{"id":29952,"date":"2024-01-22T12:49:56","date_gmt":"2024-01-22T12:49:56","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=29952"},"modified":"2024-01-22T12:49:56","modified_gmt":"2024-01-22T12:49:56","slug":"inde-avec-la-consecration-de-son-temple-modi-assoit-la-suprematie-hindoue-face-aux-minorites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=29952","title":{"rendered":"Inde: avec la cons\u00e9cration de \u00abson\u00bb temple, Modi assoit la supr\u00e9matie hindoue face aux minorit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p>Un temple, une ville sacr\u00e9e, un Premier ministre qui instrumentalise la religion, tels sont les ingr\u00e9dients de l\u2019op\u00e9ration \u00e0 vis\u00e9es \u00e0 la fois id\u00e9ologiques et \u00e9lectorales qui se d\u00e9roule ce lundi 22 janvier au matin dans l\u2019\u00c9tat de l\u2019Uttar Pradesh, au nord de l\u2019Inde.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce 22 janvier 2024, le Premier ministre indien Narendra Modi inaugure un nouveau sanctuaire dans la ville d\u2019Ayodhya, une des villes saintes de l\u2019hindouisme. C\u2019est un temple grandiose, tout en marbre et en gr\u00e8s rose, reposant sur 392 piliers sculpt\u00e9s et d\u00e9di\u00e9 au dieu Rama, divinit\u00e9 particuli\u00e8rement v\u00e9n\u00e9r\u00e9e dans le nord de l\u2019Inde. La construction de ce temple, sur le site d\u2019une ancienne mosqu\u00e9e d\u00e9molie en 1992 par une horde de civils fanatis\u00e9s, est l\u2019aboutissement de la promesse de campagne du mouvement hindouiste et de ses leaders au pouvoir \u00e0 New Delhi depuis bient\u00f4t dix ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019esprit du Premier ministre Modi, qui s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 personnellement pour la c\u00e9r\u00e9monie de cons\u00e9cration du temple, comme il l\u2019avait fait il y a quatre ans \u00e0 l\u2019occasion de la pose de la premi\u00e8re pierre, l\u2019\u00e9rection de cet \u00e9difice, con\u00e7u pour incarner le supr\u00e9matisme hindou, repr\u00e9sente un tournant dans l\u2019histoire moderne de l\u2019Inde. Elle annonce l\u2019entr\u00e9e de ce pays dans \u00ab&nbsp;<em>une nouvelle \u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb, celle de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie hindoue, \u00e0 mille lieux de sa tradition la\u00efque et plurielle imprim\u00e9e par ses p\u00e8res fondateurs \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance en 1947. Apr\u00e8s 70 ans de s\u00e9cularisme, l\u2019Inde sous l\u2019\u00e9gide de ses nouveaux ma\u00eetres rena\u00eet \u00ab hindoue \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une mosqu\u00e9e \u00e0 trois d\u00f4mes<\/h2>\n\n\n\n<p>Situ\u00e9e dans le nord de l\u2019Inde, dans l\u2019\u00c9tat de l\u2019Uttar Pradesh, la ville d\u2019Ayodhya a longtemps \u00e9t\u00e9 une bourgade endormie, provinciale. Toutefois, c\u2019est un nom que tous les Indiens connaissent, car ils ont grandi en \u00e9coutant la l\u00e9gende de cette ville antique. D\u2019apr\u00e8s le\u00a0<em>Ramayana\u00a0<\/em>\u2013\u00a0<em>L<\/em>\u2019<em>Iliade<\/em>\u00a0indien \u2013, elle fut le lieu de naissance du dieu Rama il y a plus de 7\u00a0000 ans et plus tard la capitale de son royaume.<\/p>\n\n\n\n<p>Ville importante pour l\u2019islam indien \u00e9galement, Ayodhya abrite une large population musulmane qui a longtemps prosp\u00e9r\u00e9 autour de son imposante mosqu\u00e9e \u00e0 trois d\u00f4mes, b\u00e2tie en 1527 sur l\u2019ordre du souverain Babur, fondateur de la dynastie moghole. Cette mosqu\u00e9e, qui est rest\u00e9e en activit\u00e9 jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, a \u00e9t\u00e9 depuis le XIXe si\u00e8cle au centre de controverses, avec les z\u00e9lotes hindous revendiquant le site qui, selon la l\u00e9gende populaire, aurait \u00e9t\u00e9 le lieu de naissance de Rama. Pour les fanatiques hindous, la mosqu\u00e9e aurait \u00e9t\u00e9 construite sur le site d\u2019un temple d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Rama, sans que ces affirmations ne soient jamais confirm\u00e9es par l\u2019investigation scientifique. M\u00eame les fouilles arch\u00e9ologiques conduites par le tr\u00e8s s\u00e9rieux \u00ab Archaeological Survey of India \u00bb n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9terminer si les ruines trouv\u00e9es sous les fondations de l\u2019\u00e9difice \u00e9taient des mosqu\u00e9es ou des temples.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours est-il qu\u2019avec la mont\u00e9e du fondamentalisme hindou en Inde \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, la pol\u00e9mique autour de la mosqu\u00e9e d\u2019Ayodhya a rejailli sur le devant de la sc\u00e8ne. L\u2019histoire s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e le 6 d\u00e9cembre 1992, lorsqu\u2019une foule de croyants hindous, mobilis\u00e9s par les mouvements politiques extr\u00e9mistes, a pris d\u2019assaut la mosqu\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale et l\u2019a d\u00e9molie \u00e0 coups de pioches et de marteaux, arrachant ses d\u00f4mes et ses murs brique par brique. Dans la foul\u00e9e de ces violences, ont \u00e9clat\u00e9 \u00e0 travers le pays des \u00e9meutes interconfessionnelles dont l\u2019Inde est coutumi\u00e8re, faisant plus de 2&nbsp;000 morts, surtout parmi les musulmans.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Crimes et chaos<\/h2>\n\n\n\n<p>Sur le plan politique, cette ambiance de crimes et de chaos a surtout profit\u00e9 aux fondamentalistes hindous. \u00c9cartant le Congr\u00e8s qui a gouvern\u00e9 le pays quasiment sans interruption depuis 1947, mais d\u00e9sormais en perte de vitesse, le parti nationaliste hindou (le Bharatiya Janata Party ou le BJP) a pris le pouvoir, une premi\u00e8re fois en 1996 pour cinq ans, avant de revenir aux manettes en 2014 sous l\u2019\u00e9gide de son leader Narendra Modi. Populiste et id\u00e9ologue du mouvement de l\u2019\u00ab&nbsp;<em>hindutva&nbsp;<\/em>\u00bb (\u00ab projet d\u2019h\u00e9g\u00e9monie hindoue \u00bb), ce dernier est arriv\u00e9 au pouvoir en promettant aux fid\u00e8les qu\u2019il allait construire le temple de Rama sur le site m\u00eame de la mosqu\u00e9e d\u2019Ayodhya.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, depuis la d\u00e9molition de la mosqu\u00e9e en 1992, l\u2019affaire a fait l\u2019objet de batailles juridiques interminables, avant que la Cour supr\u00eame indienne ne se saisisse du dossier. C\u2019est sous le second mandat de Narendra Modi que le verdict est finalement tomb\u00e9. Si, pour les juges de la plus haute juridiction, la d\u00e9molition de la mosqu\u00e9e relevait d\u2019un \u00ab&nbsp;<em>acte calcul\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, perp\u00e9tr\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>en violation flagrante&nbsp;<\/em>\u00bb de la loi, ils ont pourtant ordonn\u00e9 l\u2019octroi d\u2019un nouveau terrain \u00e0 25 kilom\u00e8tres d\u2019Ayodhya pour la construction d\u2019une nouvelle mosqu\u00e9e et autoris\u00e9 la construction du temple sur le site m\u00eame de l\u2019ancienne mosqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les conditions \u00e9taient d\u00e9sormais r\u00e9unies pour la r\u00e9alisation de la promesse faite par Narendra Modi et ses comp\u00e8res du BJP aux z\u00e9lotes hindous en contrepartie de leur soutien au projet de l\u2019\u00ab&nbsp;<em>hindutva&nbsp;<\/em>\u00bb. Le r\u00eave devient r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Animal politique<\/h2>\n\n\n\n<p>Il l\u2019avait promis, il l\u2019a fait. C\u2019est pour rappeler qu\u2019il a tenu sa promesse que Narendra Modi est venu \u00e0 Ayodhya pour l\u2019inauguration de son temple. Toutefois, les choses ne se sont pas pass\u00e9es comme il s\u2019y attendait.\u00a0<em>Primo<\/em>, les principaux leaders de l\u2019opposition ont d\u00e9clin\u00e9 l\u2019invitation \u00e0 assister \u00e0 l\u2019inauguration du temple dont la construction rel\u00e8ve, pour eux, de l\u2019instrumentalisation politique de la religion. Plus grave encore, les grands pr\u00eatres de l\u2019hindouisme qui devaient officier \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de cons\u00e9cration, eux aussi, se sont d\u00e9clar\u00e9s aux abonn\u00e9s absents, arguant qu\u2019il leur \u00e9tait interdit par les textes sacr\u00e9s hindous d\u2019installer des idoles des divinit\u00e9s tant que la construction n\u2019\u00e9tait pas compl\u00e8tement termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, il se trouve que, lanc\u00e9s en 2020, les travaux de construction du temple Rama d\u2019Ayodhya ne seront r\u00e9ellement achev\u00e9s qu\u2019en 2027. \u00ab<em>\u00a0Le temple n\u2019est pas pr\u00eat, mais Narendra Modi est fin pr\u00eat<\/em>\u00a0\u00bb, ironise le politologue Balveer Arora. Le souci du Premier ministre de ne pas attendre la fin des travaux s\u2019explique par la politisation de l\u2019affaire. \u00ab<em>\u00a0La date de cons\u00e9cration du temple a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e avec un \u0153il sur le calendrier \u00e9lectoral,\u00a0<\/em>souligne Balveer Arora.\u00a0<em>Le gouvernement envisage de dissoudre le Parlement en f\u00e9vrier et de convoquer dans la foul\u00e9e des \u00e9lections qui doivent se tenir avant juin.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Animal politique par excellence, le Premier ministre mise sur la visibilit\u00e9 que lui procure la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019inauguration d\u2019Ayodhya pour remporter une troisi\u00e8me victoire \u00e9lectorale, ce qui lui permettra de concurrencer les Nehru et les Indira Gandhi, ses \u00e9minents pr\u00e9d\u00e9cesseurs \u00e0 la primature de l\u2019Inde. Vu les taux d\u2019opinions favorables dans les sondages, Modi pourrait bien obtenir le \u00ab&nbsp;<em>hat trick<\/em>&nbsp;\u00bb (\u00ab tripl\u00e9 \u00bb) qu\u2019il ambitionne de r\u00e9aliser, malgr\u00e9 l\u2019extr\u00eame polarisation de la soci\u00e9t\u00e9 indienne selon des lignes de fracture identitaire que dix ann\u00e9es de pouvoir de Modi ont favoris\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;<em>Mauvais augure<\/em>&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans ces conditions, comme l\u2019\u00e9crit Audrey Truschke, professeure de l\u2019histoire d\u2019Asie du Sud \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Rutgers, aux \u00c9tats-Unis, \u00ab&nbsp;<em>l\u2019inauguration du temple d\u2019Ayodhya risque d\u2019\u00eatre de tr\u00e8s mauvais augure, pas seulement pour les musulmans indiens, mais aussi pour les hindous qui croient encore aux valeurs fondatrices de leur pays, le pluralisme et la la\u00efcit\u00e9&nbsp;<\/em>\u00bb. Alors que les hindous doivent s\u2019adapter \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 indienne r\u00e9tr\u00e9cie o\u00f9 le politique est d\u00e9termin\u00e9 d\u00e9sormais par le religieux et&nbsp;<em>vice versa<\/em>, les musulmans doivent se r\u00e9signer \u00e0 leur marginalisation grandissante et \u00e0 une cohabitation tendue avec la majorit\u00e9 hindoue, avec leur libert\u00e9 de culte de plus en plus r\u00e9duite. D\u00e9j\u00e0 plusieurs grandes mosqu\u00e9es du pays font l\u2019objet de revendications diverses devant les tribunaux et risquent de conna\u00eetre le m\u00eame sort que la mosqu\u00e9e d\u2019Ayodhya.<\/p>\n\n\n\n<p>La construction du temple d\u2019Ayodhya, autoris\u00e9e par une Cour supr\u00eame indienne qui a de plus en plus de mal \u00e0 soutenir l\u2019\u00c9tat de droit, est annonciatrice de l\u2019av\u00e8nement d\u2019une Inde amoindrie, revue et corrig\u00e9e dans ses ambitions d\u00e9mocratiques, selon nombre d\u2019observateurs et d\u2019analystes. Un amoindrissement qu&rsquo;illustre le Premier ministre lui-m\u00eame en se d\u00e9pla\u00e7ant personnellement pour la c\u00e9r\u00e9monie d&rsquo;inauguration d&rsquo;un temple, alors que selon la Constitution indienne, l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;a pas \u00e0 s&rsquo;immiscer dans la vie religieuse des citoyens. \u00ab\u00a0<em>Ni Nehru, ni Indira Gandhi que Modi et ses comp\u00e8res vilipendent \u00e0 longueur de journ\u00e9es, n&rsquo;auraient jamais particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inauguration d&rsquo;un temple ou d&rsquo;une \u00c9glise. Ils d\u00e9fendaient une autre id\u00e9e de l&rsquo;\u00c9tat, un \u00c9tat impartial, au-dessus de la m\u00eal\u00e9e, protecteur des hindous comme des musulmans<\/em>\u00a0\u00bb, souligne le politologue Balveer Aurora.<\/p>\n\n\n\n<p>SOURCE RFI<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un temple, une ville sacr\u00e9e, un Premier ministre qui instrumentalise la religion, tels sont les ingr\u00e9dients de l\u2019op\u00e9ration \u00e0 vis\u00e9es<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":29953,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-29952","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/29952","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=29952"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/29952\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":29954,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/29952\/revisions\/29954"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/29953"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=29952"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=29952"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=29952"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}