{"id":3970,"date":"2022-11-28T11:23:25","date_gmt":"2022-11-28T11:23:25","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=3970"},"modified":"2022-11-28T11:23:27","modified_gmt":"2022-11-28T11:23:27","slug":"budget-2023-du-senegal-maestrias-pour-la-cherte-de-la-vie-solutions-pour-le-pouvoir-dachat-et-consequences-sur-les-finances-publiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=3970","title":{"rendered":"Budget 2023 du S\u00e9n\u00e9gal: Maestrias pour la chert\u00e9 de la vie, solutions pour le pouvoir d\u2019achat et cons\u00e9quences sur les finances publiques !"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">(Par Dr Thierno Thioune) Le gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal vient de pr\u00e9senter son projet de loi de finances pour 2023 avec un budget rehauss\u00e9 \u00e0 6 411,5 milliards FCFA. Ce niveau record des pr\u00e9visions en recettes et en d\u00e9penses est \u00e9labor\u00e9 \u00e0 partir des r\u00e9sultats provisoires issus d\u2019un examen des Rapports annuels de Performance (RAP) en r\u00e9f\u00e9rence aux engagements pris dans les Projets annuels de Performance (PAP) mais \u00e9galement en mettant particuli\u00e8rement l\u2019accent sur la performance des programmes et les r\u00e9alisations enregistr\u00e9es.<\/h3>\n\n\n\n<p>Ceci nous am\u00e8ne \u00e0 nous interroger sur les consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales du budget 2023 (I), les solutions apport\u00e9es \u00e0 la chert\u00e9 de la vie (II), pour le pouvoir d\u2019achat (III) et les cons\u00e9quences sur les finances publiques (III).<\/p>\n\n\n\n<p>I. Consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales du budget 2023\u2026<br>En 2023, le sc\u00e9nario macro\u00e9conomique associ\u00e9 aux projets de lois financi\u00e8res est caract\u00e9ris\u00e9 notamment par une croissance \u00e9conomique de 10,1 %, une maitrise de la masse salariale \u00e0 1037 milliards de F CFA, de moindres investissements publics qui vont baisser de 165,6 milliards de FCFA par rapport \u00e0 la LFR 2022, passant de 1 753,8 \u00e0 1 588,2 milliards de FCFA et une inflation de 4,8 %.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces indicateurs, seraient-ils fond\u00e9s \u00e0 l\u2019aune des pr\u00e9visions macro\u00e9conomiques du gouvernement ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cette ann\u00e9e, les estimations seront-elles jug\u00e9es cr\u00e9dibles et la pr\u00e9vision de d\u00e9ficit public serait-elle prudente au vu du dynamisme des recettes fiscales \u00e0 la faveur de la mise en \u0153uvre du plan \u00ab Yaatal \u00bbqui projette un objectif de 3 486,7 milliards de FCFA contre 3 052,1 milliards FCFA en 2022, soit une hausse de 434,6 milliards FCFA (14,2% en valeur relative) gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la mise en \u0153uvre de la Strat\u00e9gie des recettes \u00e0 moyen terme (SRMT).<\/p>\n\n\n\n<p>Tout porterait \u00e0 le croire d\u2019autant plus que les efforts conjugu\u00e9s, dans le cadre de cette strat\u00e9gie et conform\u00e9ment aux directives de l\u2019UEMOA et aux recommandations des rapports des partenaires techniques et financiers (BM et FMI) en mati\u00e8re de gestion des finances publiques, consolident la souverainet\u00e9 budg\u00e9taire avec un taux de couverture des d\u00e9penses publiques sur ressources internes de l&rsquo;ordre de 84% avec des d\u00e9penses qui sont estim\u00e9es \u00e0 4.297 milliards par rapport \u00e0 des ressources de 5.141 milliards, permettant ainsi le renforcement de la solidarit\u00e9 nationale et des politiques d&rsquo;inclusion sociale, rappel\u00e9 par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas, comme le laisse \u00e9galement entrevoir le minist\u00e8re des finances et du budget, tout ceci fait suiteaux performances li\u00e9es aux r\u00e9formes engag\u00e9es depuis 2012 dans le cadre de la gestion des finances publiques et du renforcement des bases structurelles de l\u2019\u00e9conomie, \u00e0 travers, notamment la mise en \u0153uvre du Plan S\u00e9n\u00e9gal Emergent (PSE), r\u00e9f\u00e9rentiel de la politique \u00e9conomique et sociale du gouvernement qui a permis la r\u00e9alisation d\u2019importantes infrastructures sociales, mais aussi des programmes structurants de construction d\u2019infrastructures \u00e9conomiques strat\u00e9giques, en particulier, dans les secteurs des transports (TER, Autoroutes, BRT\u2026) et des services \u00e9nerg\u00e9tiques (parc de production, mix-\u00e9nerg\u00e9tique, d\u00e9couverte, exploitation et production p\u00e9troli\u00e8re et gazi\u00e8re\u2026), qui doivent servir de base pour soutenir la croissance \u00e0 deux chiffres attendue pour la premi\u00e8re fois apr\u00e8s le d\u00e9but des ind\u00e9pendances \u00e0 10,1% en fin 2023.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, cette performance est favoris\u00e9e par le contexte de d\u00e9but d&rsquo;exploitation des hydrocarbures \u00e0 travers les projets Grande Tortue-Ahmeyin (GTA) et Sangomar qui justifie les bonnes perspectives de croissance \u00e9conomique. C\u2019est sans nul doute, ce qui motive le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 consacrer le budget 2023comme \u00ab\u00a0un budget de solutions, compte tenu du contexte particulier marqu\u00e9 par l&rsquo;inflation, l&rsquo;appr\u00e9ciation du dollar et le rench\u00e9rissement du co\u00fbt de la vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Seulement, compte-tenu de la fragilit\u00e9 de certaines hypoth\u00e8ses, par exemple sur l\u2019environnement international (la guerre Russo-ukrainienne, l\u2019inflation import\u00e9e, le rench\u00e9rissement du dollar, la volatilit\u00e9 du prix du p\u00e9trole), nous consid\u00e9rons que la croissance pr\u00e9vue par le gouvernement est \u00ab un peu trop \u00e9lev\u00e9e \u00bb m\u00eame si nous partageons les pr\u00e9visions d\u2019inflation et de masse salariale qui paraissent \u00ab plausibles \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9galement, nous pensons que le risque d\u2019une contreperformance de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique en 2023 ne peut pas \u00eatre \u00e9cart\u00e9 compte tenu notamment des difficult\u00e9s d\u2019approvisionnement en \u00e9nergie en Europe et du durcissement des politiques mon\u00e9taires dans beaucoup de grands pays. Dans ces conditions, il me semble qu\u2019une pr\u00e9vision de croissance comprise entre 8 et 9 % serait plus r\u00e9aliste.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce contexte particulier, concentr\u00e9 d\u2019incertitudes, nous fonde dans notre id\u00e9e qu\u2019il ne serait pas ubuesque de s\u2019interroger sur les pr\u00e9visions macro\u00e9conomiques et de finances publiques trop ambitieuses du gouvernementpour des perspectives de croissance de 10,1% pour 2023 en ce sens que nous sommes confort\u00e9s en cela par les taux de croissance annonc\u00e9s de 8,7% du FMI et de 9% de la BM, plus prudents.<\/p>\n\n\n\n<p>Certainement, les consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales du budget, le point sur la dette publique, les perspectives de recettes et l\u2019\u00e9tat du projet de budget des institutions ont \u00e9t\u00e9 un angle d\u2019attaque du ministre des finances et du budget, dans son explication des sources de la croissance dont 80% de nos revenus sont tir\u00e9s dans les 6 secteurs cl\u00e9s de notre \u00e9conomie mais \u00e9galement de la r\u00e9partition de la croissance dont les r\u00e9sidents s\u00e9n\u00e9galais en tirent 32%, les non-r\u00e9sidents 1%, 7% destin\u00e9s au paiement d\u2019imp\u00f4t et 7% consacr\u00e9s au versement des dividendes.Il y ajoute, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, que les d\u00e9penses sp\u00e9ciales du compte tr\u00e9sor s\u2019\u00e9quilibrent en recettes et en d\u00e9penses\u00e0 176,8 milliards de F CFA; le service de la detteavec un total de 1684,6 milliards r\u00e9parti en int\u00e9r\u00eats et commissions \u00e0 hauteur de 424 milliards de F CFA en m\u00eame temps queles amortissement pour 1260,6 milliards de F CFA.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces particularit\u00e9s ont permis, si on analyse la position du ministre de l\u2019\u00e9conomie et des finances, de faire face \u00e0 non 5 chocs mais 6 chocs majeurs que sont la crise sanitaire, la covid19 ;la crise climatique avec les inondations fr\u00e9quentes ; la crise \u00e9nerg\u00e9tique internationale ; la crise mon\u00e9taire avec le retour de l\u2019inflation particuli\u00e8rement de l\u2019inflation import\u00e9e de l\u2019ordre de 4% ; la crise alimentaire issue de la guerre russo-ukrainienne et la crise s\u00e9curitaire. Le ministre a oubli\u00e9 de mentionner un 7echoc relatif au choc d\u00e9mographique avec son lot d\u2019entrainement que sont l\u2019exode rural, l\u2019urbanisation, la pression d\u00e9mographique sur les villes, l\u2019exacerbation du ch\u00f4mage end\u00e9mique des jeunes qui constituent une grande part de la population en \u00e2ge de travailler. De plus, inexorablement, il serait utile d\u2019int\u00e9grer la dimension de la transition d\u00e9mographique dans le recours \u00e0 l\u2019endettement.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce sens, qu\u2019en est-il du stock de la dette ? La charge d\u2019int\u00e9r\u00eats de la dette publique tient-elle compte de la r\u00e9duction du co\u00fbt de l\u2019indexation d\u2019une partie des obligations assimilables du Tr\u00e9sor (OAT) sur l\u2019inflation au S\u00e9n\u00e9gal? Le glissement annuel des prix fin 2023 suppos\u00e9 inf\u00e9rieur \u00e0 celui de fin 2022 diminuerait-il ? Est-ce que le volume de la dette et son taux contribuent \u00e0 majorer la charge d\u2019int\u00e9r\u00eats ? Autant de pr\u00e9occupations \u00e0 consid\u00e9rer dans une appr\u00e9ciation plus globale et plu g\u00e9n\u00e9rale des finances publiques.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout \u00e9tat de cause, et malgr\u00e9 la gouverne du ministre des finances et du budget, c\u2019est moins si on conna\u00eet pas un pays qui n\u2019a pas de d\u00e9ficit mais c\u2019est plut\u00f4t son financement et l\u2019utilisation de son financement estim\u00e9 pour 2023 \u00e0 un besoin de financement de 2341millards de FCFA, c\u2019est \u00e0 dire un d\u00e9ficit de 5,5% du PIB, d\u00e9passant le plafond communautaire d\u2019un ratio solde budg\u00e9taire de base \/ PIB sup\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 z\u00e9ro. Donc, de quelle utilisation pour lutter contre la chert\u00e9 de la vie ?<\/p>\n\n\n\n<p>II. Contre la chert\u00e9 de la vie\u2026<br>Pour lutter contre la chert\u00e9 de la vie et augmenter le pouvoir d\u2019achat il faut des ressources publiques.Les pr\u00e9visions de recettes publiques du gouvernement sont optimistes dans la mesure o\u00f9 le sc\u00e9nario macro\u00e9conomique est un peu trop favorable et il existe d\u2019importants al\u00e9as sur l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires au PIB.Le gouvernement pr\u00e9voit une augmentation en 2023 des d\u00e9penses aux fins d\u2019apporter des r\u00e9ponses aux urgences sociales, si on exclut les d\u00e9penses exceptionnelles que sont les plans d\u2019urgence et de relance ainsi que les mesures prises pour faire face \u00e0 la hausse des prix.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est normal que les d\u00e9penses publiques croissent fortement lorsque le taux d\u2019inflation est \u00e9lev\u00e9. En effet, les prestations sociales sont presque toutes index\u00e9es sur l\u2019inflation, les prix des achats de biens et services augmentent et les salaires des fonctionnaires doivent \u00eatre revaloris\u00e9s. C\u2019est pourquoi, l\u2019augmentation des salaires dans la fonction publique est \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser. En attendant, dans tous les cas, la hausse des d\u00e9penses publiques non exceptionnelles, pour \u00eatre efficace, doit correspondre quasiment \u00e0 l\u2019inflation pr\u00e9vue en 2023. Le maintien des \u00ab boucliers tarifaires \u00bb contre les hausses des prix, l\u2019application des 11 mesures issues de la concertation sur la chert\u00e9 de la vie, les aides \u00e0 la consommation, les prix bloqu\u00e9s \u00e0 la pompe pour les carburants sont suppos\u00e9s \u00eatre reconduits en 2023, ce qui est cr\u00e9dible.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, pour 2023, quelle d\u00e9pense est provisionn\u00e9e pour limiter l\u2019impact d\u2019une nouvelle vague \u00e9pid\u00e9mique (tests, vaccins\u2026) ? quelle anticipation budg\u00e9taire sur les maladies \u00e9mergentes et r\u00e9-\u00e9mergentes ?<\/p>\n\n\n\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, au-del\u00e0 des pr\u00e9occupations sanitaires, les perspectives \u00e9conomiques, sociales et politiques sont actuellement tr\u00e8s incertaines. Elles d\u00e9pendent au premier chef de l\u2019issue de la guerre en Ukraine. En cons\u00e9quence, il est prudent de se pr\u00e9parer \u00e0 des sc\u00e9narios peu favorables et d\u2019envisager s\u00e9rieusement que l\u2019augmentation des prix des produits import\u00e9s, et en premier lieu des produits \u00e9nerg\u00e9tiques, r\u00e9duisent notre pouvoir d\u2019achat auquel une attention particuli\u00e8re est \u00e0 apporter.<\/p>\n\n\n\n<p>III. Pour des soins pour le Pouvoir d\u2019achat\u2026<br>Le pouvoir d\u2019achat des s\u00e9n\u00e9galais est en berne. L\u2019indice des prix \u00e0 la consommation (IHPC) mesur\u00e9 par l\u2019ANSD a continu\u00e9 d\u2019augmenter en 2022 et devrait probablement se maintenir en 2023. L&rsquo;indice a augment\u00e9 de 1,4% compar\u00e9 \u00e0 celui du mois pr\u00e9c\u00e9dent. Cette hausse de l\u2019inflation aura \u00e0 nouveau des cons\u00e9quences fortes sur le pouvoir d\u2019achat.Dans ce contexte de r\u00e9surgence de l\u2019inflation,le d\u00e9roulement du marathon budg\u00e9taire montre combien la question du pouvoir d\u2019achat tient une grande place dans le d\u00e9bat public. Avec la d\u00e9t\u00e9rioration des termes de l\u2019\u00e9change, qui est la cause premi\u00e8re de la r\u00e9surgence actuelle de l\u2019inflation, in\u00e9vitablement la baisse du pouvoir d\u2019achat ne pourra \u00eatre amortie par des gains de productivit\u00e9 atones. Et elle ne pourra pas non plus \u00eatre totalement compens\u00e9e par des dispositifs publics on\u00e9reux, les finances publiques s\u00e9n\u00e9galaises \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 nettement \u00e9prouv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Constatons que, du fait des dispositifs d\u00e9ploy\u00e9s par l\u2019Etat, la hausse de l\u2019inflation est nettement plus contenue au S\u00e9n\u00e9gal que chez nos principaux voisins de l\u2019UEMOA. Ainsi, le bouclier tarifaire d\u00e9ploy\u00e9 abaisse l\u2019inflation et la remise indirecte des prix \u00e0 la pompe et les dispositifs les accompagnant r\u00e9duisent de fa\u00e7on tr\u00e8s significative l\u2019inflation des prix sur le pouvoir d\u2019achat des m\u00e9nages.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces m\u00e9nages, dont les classes les vuln\u00e9rables, ont \u00e9t\u00e9 les principales b\u00e9n\u00e9ficiaires des dispositifs pris par l\u2019Etat dans le cadre de cette protection du pouvoir d\u2019achat des plus pauvres \u00e0 travers de multiples facteurs tels que les m\u00e9canismes d\u00e9ploy\u00e9s comme les cash transferts, la bourse de s\u00e9curit\u00e9 familiale, le bouclier tarifaire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, il faudrait y associer, et nous en sommes convaincus, d\u2019autres r\u00e9ponses qui nous paraissent les plus structurelles. En plus de retenir l\u2019id\u00e9edu rel\u00e8vement du salaire minimum, quatre r\u00e9ponses seraient possibles face \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration des termes de l\u2019\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8rement, \u00e9viter de bloquer les prix sur une longue p\u00e9riode car un tel blocage a comme cons\u00e9quences des rationnements du consommateur et un co\u00fbt prohibitif pour les finances publiques si les producteurs et vendeurs sont compens\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8mement, compenser les m\u00e9nages par des dispositifs publics pour att\u00e9nuer l\u2019effet de l\u2019inflation sur leur pouvoir d\u2019achat sauf que le co\u00fbt de tels dispositifs peut devenir prohibitif s\u2019il est report\u00e9 sur les g\u00e9n\u00e9rations futuresqui devront assumer le co\u00fbt d\u2019une dette d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8mement, \u00e9viter de faire payer les entreprises cette inflation en la reportant sur les salaires car la situation financi\u00e8re des entreprises est d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9e par l\u2019augmentation du co\u00fbt des facteurs de production avec ses composantes import\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatri\u00e8mement, pr\u00e9voir d\u2019appliquer la v\u00e9rit\u00e9 des prix dans le long terme et faire payer aux m\u00e9nages cette augmentation des prix des produits import\u00e9s tout en veillant \u00e0 la promotion d\u2019une politique de revenu des m\u00e9nages et de leur acc\u00e8s aux services sociaux publics de bases.<\/p>\n\n\n\n<p>De telles consid\u00e9rations ont pour port\u00e9e une meilleure appr\u00e9ciation de la contrepartie du d\u00e9ficit public, en ce sens qu\u2019il serait int\u00e9ressant de, scientifiquement et rigoureusement, proc\u00e9der \u00e0 une analyse de son utilisation \u00e0 travers les \u00e9volutions du pouvoir d\u2019achat des m\u00e9nages par unit\u00e9 de consommation compar\u00e9 au PIB par unit\u00e9 de consommation.<\/p>\n\n\n\n<p>IV. Avec quelles cons\u00e9quences sur les finances publiques ?<br>Du point de vue des finances publiques, les dispositifs d\u00e9ploy\u00e9s par l\u2019Etat du S\u00e9n\u00e9gal pour solutionner la chert\u00e9 de la vie et redonner du pouvoir d\u2019achat constituent des choix budg\u00e9taires forts pour nos finances publiques d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9es par la Covid. Aussi puissants soient-ils, ces dispositifs vont faire transf\u00e9rer sur les g\u00e9n\u00e9rations futures la protection actuelle du pouvoir d\u2019achat des m\u00e9nages (co\u00fbt d\u2019opportunit\u00e9 du renoncement \u00e0 des investissements publics). Est-il vrai, il est plus facilement acceptable pour l\u2019opinion populaire de transmettre une dette cr\u00e9\u00e9e par des d\u00e9cisions li\u00e9es \u00e0 une lutte contre une crise sanitaire majeure, la Covid par exemple, toutefois il est moins l\u00e9gitimede faire payer cette protection par les g\u00e9n\u00e9rations futures lorsqu\u2019il s\u2019agit de la protection du pouvoir d\u2019achat des m\u00e9nages face \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration des termes de l\u2019\u00e9change. Le d\u00e9ficit et la dette publics qui en d\u00e9couleraient en seront moins accept\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, qu\u2019il y a de bons et de mauvais d\u00e9ficits, le d\u00e9ficit \u00e9tant un crit\u00e8re tr\u00e8s imparfait pour juger de l\u2019action budg\u00e9taire. Le vrai crit\u00e8re pour l\u2019Etat, c\u2019est l\u2019efficacit\u00e9 de la d\u00e9pense, mesur\u00e9e par un \u00ab rendement \u00bb sup\u00e9rieur au co\u00fbt des ressources qui la financent. Construire un syst\u00e8me de transport qui d\u00e9sengorge Dakar la m\u00e9tropole (comme le BRT, le TER\u2026), est-ce cr\u00e9ateur de valeur ? Payer des instituteurs pour enseigner \u00e0 nos enfants \u00e0 Bambali, Ngoumba Gu\u00e9oul, Marsassoum, Bark\u00e9dji\u2026 ; recruter des infirmi\u00e8res pour soigner la population rurale ; investir dans la s\u00e9curit\u00e9 publique, est-ce cr\u00e9ateur de valeur ?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autant plus que la valeur que l\u2019Etat est cens\u00e9 cr\u00e9er est le plus souvent une valeur \u00ab sociale \u00bb, dont les retours sont parfois \u00e0 long terme ou difficiles \u00e0 mesurer \u00e0 l\u2019aune d\u2019une r\u00e8gle de march\u00e9. Par exemple, quelle est la rentabilit\u00e9 de la sant\u00e9, de la s\u00e9curit\u00e9, de l\u2019\u00e9ducation ? Dans nos d\u00e9mocraties, c\u2019est ce qui donne sa l\u00e9gitimit\u00e9 au politique pour d\u00e9cider la d\u00e9pense \u00e0 entreprendre, voire de creuser le d\u00e9ficit.<\/p>\n\n\n\n<p>Au demeurant, le gouvernement pr\u00e9voit, \u00e0 travers l\u2019ex\u00e9cution de ce budget, une r\u00e9duction du d\u00e9ficit public en pourcentage du PIB, de6,2 % en 2022 \u00e0 5,5% en 2023. Sauf que si les recettes sont surestim\u00e9es et les d\u00e9penses sous-estim\u00e9es, une hausse du d\u00e9ficit public en 2023 serait plus probable. En toile de fond, si ce d\u00e9ficit public s\u2019\u00e9leveun peu plus que pr\u00e9vu en 2023, la dette pourrait augmenter plut\u00f4t que diminuer \u00e0 fin 2023. Jusqu\u2019ici, le d\u00e9ficit pr\u00e9vu par le gouvernement pour 2023 semble stabiliser la dette en r\u00e9ponse au d\u00e9bat sur l\u2019\u00e9ternel sophisme de la dette publique qui laisserait croire que quand l\u2019Etat s\u2019endette, ce serait \u00e0 nos enfants qu\u2019on passe l\u2019addition qui\u00e0 leur tour devront se priver pour la rembourser. Au fond, toute d\u00e9pense publique non financ\u00e9e par l\u2019imp\u00f4t ne serait qu\u2019un dol commis sur les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Indubitablement, si le S\u00e9n\u00e9gal entend r\u00e9duire significativement l\u2019endettement public, il devra dans les dix ans \u00e0 venir conduire un ajustement suppl\u00e9mentaire sur les orientations en mati\u00e8re de dette, de d\u00e9ficit et de d\u00e9penses publiques que sont :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00e0 d\u00e9faut de sortir totalement de la contrainte communautaire, mettre en place un frein \u00e0 l\u2019endettement ;<br>&#8211; renforcer l\u2019impossibilit\u00e9 de financer les d\u00e9penses de fonctionnement avec des cr\u00e9dits pr\u00e9vus pour des d\u00e9penses d\u2019investissement ;<br>&#8211; revoir ou mettre en place un compte de compensation ;<br>&#8211; aller vers\u2759\u2019adoption d\u2019un budget global triennal,<br>&#8211; renforcer la r\u00e9serve de pr\u00e9caution ;<br>&#8211; privil\u00e9gier l\u2019ordonnateur principal et le comptable principal de tout minist\u00e8re qui respecte les crit\u00e8res dans la pratique des coupes automatiques de productivit\u00e9 dans les cr\u00e9dits ;<br>&#8211; r\u00e9former ou mettre en place une haute autorit\u00e9 de r\u00e9gulation ind\u00e9pendante pour une efficacit\u00e9 de la proc\u00e9dure budg\u00e9taire ;<br>&#8211; cr\u00e9er, avec le concours des universitaires, une structure d\u2019appoint au parlement charg\u00e9 d\u2019apporter une lecture contradictoire des projets de loi ;<br>&#8211; consolider dans un syst\u00e8me d\u2019information int\u00e9gr\u00e9 les efforts des r\u00e9gis financiers dans un soucis de coh\u00e9rence de la strat\u00e9gie des finances publiques ;<br>&#8211; Penser \u00e0 une loi de finances des collectivit\u00e9s locales et de r\u00e9former totalement le financement des collectivit\u00e9s territoriales.<br>&#8211;<br>Somme toute, le cru budg\u00e9taire 2023 devrait \u00eatre plut\u00f4t bon pour l&rsquo;\u00e9conomie s\u00e9n\u00e9galaise. On aurait pu s&rsquo;attendre \u00e0 ce que le gouvernement augmente la d\u00e9pense d\u2019investissement public, quitte \u00e0 laisser au prochain gouvernement le soin d&rsquo;apurer les comptes avec les ressources additionnelles attendues de l\u2019exploitation du p\u00e9trole et du gaz. Les d\u00e9tails du projet de loi de finances montrent pourtant que ce ne sera pas le cas.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, il me semble que c\u2019est un honorable compromis entre les contingences sociales (co\u00fbt de la vie et pouvoir d\u2019achat) et la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de rationaliser la d\u00e9pense publique, de simplifier le syst\u00e8me fiscal et de r\u00e9duire le poids de la dette, pour le ramener aux normes communautaires. Ce Budget 2023 du S\u00e9n\u00e9gal ambitionne de lutter contre la chert\u00e9 de la vie, d\u2019apporter des solutions pour le pouvoir d\u2019achat mais ne manque pas de bouleverser les finances publiques. Le prochain gouvernement aura encore du pain sur la planche en mati\u00e8re budg\u00e9taire : il devra faire face \u00e0 la chert\u00e9 de la vie (l\u2019inflation \u00e9tant persistante) et r\u00e9former plus radicalement l\u2019administration publique compte tenu du niveau \u00e9lev\u00e9 de 1100 milliards de la masse salariale ; deux sujets \u00e9conomiquement et politiquement explosifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Thierno Thioune<br>Ma\u00eetre de Conf\u00e9rences Titulaire<br>Directeur du CREA<br>Centre de Recherches Economiques Appliqu\u00e9es<br>Facult\u00e9 des Sciences \u00c9conomiques et de Gestion<br>Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Par Dr Thierno Thioune) Le gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal vient de pr\u00e9senter son projet de loi de finances pour 2023 avec<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3971,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-3970","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politics"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3970","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3970"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3970\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3972,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3970\/revisions\/3972"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3971"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3970"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3970"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3970"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}