{"id":49197,"date":"2024-12-23T10:12:37","date_gmt":"2024-12-23T10:12:37","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=49197"},"modified":"2024-12-23T11:39:08","modified_gmt":"2024-12-23T11:39:08","slug":"casamance-lhuitre-ne-nourrit-pas-encore-les-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=49197","title":{"rendered":"Casamance &#8211; conchyliculteur\u00a0: l\u2019hu\u00eetre ne nourrit pas encore les femmes"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>En Casamance, des milliers de femmes s\u2019activent dans la cueillette d\u2019hu\u00eetres. Mais les gains restent modestes. Pour booster la fili\u00e8re et valoriser le travail conchyliculteur (\u00e9levage des coquillages), la Fao accompagne l\u2019\u00c9tat du S\u00e9n\u00e9gal dans un programme de mise aux normes sanitaires et phytosanitaires. Ce dossier a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 lors d\u2019un voyage de presse organis\u00e9 par la Fao \u00e0 S\u00e9dhiou et \u00e0 Ziguinchor, du 15 au 20 d\u00e9cembre 2024.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elles sont arm\u00e9es de couteaux et de coupe-coupe. Les pieds nus, elles s\u2019avancent dans l\u2019eau. D\u2019un pas assur\u00e9, malgr\u00e9 le sol argileux, elles s\u2019enfoncent dans la mangrove, tout en entonnant une chanson en Mandingue. Elles plongent leurs mains dans l\u2019eau. Au bout de quelques minutes, elles viennent reverser les hu\u00eetres dans un panier \u00e0 fibres de r\u00f4nier avant de repartir vers la mangrove. Oblig\u00e9s de c\u00e9der momentan\u00e9ment leur lieu de repos, quelques oiseaux de mer regardent le spectacle du haut du ciel. Ce geste, les femmes du village de Diao Insa Ba (commune de Bemet Bidjini, arrondissement de Djibabouya, d\u00e9partement de S\u00e9dhiou) le r\u00e9p\u00e8tent depuis des ann\u00e9es. La cueillette des hu\u00eetre fait partie de leur quotidien. Cependant, l\u2019activit\u00e9 ne leur rapporte pas grand-chose. \u00ab Nous vendons le pot d\u2019hu\u00eetres transform\u00e9es \u00e0 500 FCfa. Au maximum, nous gagnons entre 4000 et 6000 FCfa apr\u00e8s chaque r\u00e9colte \u00bb, explique Aminata Man\u00e9. La commercialisation constitue la principale contrainte pour ces femmes. Faute d\u2019acheteurs, la r\u00e9colte d\u2019hu\u00eetres est essentiellement destin\u00e9e \u00e0 la consommation des m\u00e9nages du village. \u00ab Nous voulons aussi \u00eatre accompagn\u00e9es dans la formation et l\u2019acquisition d\u2019\u00e9quipements \u00bb, ajoute Adama Dabo.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce cite, l\u2019exploitation de l\u2019hu\u00eetre se fait encore de fa\u00e7on artisanale et elle semble \u00e0 ses balbutiements. Pendant longtemps, les responsables du minist\u00e8re de la P\u00eache ont pens\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019hu\u00eetres \u00e0 S\u00e9dhiou. C\u2019est seulement en 2022 que ce site a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert. L\u2019objectif est d\u2019\u00e9riger un bassin d\u2019ostr\u00e9iculture sur ce site pour booster le potentiel. \u00ab Si les moyens suivent, je compte d\u00e9marrer ce projet en 2025 \u00bb, indique Abdoulaye Diallo, chef de service r\u00e9gionale de l\u2019Agence nationale d\u2019aquaculture (Ana) \u00e0 S\u00e9dhiou. Au bord de l\u2019eau est accost\u00e9e une vieille pirogue \u00e0 rames. Dans cette partie o\u00f9 s\u2019entrecroisent le fleuve Casamance et son affluent le Soungrougrou, la mangrove devient plus dense \u00e0 mesure qu\u2019on remonte vers Ziguinchor.<\/p>\n\n\n\n<p>Passer de la cueillette \u00e0 l\u2019ostr\u00e9iculture Contrairement \u00e0 Diao Insa Ba o\u00f9 les femmes cueillent directement les hu\u00eetres de la mangrove, \u00e0 Ouronck (pr\u00e8s de Katakalousse), l\u2019activit\u00e9 est plus d\u00e9velopp\u00e9e. C\u2019est l\u2019un des plus importants sites d\u2019exploitation d\u2019hu\u00eetres en Casamance. C\u2019est ici qu\u2019est implant\u00e9 le seul bassin de d\u00e9gorgement de la r\u00e9gion de Ziguinchor. On est carr\u00e9ment dans l\u2019ostr\u00e9iculture, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9levage d\u2019hu\u00eetres. Le potentiel est nettement plus important. Dans ces bolongs du fleuve Casamance qui polarise 21 \u00eeles (14 dans la commune de Kafountine et 7 dans la commune de Djembering), l\u2019hu\u00eetre est disponible en abondance, mais c\u2019est tout un d\u00e9fi que d\u2019aller le r\u00e9colter. \u00ab Nous empruntons une pirogue \u00e0 rames.<\/p>\n\n\n\n<p>En plus des risques que cela comporte, nous ne pouvons pas atteindre certaines zones \u00bb renseigne Ma\u00efmouna Gomis, pr\u00e9sidente du Gie Sotiba de Ouronck. Lors de notre passage, mardi 17 d\u00e9cembre, nous empruntons une pirogue \u00e0 moteur pour rejoindre la mangrove. Au vrombissement du moteur, la pirogue s\u2019\u00e9lance, tra\u00e7ant une \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ligne sur l\u2019eau. \u00ab C\u2019est ici \u00bb, lance Ma\u00efmouna. La pirogue s\u2019ajuste vers le feuillage touffu. Pendant la r\u00e9colte, les femmes plongent dans l\u2019eau qui leur arrive \u00e0 la poitrine, mais en cette p\u00e9riode de haute mar\u00e9e, nous restons tous \u00e0 bord. Ma\u00efmouna soul\u00e8ve une branche. \u00ab Vous voyez les hu\u00eetres ! \u00bb, s\u2019exclame-t-elle. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on aper\u00e7oit Essaout derri\u00e8re une ligne compacte de mangrove. Nous nous approchons des guirlandes et des coupelles. Ces \u00e9quipements ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s par l\u2019Agence nationale d\u2019aquaculture afin de permettre aux naissains (les petites hu\u00eetres) de s\u2019accrocher. Une fois qu\u2019ils auront atteint une certaine taille, les femmes viennent les recueillir et les mettre dans les pochons pour le grossissement. \u00ab Au d\u00e9but, la collecte se faisait de fa\u00e7on artisanale dans les mangroves.<\/p>\n\n\n\n<p>En installant des coupelles, on cr\u00e9e des conditions favorables pour permettre \u00e0 l\u2019hu\u00eetre de s\u2019accrocher et cela facilite le d\u00e9troquage \u00bb, explique Mariama Faye. Les femmes ont \u00e9galement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un renforcement de capacit\u00e9s sur les m\u00e9thodes de grossissement. Apr\u00e8s la r\u00e9colte, les hu\u00eetres sont mises dans le bassin de d\u00e9gorgement pendant deux \u00e0 trois jours avant la commercialisation. Contraintes D\u2019apr\u00e8s Mariama Faye, les femmes ont compris l\u2019int\u00e9r\u00eat des infrastructures d\u2019\u00e9levage d\u2019hu\u00eetres. Mais ces infrastructures ne sont pas aussi accessibles \u00e0 la majorit\u00e9 des Gie. Par exemple, il n\u2019y a qu\u2019un seul centre de d\u00e9gorgement dans toute la r\u00e9gion de Ziguinchor. Et ces femmes n\u2019ont pas les moyens (camion frigorifique) pour transporter les hu\u00eetres vers ce site de traitement. Plus globalement, les ostr\u00e9iculteurs de la Casamance sont confront\u00e9s \u00e0 un manque de moyens. \u00ab Nous n\u2019avons qu\u2019une seule pirogue \u00e0 rames et pas assez de gilets de sauvetage ; ce qui limite nos d\u00e9placements. Nous avons vraiment besoin d\u2019\u00eatre aid\u00e9es \u00bb, plaide Ma\u00efmouna Gomis. Le constat est similaire \u00e0 Tobor, non loin de Ziguinchor. Sur ce site, les femmes travaillent dans des conditions difficiles pour un gain n\u00e9gligeable.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exploitation de l\u2019hu\u00eetre est une vraie corv\u00e9e. \u00ab Nous faisons le conditionnement de l\u2019hu\u00eetre dans des bocaux dans nos maisons. Si l\u2019on pouvait nous aider \u00e0 avoir un endroit r\u00e9pondant aux normes d\u2019hygi\u00e8ne avec les \u00e9quipements n\u00e9cessaires, nous pourrions augmenter notre production \u00bb, plaide Mariama Di\u00e9dhiou, pr\u00e9sidente de la f\u00e9d\u00e9ration Youlaye (hu\u00eetre en diola) de Tobor. L\u2019autre \u00e9cueil, c\u2019est le manque de financement, parce que les infrastructures pour l\u2019ostr\u00e9iculture co\u00fbtent cher. Depuis 2021 l\u2019Ong Aceas accompagne les femmes d\u2019Ouronck (Katakalousse), notamment dans la confection, l\u2019installation et le nettoyage de guirlandes et la valorisation de l\u2019hu\u00eetre. Selon Mariama Badji, une des formatrices, cet accompagnement a permis une augmentation de la production d\u2019hu\u00eetres sur ce site. \u00ab Depuis qu\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 former les femmes, elles ont non seulement am\u00e9lior\u00e9 la technique de collecte et de transformation de l\u2019hu\u00eetre, mais aussi l\u2019hygi\u00e8ne \u00bb, dit-elle. \u00c0 son avis, le potentiel ostr\u00e9icole est l\u00e0, mais les femmes manquent de moyens pour la cueillette. \u00ab Elles n\u2019ont m\u00eame pas de pirogues \u00e0 moteur \u00bb, constate Mariama Badji.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019enjeu d\u2019une classification des sites de production<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour accompagner le d\u00e9veloppement de la fili\u00e8re hu\u00eetre au S\u00e9n\u00e9gal, la Fao a lanc\u00e9 un programme de mise aux normes sanitaires et phytosanitaires afin de promouvoir la s\u00e9curit\u00e9 sanitaire des coquillages et leur acc\u00e8s aux march\u00e9s r\u00e9gionaux et internationaux. Il est dot\u00e9 d\u2019un budget de 854.518 dollars (environ 530 millions de FCfa). Il comprend un volet de surveillance sanitaire des zones de production. Chaque mois, des techniciens effectuent des pr\u00e9l\u00e8vements sur les 50 sites identifi\u00e9s sur le plan national. Les \u00e9chantillons sont ensuite envoy\u00e9s au laboratoire national d\u2019analyse et de contr\u00f4le \u00e0 Dakar pour effectuer des analyses microbiologiques et chimiques. Le protocole de pr\u00e9l\u00e8vement consiste d\u2019abord \u00e0 faire une inspection du littoral pour recueillir les donn\u00e9es physico-chimiques avant de passer au pr\u00e9l\u00e8vement proprement dit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Il faut mettre l\u2019\u00e9chantillon dans de bonnes conditions dans des carboglaces et des isolants et les acheminer \u00e0 Dakar dans les 24h \u00bb, explique Mariama Faye, cheffe du service r\u00e9gional de l\u2019Ana \u00e0 Ziguinchor et point focal dans le projet. \u00c0 la fin de l\u2019\u00e9tude, les sites seront class\u00e9s sur une \u00e9chelle de A \u00e0 D, suivant le seuil de pr\u00e9cision. Si un site est class\u00e9 A, cela veut dire que le produit ne pr\u00e9sente aucun risque sanitaire et qu\u2019on peut r\u00e9colter et commercialiser directement les hu\u00eetres. Si le site est de classe B, il faut d\u00e9gorger les hu\u00eetres avant de les commercialiser. Pour les sites class\u00e9s C, il faut, en plus du d\u00e9gorgement, \u00e9purer les hu\u00eetres (dans un centre d\u2019\u00e9puration) avant de les commercialiser. Enfin, les sites class\u00e9s D sont inexploitables, parce que pr\u00e9sentant un niveau \u00e9lev\u00e9 de contamination.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Abdallah Thiam, consultant s\u00e9curit\u00e9 et sant\u00e9 des aliments \u00e0 la Fao et coordonnateur adjoint du projet, il y a un potentiel ostr\u00e9icole important dans plusieurs zones du S\u00e9n\u00e9gal. \u00ab Avec les pr\u00e9l\u00e8vements que nous effectuons sur les sites, nous cherchons \u00e0 savoir si les produits sont contamin\u00e9s par d\u2019autres germes microbiologiques ou s\u2019ils ont des contaminants chimiques. \u00c0 la fin du plan de surveillance que l\u2019on est en train de mettre en \u0153uvre, il y aura une classification des sites permettant de d\u00e9terminer si, en plus du d\u00e9gorgement, il est n\u00e9cessaire de proc\u00e9der \u00e0 une purification avec la mise en place d\u2019un centre d\u2019\u00e9puration \u00bb, explique-t-il. Selon Dr Mamadou Ndiaye, expert au bureau sous-r\u00e9gional de la Fao pour l\u2019Afrique de l\u2019Ouest et coordonnateur du projet, le taux d\u2019ex\u00e9cution est estim\u00e9 \u00e0 65-70%. \u00ab Normalement, le projet doit finir en mars 2025, mais nous avons sollicit\u00e9 une prolongation de quelques mois en esp\u00e9rant que, d\u2019ici \u00e0 la fin 2025, on pourra arriver \u00e0 l\u2019ensemble des r\u00e9sultats pr\u00e9vus \u00bb, dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par Seydou KA (Envoy\u00e9 sp\u00e9cial \u00e0 S\u00e9dhiou et Ziguinchor)<\/strong> &#8211; LESOLEIL<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Casamance, des milliers de femmes s\u2019activent dans la cueillette d\u2019hu\u00eetres. Mais les gains restent modestes. 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