autre \u00e9tape qui est la traduction,&nbsp;\u00bb explique-t-il, un air de fiert\u00e9 qui se lit \u00e9galement sur le visage de son ma\u00eetre, Boubacar Diallo. Le jeune homme r\u00eave d\u2019un lieu plus grand, \u00e9quip\u00e9 d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Boubacar conclut en expliquant que, malgr\u00e9 le manque de ressources, ils re\u00e7oivent parfois l\u2019aide de bienfaiteurs. \u00ab&nbsp;Des gens viennent nous offrir de la nourriture, des v\u00eatements pour les enfants, de l\u2019argent, etc&nbsp;\u00bb, affirme-t-il tout en formulant des pri\u00e8res pour les remerci\u00e9s de leurs gestes de bienveillance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Djibril DIAO<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>LESOLEIL<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Dakar, les \u00ab&nbsp;talib\u00e9s&nbsp;\u00bb sont une figure famili\u00e8re du paysage urbain. Ils font partie du d\u00e9cor de la capitale. 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