{"id":55910,"date":"2025-05-02T10:50:39","date_gmt":"2025-05-02T10:50:39","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=55910"},"modified":"2025-05-02T10:50:39","modified_gmt":"2025-05-02T10:50:39","slug":"les-conflits-dans-les-kivu-en-rdc-decryptage-dune-crise-a-six-dimensions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=55910","title":{"rendered":"Les conflits dans les Kivu en RDC: d\u00e9cryptage d\u2019une crise \u00e0 six dimensions"},"content":{"rendered":"\n<p>La crise dans les Kivu, dans l&rsquo;est de la RDC, ne se r\u00e9sume ni \u00e0 un conflit unique, ni \u00e0 une seule cause comme les minerais ou les tensions ethniques. Elle r\u00e9sulte d\u2019un enchev\u00eatrement de facteurs historiques, fonciers, s\u00e9curitaires et politiques qui s\u2019alimentent mutuellement depuis bien plus de trois d\u00e9cennies. \u00c9clairage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par :Patient Ligodi &#8211; SOURCE RFI<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une crise qui dure depuis trois d\u00e9cennies, r\u00e9p\u00e8tent quasiment tous les protagonistes. Mais en r\u00e9alit\u00e9, les racines de la conflictualit\u00e9 dans cette partie de la\u00a0<strong>RDC\u00a0<\/strong>remontent \u00e0 bien plus loin. Peut-on parler d\u2019un seul conflit, ou de plusieurs conflits entrem\u00eal\u00e9s\u00a0?\u00a0Contrairement aux discours dominants, tout ne peut \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 la seule question mini\u00e8re, comme le sugg\u00e8rent certaines autorit\u00e9s \u00e0 Kinshasa, ni \u00e0 la probl\u00e9matique de la discrimination anti-tutsie, souvent avanc\u00e9e par Kigali.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est plus complexe. Elle repose sur des dynamiques crois\u00e9es, anciennes, souvent superpos\u00e9es, qui se renforcent mutuellement. L\u2019objectif ici n\u2019est pas de refaire l\u2019histoire, mais d\u2019offrir des cl\u00e9s de compr\u00e9hension sur les tensions actuelles dans les Kivu. Pour cela, nous avons confront\u00e9 des sources issues de l\u2019actualit\u00e9, de travaux historiques et d\u2019experts de terrain. Nous pouvons identifier au moins six facteurs majeurs qui structurent cette crise. Ils sont interconnect\u00e9s, parfois enchev\u00eatr\u00e9s, et participent tous \u00e0 l\u2019intensification ou \u00e0 la persistance des violences.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>D\u00e9mographie et politisation de la question de l\u2019identit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La r\u00e9gion des deux Kivu est au c\u0153ur d\u2019une dynamique d\u00e9mographique exceptionnelle. Comme l\u2019explique le g\u00e9ographe fran\u00e7ais Roland Pourtier, cette zone b\u00e9n\u00e9ficie des bienfaits de l\u2019altitude sous l\u2019\u00e9quateur. \u00ab&nbsp;<em>La fra\u00eecheur y \u00e9loigne la mouche ts\u00e9-ts\u00e9, ce qui favorise \u00e0 la fois l\u2019agriculture et l\u2019\u00e9levage bovin. Cela a attir\u00e9 depuis longtemps des populations agricoles et pastorales&nbsp;<\/em>\u00bb, dit-il. R\u00e9sultat : les Kivu comptent aujourd\u2019hui parmi les zones les plus dens\u00e9ment peupl\u00e9es d\u2019Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette densit\u00e9 naturelle s\u2019ajoute une histoire migratoire complexe, notamment celle des populations banyarwanda. Selon Filip Reyntjens, sp\u00e9cialiste des Grands Lacs, certaines de ces populations ont migr\u00e9 depuis le sud-ouest du\u00a0<strong>Rwanda\u00a0<\/strong>d\u00e8s le XVIIIe si\u00e8cle. Elles ont ainsi les m\u00eames droits \u00e0 la nationalit\u00e9 congolaise que d\u2019autres groupes pr\u00e9sents de longue date, comme les Bashi ou les Banande.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre dimension \u00e0 prendre en compte est mise en exergue par le g\u00e9ographe Jean-Pierre Chr\u00e9tien qui rappelle qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1930, les autorit\u00e9s belges ont favoris\u00e9 un flux migratoire important des Rwandais dans la r\u00e9gion, notamment au nord-ouest du lac Kivu. Jason Stearns,&nbsp;chercheur au Center on International Cooperation de l\u2019universit\u00e9 de New York, o\u00f9 il dirige le groupe de recherche sur le Congo, pr\u00e9cise que plus de 150 000 personnes venues du territoire rwandais ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es entre 1928 et 1956, principalement pour r\u00e9pondre aux besoins de main-d&rsquo;\u0153uvre dans les exploitations mini\u00e8res et agricoles europ\u00e9ennes, en particulier dans le territoire de Masisi, o\u00f9 la population locale Hunde refusait souvent de travailler pour les colons.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil du temps, les chiffres se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s significatifs : au Masisi, la densit\u00e9 est pass\u00e9e de 12 habitants\/km2 en 1940 \u00e0 111 habitants\/km2 en 1990, et le cheptel bovin de 21 000 t\u00eates en 1959 \u00e0 113 000 en 1983, selon diverses sources. Cette croissance rapide a provoqu\u00e9 une forte pression sur les terres, rendant les rivalit\u00e9s plus vives.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res tensions \u00e0 caract\u00e8re politique sont apparues d\u00e8s 1958, lors des \u00e9lections municipales. Certains leaders locaux ont alors refus\u00e9 le droit de vote aux migrants install\u00e9s pendant la colonisation, pourtant l\u00e9galement citoyens. Sous Mobutu (1965-1997), des nominations d\u2019administrateurs ext\u00e9rieurs ont parfois permis de calmer temporairement les rivalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est \u00e0 partir de 1991, avec l\u2019annonce d\u2019un recensement national, que les tensions se sont raviv\u00e9es. Kinshasa a laiss\u00e9 entendre que les \u00ab transplant\u00e9s \u00bb coloniaux ne seraient pas reconnus comme citoyens za\u00efrois. Des violences ont alors \u00e9clat\u00e9, notamment contre des centres de recensement dans le Masisi. Elles se sont poursuivies jusqu\u2019en 1993, avant de s\u2019aggraver apr\u00e8s 1994, avec l\u2019arriv\u00e9e de 1,5 million de r\u00e9fugi\u00e9s hutus du Rwanda, dont certains anciens militaires du r\u00e9gime de Juv\u00e9nal Habyarimana (1973-1994). Cette arriv\u00e9e a boulevers\u00e9 les \u00e9quilibres locaux, y compris entre les Hutus et les Tutsis congolais.<\/p>\n\n\n\n<p>Filip Reyntjens note que ces arriv\u00e9es ont accentu\u00e9 les fractures et complexifi\u00e9 les identit\u00e9s : \u00ab<em>&nbsp;Les Banyarwanda \u00e9taient vus comme un groupe unique, mais apr\u00e8s 1994, ils se sont red\u00e9couverts Hutu ou Tutsi.<\/em>&nbsp;\u00bb Dans cette zone, il parle d&rsquo; \u00ab&nbsp;<em>identit\u00e9s variables&nbsp;<\/em>\u00bb, souvent manipul\u00e9es par des \u00ab&nbsp;<em>entrepreneurs de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, qui peuvent aussi \u00eatre des acteurs \u00e9conomiques. Cette d\u00e9mographie instable continue d\u2019\u00eatre un facteur de crise encore aujourd\u2019hui. Selon la Commission des mouvements de population (CMP), 2,7 millions de personnes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9es au Nord-Kivu et 1,7 million au Sud-Kivu depuis janvier 2025, \u00e0 cause du conflit en cours.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/s.rfi.fr\/media\/display\/789f47c8-2412-11f0-b0eb-005056bfb2b6\/w:980\/01-47.png\" alt=\"-\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">&#8211;&nbsp;\u00a9 Studio FMM<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le foncier dans les Kivu : une source directe de conflit ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis la reprise des hostilit\u00e9s en 2024 et l\u2019avanc\u00e9e du groupe arm\u00e9 AFC\/M23 vers Goma (chef-lieu de la province du Nord-Kivu), des retours massifs ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s dans les zones rurales. Alors que pr\u00e8s de 700 000 d\u00e9plac\u00e9s vivaient dans une centaine de sites autour de Goma en novembre 2024, seuls cinq de ces sites abritaient encore environ 1 800 personnes en f\u00e9vrier 2025. \u00ab&nbsp;<em>Beaucoup ont \u00e9t\u00e9 contraints de retourner dans leurs villages, souvent pour d\u00e9couvrir leurs terres occup\u00e9es par d&rsquo;autres civils, par des groupes arm\u00e9s, voire d\u00e9truites. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne accro\u00eet fortement les risques de violences intercommunautaires, surtout dans des zones o\u00f9 les services essentiels sont absents<\/em>&nbsp;\u00bb, selon l\u2019Unicef.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre est l\u2019un des facteurs cl\u00e9s \u2013 mais souvent sous-estim\u00e9 \u2013 de tensions et de conflits. Des experts expliquent que l\u2019enjeu foncier ne se limite pas \u00e0 la question de l\u2019occupation physique des terres : il renvoie \u00e0 des syst\u00e8mes juridiques concurrents, \u00e0 des pratiques coutumi\u00e8res enchev\u00eatr\u00e9es dans des r\u00e9gimes l\u00e9gislatifs \u00e9tatiques, et \u00e0 une histoire de d\u00e9placements et de retours forc\u00e9s, expliquent des experts.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chercheur Christoph Vogel souligne que l\u2019enjeu foncier est ind\u00e9niable, mais reste insuffisamment pris en compte. Ce n\u2019est pas seulement une question de population ou de d\u00e9mographie, mais aussi de gouvernance. La superposition du droit coutumier et du droit \u00e9tatique a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des revendications conflictuelles : certains exigent un acc\u00e8s \u00e0 la terre pour la cultiver, d\u2019autres pour y faire pa\u00eetre leur b\u00e9tail, tandis que d&rsquo;autres encore revendiquent un droit de propri\u00e9t\u00e9 formel. \u00ab&nbsp;<em>Le syst\u00e8me formaliste \u00e9tatique n\u2019est pas align\u00e9 au syst\u00e8me coutumier<\/em>&nbsp;\u00bb, r\u00e9sume-t-il, rappelant que l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des r\u00f4les entre pouvoir coutumier et autorit\u00e9 publique alimente les tensions.<\/p>\n\n\n\n<p>Le professeur Filip Reyntjens, quant \u00e0 lui, \u00e9largit l\u2019analyse : \u00ab&nbsp;<em>Le probl\u00e8me foncier ne se limite pas aux Kivu. Il faut inclure les conflits entre pasteurs et agriculteurs.&nbsp;<\/em>\u00bb Il \u00e9voque l\u2019Ituri (nord-est de la RDC), o\u00f9 les rivalit\u00e9s entre Hema (\u00e9leveurs) et Lendu (agriculteurs) ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance. \u00ab<em>&nbsp;Il faut un espace par vache. Cela cr\u00e9e des conflits d\u2019usage entre ceux qui cultivent et ceux qui \u00e9l\u00e8vent.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9volution historique de la l\u00e9gislation fonci\u00e8re est \u00e9galement un facteur important. Avant la colonisation, le droit foncier \u00e9tait oral, bas\u00e9 sur les traditions. Les colons ont introduit un nouveau syst\u00e8me pour lib\u00e9rer les terres en faveur des plantations. Puis, sous Mobutu, de nouvelles lois ont encore chang\u00e9 les r\u00e8gles. Chaque r\u00e9forme du r\u00e9gime foncier cr\u00e9e de nouveaux d\u00e9s\u00e9quilibres. Enfin, en Afrique centrale, explique Filip Reyntjens, la terre a une valeur \u00e9conomique et symbolique forte. Contrairement \u00e0 l\u2019Europe, o\u00f9 une part importante de la population n\u2019est plus li\u00e9e \u00e0 l\u2019agriculture, la majorit\u00e9 des Congolais vivent encore de la terre, en agriculture de subsistance. Ainsi, chaque fois que le statut juridique de la terre est modifi\u00e9 ou contest\u00e9, cela peut provoquer des conflits sociaux majeurs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/s.rfi.fr\/media\/display\/c5037468-2412-11f0-a7f1-005056a97e36\/w:980\/02-35.png\" alt=\"-\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">&#8211;&nbsp;\u00a9 Studio FMM<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le minier&nbsp;: une \u00e9quation entre \u00e9conomie, ins\u00e9curit\u00e9 et rivalit\u00e9s r\u00e9gionales<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, les minerais strat\u00e9giques \u2013 or, coltan, \u00e9tain et tantale \u2013 sont aussi au c\u0153ur des tensions persistantes. Loin d\u2019\u00eatre le seul facteur des conflits, ils alimentent toutefois une \u00e9conomie parall\u00e8le puissante, qui profite \u00e0 une mosa\u00efque d\u2019acteurs : groupes arm\u00e9s, r\u00e9seaux de contrebande, op\u00e9rateurs \u00e9conomiques locaux et \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a affirm\u00e9 devant la commission des affaires \u00e9trang\u00e8res de l\u2019Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise qu\u2019au moins 1 600 entreprises exploitaient ill\u00e9galement les ressources mini\u00e8res dans sa province, quand il est arriv\u00e9 \u00e0 sa t\u00eate. Selon lui, environ 750 000 kilogrammes d\u2019or sont extraits tous les six mois, puis dirig\u00e9s vers le Rwanda o\u00f9 ils sont raffin\u00e9s. Il \u00e9voque un syst\u00e8me aliment\u00e9 par la corruption, dans lequel les capitaux circulent en liquide \u00e0 travers la fronti\u00e8re. En r\u00e9ponse, la province a suspendu les activit\u00e9s mini\u00e8res (arr\u00eat\u00e9 du 18 juillet 2023), supprim\u00e9 147 taxes, r\u00e9duit la fiscalit\u00e9 de 80% \u00e0 26%, et impos\u00e9 des mesures de bancarisation. Ces r\u00e9formes ont port\u00e9 les recettes mensuelles de la province de 500\u202f000 \u00e0 1,75 million de dollars am\u00e9ricains d\u00e8s le premier mois. Ces efforts sont \u00e0 relativiser avec l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019AFC\/M23 dans la r\u00e9gion qui a nomm\u00e9 une administration parall\u00e8le et ses propres r\u00e8gles.<\/p>\n\n\n\n<p>Face aux accusations, le Rwanda rejette toute implication dans l\u2019exploitation ill\u00e9gale des minerais congolais. Son ambassadeur, Fran\u00e7ois Nkulikiyimfura, affirme que le Rwanda poss\u00e8de ses propres ressources mini\u00e8res et qu\u2019il n\u2019a pas besoin de s\u2019approvisionner \u00e0 Rubaya (Nord-Kivu). Il soutient que son pays fait preuve de transparence, avec un accord sign\u00e9 en juin 2024 avec l\u2019Union europ\u00e9enne sur la tra\u00e7abilit\u00e9 des minerais. Il rappelle \u00e9galement les investissements dans des infrastructures locales, comme la fonderie d\u2019\u00e9tain (2018), la raffinerie d\u2019or (2019) et celle de tantale (2024), qui accueillent des op\u00e9rateurs venus d\u2019Afrique et d\u2019Europe pour traiter leurs minerais l\u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le sp\u00e9cialiste de la question Christoph Vogel, dans cette zone, l\u2019or reste le minerai le plus structurant des conflits, notamment en raison de sa haute valeur, de sa facilit\u00e9 de transport et de sa non-tra\u00e7abilit\u00e9 une fois fondu. L\u2019ancien membre de l\u2019\u00e9quipe du groupe d\u2019experts de l\u2019ONU pour la RDC, Zobel Behalal, souligne quant \u00e0 lui que, malgr\u00e9 la guerre, les flux de minerais ne s\u2019arr\u00eatent jamais\u202f: \u00ab&nbsp;<em>Le march\u00e9 ne conna\u00eet pas la guerre.<\/em>&nbsp;\u00bb Il alerte \u00e9galement sur les failles des syst\u00e8mes de tra\u00e7abilit\u00e9 actuels, souvent limit\u00e9s \u00e0 une v\u00e9rification documentaire, et appelle \u00e0 privil\u00e9gier la coop\u00e9ration r\u00e9gionale et des accords \u00e9conomiques \u00e9quilibr\u00e9s pour transformer une \u00e9conomie de guerre en \u00e9conomie l\u00e9gale.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/s.rfi.fr\/media\/display\/9576f81c-2414-11f0-b6af-005056bfb2b6\/w:980\/03-26.png\" alt=\"-\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">&#8211;&nbsp;\u00a9 Studio FMM<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La question des FDLR : une source majeure de tensions s\u00e9curitaires et diplomatiques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les Forces d\u00e9mocratiques de lib\u00e9ration du Rwanda (FDLR) sont un groupe arm\u00e9 hutu rwandais cr\u00e9\u00e9 en 2000, dont une partie des membres sont issus des milices et de l\u2019arm\u00e9e impliqu\u00e9es dans le g\u00e9nocide des Tutsis en 1994. Ce groupe est consid\u00e9r\u00e9 par l\u2019ONU comme l\u2019un des plus importants groupes arm\u00e9s \u00e9trangers op\u00e9rant sur le territoire congolais. Les FDLR sont r\u00e9guli\u00e8rement mentionn\u00e9es dans les rapports du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU et du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l\u2019homme (BCNUDH) pour leur implication dans de graves violations des droits humains : meurtres, violences sexuelles, enl\u00e8vements, d\u00e9placements forc\u00e9s principalement sur le sol congolais.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Fran\u00e7ois Nkulikiyimfura, ambassadeur du Rwanda en France, le Rwanda a subi plus de trente attaques depuis 1997, dont plus de vingt entre 2018 et 2025, qu\u2019il attribue aux FDLR. Il affirme que la pr\u00e9sence continue de ces combattants en RDC repr\u00e9sente une menace persistante pour la s\u00e9curit\u00e9 de son pays, et accuse Kinshasa de tol\u00e9rer ou m\u00eame de collaborer avec ce groupe, une accusation que les autorit\u00e9s congolaises rejettent.<\/p>\n\n\n\n<p>Face aux pressions internationales, notamment de la part des \u00c9tats-Unis, en novembre 2023, le g\u00e9n\u00e9ral Sylvain Ekenge, porte-parole des Forces arm\u00e9es de la RDC (FARDC), a annonc\u00e9 l\u2019interdiction stricte de tout contact entre les militaires congolais et les FDLR. Cette d\u00e9cision intervenait peu apr\u00e8s les visites \u00e0 Kinshasa et \u00e0 Kigali de Avril Haines, directrice du renseignement national am\u00e9ricain (DNI), dans un contexte o\u00f9 Washington pousse \u00e0 une d\u00e9sescalade entre la RDC et le Rwanda. En juin 2024, Robert A. Wood, ambassadeur am\u00e9ricain \u00e0 l\u2019ONU, avait d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9 \u00e0 la RDC de rompre tout lien avec les FDLR, et au Rwanda de cesser son appui \u00e0 l\u2019AFC\/M23.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour g\u00e9rer cette situation, une lueur d\u2019espoir commen\u00e7ait \u00e0 poindre fin 2024, dans le cadre du processus de Luanda. Un \u00ab Concept of Operations \u00bb (CONOPS) a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 par les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la RDC, du Rwanda et de l\u2019Angola. Ce plan pr\u00e9voit des op\u00e9rations de neutralisation des FDLR, avec le soutien des pays de la r\u00e9gion. Cependant, la mise en \u0153uvre de ce plan reste incertaine, du fait des nombreuses fragilit\u00e9s politiques, diplomatiques et s\u00e9curitaires sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon divers rapports, ce groupe finance ses op\u00e9rations \u00e0 travers diverses activit\u00e9s ill\u00e9gales : commerce de bois de chauffe et du charbon de bois (Makala), enl\u00e8vements contre ran\u00e7on et imposition de taxes dans les zones sous son contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/s.rfi.fr\/media\/display\/89bda240-2415-11f0-9cbe-005056a90284\/w:980\/04-25.png\" alt=\"-\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">&#8211;&nbsp;\u00a9 Studio FMM<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>D\u00e9ficit de gouvernance et d\u00e9liquescence de l\u2019\u00c9tat : un terreau fertile pour les violences<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s pour comprendre la persistance des conflits dans l\u2019est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo est la faiblesse structurelle de l\u2019\u00c9tat congolais. Ce d\u00e9ficit de gouvernance ne se limite pas \u00e0 un manque de moyens ou de ressources humaines. Il traduit une incapacit\u00e9 quasi chronique \u00e0 exercer les fonctions de base attendues d\u2019un \u00c9tat souverain. Le professeur Filip Reyntjens r\u00e9sume ainsi la situation : \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00c9tat congolais est juridiquement un \u00c9tat, mais empiriquement, il ne remplit pas les fonctions essentielles d\u2019un \u00c9tat.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, sur le papier, l\u2019\u00c9tat existe, mais dans la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne, ses fonctions r\u00e9galiennes \u2013 telles que le contr\u00f4le du territoire, la collecte des imp\u00f4ts ou la fourniture de services publics \u2013 sont largement d\u00e9faillantes. Selon Reyntjens, cette absence de contr\u00f4le permet l\u2019implantation durable de groupes arm\u00e9s, l\u2019ing\u00e9rence des arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res sur le sol congolais et l\u2019exploitation ill\u00e9gale des ressources naturelles par des acteurs locaux ou transnationaux. Il insiste : \u00ab&nbsp;<em>Tout cela ne serait pas possible si on avait un \u00c9tat m\u00eame mod\u00e9r\u00e9ment fonctionnel.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Newsletter<\/strong>Recevez toute l&rsquo;actualit\u00e9 internationale directement dans votre boite mail<a href=\"https:\/\/emailing.rfi.fr\/fr\/subscribe\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Je m&rsquo;abonne<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ce repli de l\u2019\u00c9tat \u00e0 Kinshasa \u2013 voire son absence m\u00eame dans certaines zones de la capitale \u2013 rend impossible une gouvernance coh\u00e9rente sur un territoire aussi vaste et aussi fragment\u00e9 que celui de la RDC.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9litescence de l\u2019\u00c9tat alimente une perception selon laquelle la force devient la seule voie de protection et de survie, comme l\u2019\u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 en 2012 Jason Stearns, chercheur et auteur reconnu sur la r\u00e9gion : \u00ab&nbsp;<em>Cette faiblesse renforce l\u2019id\u00e9e selon laquelle le recours \u00e0 la force arm\u00e9e repr\u00e9sente le seul moyen de prot\u00e9ger les biens et les libert\u00e9s individuelles.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/s.rfi.fr\/media\/display\/f05fd476-2417-11f0-8c65-005056bf30b7\/w:980\/05-16.png\" alt=\"-\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">&#8211;&nbsp;\u00a9 Studio FMM<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9cits historiques et manipulations m\u00e9morielles : un conflit nourri par le pass\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des causes \u00e9conomiques, politiques ou s\u00e9curitaires, les r\u00e9cits historiques constituent un autre levier majeur de tension dans les Kivu. L\u2019histoire y est non seulement mobilis\u00e9e comme outil de l\u00e9gitimation, mais aussi r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e pour servir des int\u00e9r\u00eats politiques et communautaires. Le chercheur Christoph Vogel souligne l\u2019impact de ces r\u00e9cits : \u00ab&nbsp;<em>La r\u00e9interpr\u00e9tation de l\u2019histoire, la manipulation bas\u00e9e sur les r\u00e9cits historiques, a aussi un impact sur comment se d\u00e9roule le conflit aujourd\u2019hui.<\/em>&nbsp;\u00bb Cette manipulation peut prendre plusieurs formes : contestation des fronti\u00e8res h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation, mobilisation autour de r\u00e9cits victimaires, ou n\u00e9gation d\u2019\u00e9v\u00e9nements majeurs, comme le g\u00e9nocide de 1994. Chacun convoque \u00ab son histoire \u00bb pour justifier sa position actuelle, ce qui complique la recherche de compromis. Christoph Vogel poursuit : \u00ab&nbsp;<em>Il y a une mobilisation politique sur des r\u00e9cits plus ou moins acceptables.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/s.rfi.fr\/media\/display\/c5ff5bd4-2417-11f0-81ba-005056a90284\/w:980\/06-14.png\" alt=\"-\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">&#8211;&nbsp;\u00a9 Studio FMM<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette instrumentalisation emp\u00eache souvent la r\u00e9solution des conflits, m\u00eame lorsque des solutions techniques ou \u00e9conomiques semblent \u00e0 port\u00e9e de main. Une d\u00e9cision sur la gestion mini\u00e8re, par exemple, peut \u00eatre rejet\u00e9e non pas pour son contenu, mais parce qu\u2019elle ne prendrait pas en compte une injustice du pass\u00e9, r\u00e9elle ou suppos\u00e9e. Chaque camp porte ses blessures : \u00ab&nbsp;<em>Le RCD a tu\u00e9 mon p\u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb, dira l\u2019un, \u00ab&nbsp;<em>les FDLR ont tu\u00e9 ma tante&nbsp;<\/em>\u00bb, dira l\u2019autre. Cette logique rend le conflit perp\u00e9tuel, car les m\u00e9moires s\u2019affrontent autant que les armes.<\/p>\n\n\n\n<p>Zobel Behalal, expert \u00e0 la Global Initiative against Transnational Organized Crime (GI-TOC), souligne le danger de cette approche. \u00ab&nbsp;<em>Les causes profondes commencent o\u00f9 ?<\/em>&nbsp;\u00bb, s\u2019interroge-t-il, en appelant \u00e0 des solutions ancr\u00e9es dans l\u2019\u00e9conomique, qui permettent d\u2019impliquer toutes les parties prenantes. Selon lui, l\u2019\u00e9conomie peut structurer des solutions viables, l\u00e0 o\u00f9 la m\u00e9moire reste parfois un champ de bataille sans fin.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/s.rfi.fr\/media\/display\/a2ca96e2-2417-11f0-9ad1-005056bfb2b6\/w:980\/conclu.png\" alt=\"-\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise dans les Kivu, dans l&rsquo;est de la RDC, ne se r\u00e9sume ni \u00e0 un conflit unique, ni \u00e0<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":55911,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-55910","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/55910","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=55910"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/55910\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":55912,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/55910\/revisions\/55912"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/55911"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=55910"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=55910"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=55910"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}