{"id":56803,"date":"2025-05-20T09:04:17","date_gmt":"2025-05-20T09:04:17","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=56803"},"modified":"2025-05-20T09:04:17","modified_gmt":"2025-05-20T09:04:17","slug":"le-bel-age-du-soleil-par-lamine-niang","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=56803","title":{"rendered":"Le bel \u00e2ge du \u00ab Soleil \u00bb (Par Lamine NIANG)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Cinquante-cinq ans. Pour un \u00eatre humain, c\u2019est l\u2019\u00e2ge des bilans lucides et des projets \u00e0 peine moins ambitieux. Pour un journal, c\u2019est un \u00e2ge noble, rare, qui impose de tourner les pages avec reconnaissance et prudence.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLe Soleil\u00bb, n\u00e9 en mai 1970, f\u00eate, aujourd\u2019hui, ses noces d\u2019orchid\u00e9e avec l\u2019histoire du S\u00e9n\u00e9gal. L\u2019occasion est belle, \u00e0 la fois solennelle et intime, d\u2019honorer une long\u00e9vit\u00e9 que peu de titres, sous nos latitudes comme ailleurs, peuvent revendiquer sans fiert\u00e9. Cinquante-cinq ans. Ce n\u2019est pas seulement un chiffre rond, c\u2019est un cap. Un sommet modeste, mais charg\u00e9 d\u2019altitude. Il faut s\u2019arr\u00eater un instant. Regarder derri\u00e8re soi. Non pour s\u2019attarder dans la nostalgie, mais pour saluer ceux qui ont construit ce journal dans les conditions d\u2019un autre temps. Avant les r\u00e9seaux, avant les \u00e9crans, avant que les rotatives ne deviennent des vestiges \u00e0 photographier. Il faut rendre hommage \u00e0 ces journalistes de la premi\u00e8re heure \u2013t\u00e2cherons du mot juste, artisans du r\u00e9cit quotidien\u2013 qui, dans la chaleur des premi\u00e8res d\u00e9cennies post-ind\u00e9pendance, ont donn\u00e9 au \u00ab Soleil \u00bb sa voix, son style, sa rigueur. Ils s\u2019appelaient Aly Dioum, Bara Diouf, Alioune Dram\u00e9, Aly Kheury Ndao, Ibrahima Gaye, Abdoulaye Ba, Serigne Aly Ciss\u00e9, Djib Di\u00e9dhiou\u2026et tant d\u2019autres, parfois oubli\u00e9s dans les marges de l\u2019Histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils avaient pour seul outil leur plume, leur machine \u00e0 \u00e9crire, leur curiosit\u00e9 tenace et une id\u00e9e exigeante du service public de l\u2019information. \u00c0 leur mani\u00e8re, ils croyaient au pouvoir des mots pour \u00e9clairer le peuple. Ils portaient le journal comme on porte un flambeau, sans savoir jusqu\u2019o\u00f9 il irait ni qui le saisirait apr\u00e8s eux.Depuis, Le Soleil a chang\u00e9 de si\u00e8cle, chang\u00e9 d\u2019encre, chang\u00e9 de peau. Il a surv\u00e9cu \u00e0 des temp\u00eates politiques, \u00e0 des mutations \u00e9conomiques, \u00e0 des d\u00e9saffections passag\u00e8res, \u00e0 l\u2019usure du papier. Il a connu la splendeur des grands tirages, les joies solennelles des num\u00e9ros anniversaires, les rituels matinaux des lectures partag\u00e9es dans les rues, les cours, les bureaux, les taxis. Il a travers\u00e9 les g\u00e9n\u00e9rations avec cette constance discr\u00e8te des institutions qui ne s\u2019\u00e9teignent pas, m\u00eame lorsque le vent tourne. Mais aujourd\u2019hui, le vent ne tourne pas seulement. Il souffle fort. Le monde m\u00e9diatique est devenu une jungle o\u00f9 l\u2019instant domine le vrai, o\u00f9 les algorithmes dictent l\u2019agenda, o\u00f9 l\u2019audience se mesure \u00e0 l\u2019\u00e9motion qu\u2019un titre suscite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le journal imprim\u00e9, autrefois roi, doit d\u00e9sormais partager la table \u2013 et parfois la mendier \u2013 aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019\u00e9crans insatiables, de r\u00e9seaux aux mille voix, d\u2019influenceurs improvis\u00e9s. Dans ce tumulte, Le Soleil n\u2019\u00e9chappe pas aux doutes de sa g\u00e9n\u00e9ration. La nouvelle \u00e8re qui s\u2019ouvre est celle de la mue num\u00e9rique. Il ne suffit plus de raconter : il faut captiver. Il ne suffit plus d\u2019informer : il faut interagir. L\u2019avenir s\u2019\u00e9crit d\u00e9sormais en lettres digitales, dans des formats r\u00e9invent\u00e9s, sur des supports volatils. Cela exige une agilit\u00e9 nouvelle, une cr\u00e9ativit\u00e9 renouvel\u00e9e, une rigueur intacte. Le journal devra \u00eatre plus qu\u2019un m\u00e9dia : une r\u00e9f\u00e9rence, une conscience, un rep\u00e8re. Sa force ne r\u00e9sidera plus seulement dans ce qu\u2019il publie, mais dans ce qu\u2019il incarne. Et pourtant, il y a l\u00e0 une chance. Car Le Soleil, plus que tout autre, peut revendiquer une m\u00e9moire. Il est un t\u00e9moin unique de l\u2019histoire s\u00e9n\u00e9galaise. Il a vu na\u00eetre des gouvernements, des espoirs, des drames, des renaissances. Il a suivi le pays dans ses t\u00e2tonnements et ses \u00e9lans. Ce capital symbolique est pr\u00e9cieux \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 tout semble \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Encore faut-il savoir en faire le levier d\u2019un avenir. Ce futur ne s\u2019inventera pas sans les jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans ces nouvelles plumes, ces nouveaux regards, ces nouvelles formes de narration. Mais il ne se construira pas non plus sans m\u00e9moire. Il faut que les plus jeunes sachent \u00e0 quoi ils succ\u00e8dent. Qu\u2019ils comprennent qu\u2019avant eux, d\u2019autres ont veill\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re du journal, quand celle-ci vacillait. Et qu\u2019il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019\u00eatre lu, mais de m\u00e9riter d\u2019\u00eatre cru. Cinquante-cinq ans. Ce n\u2019est ni un aboutissement, ni un miracle. C\u2019est une transition. Un moment suspendu entre gratitude et exigence. Un instant pour se souvenir que Le Soleil, pour continuer de briller, ne peut se contenter d\u2019\u00e9clairer. Il doit d\u00e9sormais rayonner, dialoguer, inspirer. Dans un monde press\u00e9, il lui faudra rester patient. Dans un monde fragment\u00e9, il lui faudra demeurer fid\u00e8le \u00e0 son essence : celle d\u2019un journal s\u00e9rieux, sobre, ouvert sur le monde, enracin\u00e9 dans le pays. C\u00e9l\u00e9brer l\u2019anniversaire de Le Soleil, ce n\u2019est donc pas seulement se retourner sur le pass\u00e9. C\u2019est aussi regarder le futur droit dans les yeux \u2013 et choisir de l\u2019\u00e9crire, encore et toujours, avec cette tranquille obstination des b\u00e2tisseurs de mots.<\/p>\n\n\n\n<p>LESOLEIL<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cinquante-cinq ans. Pour un \u00eatre humain, c\u2019est l\u2019\u00e2ge des bilans lucides et des projets \u00e0 peine moins ambitieux. 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