{"id":44822,"date":"2024-10-22T11:20:16","date_gmt":"2024-10-22T11:20:16","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=44822"},"modified":"2024-10-22T11:20:16","modified_gmt":"2024-10-22T11:20:16","slug":"cop16-biodiversite-les-defis-et-les-messages-de-lafrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=44822","title":{"rendered":"COP16 biodiversit\u00e9: les d\u00e9fis et les messages de l\u2019Afrique"},"content":{"rendered":"\n<p>Fin 2022 \u00e0 la COP15, plus de 190 \u00c9tats du monde signaient l\u2019Accord de Kunming-Montr\u00e9al afin de stopper et inverser l\u2019effondrement du vivant, indispensable \u00e0 notre vie sur la plan\u00e8te. D partir de ce lundi, ils se retrouvent pour une nouvelle COP Biodiversit\u00e9, \u00e0 Cali en Colombie, pour faire un point d\u2019\u00e9tape. Fort de son patrimoine naturel, l&rsquo;Afrique veut faire entendre sa voix. Quels seront les messages du continent ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par : Lucile Gimberg|G\u00e9raud Bosman-Delzons &#8211; SOURCE RFI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avec ses for\u00eats primaires, ses tourbi\u00e8res qui stockent du carbone ou encore ses mangroves qui prot\u00e8gent les communaut\u00e9s c\u00f4ti\u00e8res des al\u00e9as climatiques, l\u2019Afrique est l&rsquo;une des r\u00e9gions les plus riches en biodiversit\u00e9 au monde. Ses territoires h\u00e9bergent 8 des 34 \u00ab&nbsp;r\u00e9serves critiques de biodiversit\u00e9&nbsp;\u00bb list\u00e9es par l\u2019ONG Conservation International. \u00c0 Cali, les n\u00e9gociateurs africains vont donc rappeler qu&rsquo;il est fondamental de prot\u00e9ger ce patrimoine naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Occident, d\u00e9velopp\u00e9 gr\u00e2ce au charbon puis au p\u00e9trole depuis 250 ans a, lui, d\u00e9j\u00e0 beaucoup ab\u00eem\u00e9 son environnement. Dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne (UE) par exemple, 80% des habitats naturels ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9grad\u00e9s par les activit\u00e9s humaines. Relativement \u00e9pargn\u00e9e, malgr\u00e9 son urbanisation et sa d\u00e9mographie galopantes, la nature africaine aide l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 lutter contre le changement climatique. Les pays du bassin du Congo ne manquent pas de souligner, \u00e0 juste titre \u00e0 chaque COP, le r\u00f4le de poumon vert que jouent leurs \u00e9cosyst\u00e8mes pour l&rsquo;ensemble de la plan\u00e8te. Comme pour le climat, ces pays attendent une reconnaissance de ce r\u00f4le de r\u00e9gulateur thermique et de gardien du vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur objectif est donc aussi financier : exiger des pays d\u00e9velopp\u00e9s qu&rsquo;ils acc\u00e9l\u00e8rent le d\u00e9caissage des financements pour la sauvegarde de la biodiversit\u00e9. \u00c0 Montr\u00e9al, les \u00c9tats du monde \u00e9taient alors convenus de mobiliser chaque ann\u00e9e 200 milliards de dollars d&rsquo;ici 2030, toutes sources confondues ; et 20 milliards par an en aide au d\u00e9veloppement d&rsquo;ici \u00e0 2025. Pour le moment, le compte n\u2019y est pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chef n\u00e9gociateur de la RDC, Nicky Kingunia, a expliqu\u00e9 \u00e0 RFI que son pays exigera aussi \u00e0 nouveau qu&rsquo;un fonds sp\u00e9cifique soit cr\u00e9\u00e9 pour la biodiversit\u00e9. Pour le moment, celui qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 lors de la derni\u00e8re COP Biodiversit\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al est h\u00e9berg\u00e9 par le Fonds mondial pour l\u2019environnement. Pas s\u00fbr que les pays riches consentent \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau fonds. Ce sera sans aucun doute un point de friction dans les n\u00e9gociations.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le groupe Afrique sera \u00eatre tr\u00e8s attentif aux \u00e9pineuses discussions sur le partage \u00e9quitable des b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques tir\u00e9s de l\u2019exploitation (par le Nord) des ressources g\u00e9n\u00e9tiques des plantes et des animaux (trouv\u00e9es majoritairement au Sud). Il souhaite pour cela que le fonds multilat\u00e9ral dont le principe a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al, soit bien fourni et efficace. Et pr\u00e9viennent&nbsp;: ces b\u00e9n\u00e9fices doivent \u00eatre vers\u00e9s sous la forme d\u2019un pourcentage des revenus issus de l\u2019utilisation de ces ressources g\u00e9n\u00e9tiques et non de contributions volontaires des Etats d\u00e9velopp\u00e9s. D\u2019ailleurs, ils souhaitent que cette plateforme soit g\u00e9r\u00e9e par la Convention sur la diversit\u00e9 biologique (organe onusien cr\u00e9ateur de la COP biodiversit\u00e9). Les retomb\u00e9es potentielles sont gigantesques&nbsp;car les donn\u00e9es utilis\u00e9es concernent aussi bien la recherche scientifique internationale que les industries priv\u00e9es des secteurs florissants tels que la pharmacie, les cosm\u00e9tiques et l\u2019agroalimentaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9gradation des \u00e9cosyst\u00e8mes<\/h2>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;Afrique doit aussi prot\u00e9ger sa biodiversit\u00e9 pour elle-m\u00eame. Les populations et les \u00e9conomies africaines d\u00e9pendent de ce patrimoine naturel : la fertilit\u00e9 des sols, la disponibilit\u00e9 en eau, en bois, en poissons.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, tous ces \u00e9cosyst\u00e8mes sont en train de se d\u00e9grader \u00e0 grande vitesse. Pa exemple, en raison du changement climatique,\u00a0<strong>les d\u00e9serts progressent<\/strong>, mettant \u00e0 mal le secteur agricole. Les mati\u00e8res premi\u00e8res, fossiles ou indispensables \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique, suscitent en outre la convoitise des pays et entreprises des pays d\u00e9velopp\u00e9s, souvent au d\u00e9triment de la faune et de la flore. Une \u00e9tude men\u00e9e par l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement publi\u00e9es d\u00e9but 2024 confirmait l\u2019\u00e9rosion de la biodiversit\u00e9 en Afrique. La \u00ab\u00a0capabilit\u00e9 \u00e9cosyst\u00e9mique\u00a0\u00bb, qui mesure le potentiel des \u00e9cosyst\u00e8mes \u00e0 fournir leurs services au cours du temps et \u00e0 se renouveler de mani\u00e8re durable, a recul\u00e9 de 5,6\u00a0% sur la p\u00e9riode 2005-2019. Si toutes les r\u00e9gions africaines sont concern\u00e9es par cette baisse, celle-ci est plus prononc\u00e9e \u00e0\u00a0Madagascar\u00a0(-13,9\u00a0%), en Afrique australe (-7,5\u00a0%) et dans le bassin du Congo (-6\u00a0%)\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon l\u2019AFD, sur les plus de 200&nbsp;000&nbsp;\u00e9cozones (des territoires \u00e9cologiques aux caract\u00e9ristiques particuli\u00e8res, qui englobent des \u00e9cosyst\u00e8mes) du continent, seules 39&nbsp;% se classent ainsi en situation durable, quand 61&nbsp;% affichent un \u00e9tat non durable. La menace est mod\u00e9r\u00e9e pour 24&nbsp;%, forte (29&nbsp;%) ou critique (7&nbsp;%). Ces \u00e9cosyst\u00e8mes d\u00e9grad\u00e9s se concentrent notamment au nord de l\u2019Afrique, \u00e0 l\u2019ouest du continent ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame Sud et \u00e0 Madagascar.&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Plus de 750&nbsp;millions d&rsquo;Africains vivent aujourd\u2019hui dans des \u00e9cozones non durables, dont 157&nbsp;millions dans une aire o\u00f9 la menace est estim\u00e9e critique. Ce qui est susceptible d\u2019entra\u00eener plusieurs cons\u00e9quences&nbsp;: une fragilisation de la production \u00e9conomique dans ces territoires (qui repr\u00e9sentent plus de la moiti\u00e9 du PIB africain), un accroissement de la pauvret\u00e9 et une hausse de la migration.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les repr\u00e9sentants des gouvernements africains devront donc aussi donner des gages. Ils doivent mettre en place les politiques n\u00e9cessaires pour freiner la destruction du vivant. Il en va de la subsistance de leurs populations, majoritairement rurales et tributaires de leurs environnements pour vivre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Nous devons aussi changer nos comportements&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a pour cela des solutions concr\u00e8tes. Parmi les 23 engagements pris par les \u00c9tats \u00e0 Montr\u00e9al, il y a la protection de 30% des terres et des mers d\u2019ici 2030. Mais en attendant, il faut d\u00e9j\u00e0 commencer par prot\u00e9ger v\u00e9ritablement les aires de conservation de la nature qui existent d\u00e9j\u00e0 sur le continent, pr\u00e9conisent quant \u00e0 eux les rangers africains. Ce sont les gardiens de la biodiversit\u00e9 sur le terrain et ils le font souvent au p\u00e9ril de leur vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Que ce soit dans le parc des Virunga, o\u00f9 il a travaill\u00e9, \u00e0 l\u2019est de la RDC, ou bien dans celui de la Maiko o\u00f9 il est aujourd\u2019hui \u00e9cogarde, Alain Mukiranya&nbsp;constate que des pans entiers des parcs africains restent sans protection. La raison \u00e0 cela&nbsp;: la pr\u00e9sence de groupes arm\u00e9s, d\u2019activit\u00e9s mini\u00e8res ill\u00e9gales ou de communaut\u00e9s qui s\u2019y installent \u00e0 la recherche de terres, de bois ou d\u2019eau. Mais aussi en raison du manque de moyens pour les rangers comme lui&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Par exemple, lorsqu\u2019il faut escalader, il faut des \u00e9quipements sp\u00e9ciaux pour \u00e7a, des cordes, de la ration<\/em>&nbsp;[de nourriture]&nbsp;<em>surtout parce qu\u2019on est en plein milieu de la for\u00eat. Imaginez une \u00e9quipe de 50 personnes pendant un mois en for\u00eat. Elles auront besoin de manger, de boire, il n\u2019y a pas assez et souvent on doit se d\u00e9brouiller avec ce qu\u2019on peut trouver.<\/em>&nbsp;\u00bb Les missions de terrains, explique le professionnel, s\u2019en trouvent raccourcies.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut par ailleurs renforcer les aires marines prot\u00e9g\u00e9es, cr\u00e9\u00e9es plus r\u00e9cemment en Afrique, explique Arthur Tuda, expert en protection marine et directeur de l\u2019Association des sciences marines de l\u2019oc\u00e9an Indien occidental (WIOMSA) bas\u00e9e en Tanzanie : \u00ab&nbsp;<em>En Afrique on se concentre sur les grands mammif\u00e8res embl\u00e9matiques comme les \u00e9l\u00e9phants ou les rhinos\u2026 On oublie qu\u2019on a aussi de la vie sauvage dans l\u2019oc\u00e9an. Il ne faut pas seulement cr\u00e9er des aires prot\u00e9g\u00e9es, nous devons aussi changer nos comportements, notre fa\u00e7on de p\u00eacher\u2026 Il faut tout faire de mani\u00e8re durable d\u00e9sormais, pour que la vie marine puisse se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer<\/em>.&nbsp;\u00bb&nbsp;Pour lui, l\u2019Afrique peut atteindre les 30% d\u2019aires prot\u00e9g\u00e9es si les pays collaborent davantage entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan g\u00e9opolitique, qu\u2019il s\u2019agisse des COP climat ou biodiversit\u00e9, le groupe Afrique a pris conscience de ses atouts naturels et fait entendre sa voix, de plus en plus \u00e0 l\u2019unisson. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est l\u2019Afrique qui a dit \u00e0 la Russie au\u00a0<strong>Sommet de l\u2019avenir<\/strong>\u00a0\u00abnon vous ne bloquerez pas le Pacte sur le futur, vous n\u2019avez pas de raison de le faire\u00a0\u00bb. Dans la n\u00e9gociation sur la fin du plastique,\u00a0<strong>le Rwanda a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pro-environnement<\/strong>\u2026 Bien qu\u2019en face on ait la Russie, la Chine, l\u2019Inde &#8211; tous alli\u00e9s de l\u2019Afrique -, le continent prend des positions pour l\u2019environnement contre ces acteurs-l\u00e0. La capacit\u00e9 de l\u2019Afrique \u00e0 parler d\u2019une seule voix et de mani\u00e8re organis\u00e9e est marquante. Ce sont d\u2019ailleurs ceux qui parlent le plus fort concernant les besoins financiers<\/em>\u00a0\u00bb, analyse S\u00e9bastien Treyer, directeur de l\u2019Institut du d\u00e9veloppement durable et des relations internationales. Forte de ses atouts naturels, l\u2019Afrique compte bien continue d\u2019actionner le levier diplomatique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fin 2022 \u00e0 la COP15, plus de 190 \u00c9tats du monde signaient l\u2019Accord de Kunming-Montr\u00e9al afin de stopper et inverser<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":44823,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-44822","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/44822","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=44822"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/44822\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":44824,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/44822\/revisions\/44824"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/44823"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=44822"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=44822"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=44822"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}