{"id":28726,"date":"2024-01-05T10:41:23","date_gmt":"2024-01-05T10:41:23","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=28726"},"modified":"2024-01-05T10:41:24","modified_gmt":"2024-01-05T10:41:24","slug":"drame-de-bettenty-sept-ans-apres-un-changement-de-comportement-au-prix-de-larmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=28726","title":{"rendered":"Drame de Bettenty, sept ans apr\u00e8s : un changement de comportement au prix de larmes !"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>M\u00eame s\u2019ils se cachent derri\u00e8re le manteau du temps, pour oublier la journ\u00e9e du lundi 24 avril 2017, les habitants de Bettenty ne parviennent pas \u00e0 se d\u00e9partir de la trag\u00e9die qui a caus\u00e9 la mort de 21 femmes. 51 autres secourus par des villageois et des Sapeurs-pompiers. Sept (7) ans apr\u00e8s l\u2019accident de leur pirogue qui a chavir\u00e9, alors qu\u2019elles revenaient d\u2019une journ\u00e9e de dur labeur, la douleur est toujours intenable. Les larmes coulent\u2026 \u00e0 flots. Le village insulaire du delta du Saloum sis de la commune de Toubacouta a tout de m\u00eame chang\u00e9 certaines de ses habitudes. Les normes de la travers\u00e9e du fleuve sont renforc\u00e9es et mieux respect\u00e9es. D\u00e9sormais, le port de gilets est obligatoire et la surcharge des pirogues est interdite.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Presque sept (7) ans apr\u00e8s le drame de Bettenty, les larmes ne tarissent pas. La douleur reste un souvenir qui r\u00e9siste au temps. Elle est une plaie b\u00e9ante qui saigne toujours. A chaque fois qu\u2019on parle de cet accident qui a cout\u00e9 la vie \u00e0 21 femmes, mortes noy\u00e9es, surprises qu\u2019elles sont par les vagues alors qu\u2019elles revenaient d\u2019une cueillette de fruits de mer, l\u2019\u00e9motion est vive. Certains prennent le risque de r\u00e9veiller ce monstre puissant qui a laiss\u00e9 dans les c\u0153urs un vide qui rien ne peut combler. D\u2019autres choisissent le silence faisant de cet \u00e9v\u00e8nement pas plus qu\u2019un pass\u00e9 malheur. Cherif Daba Diouf est l\u2019une des personnes qui accepte de parler de ce drame qui lui a priv\u00e9 de son \u00e9pouse. D\u2019un commerce facile et d\u2019un humour contagieux, il met rapidement \u00e0 l\u2019aise son interlocuteur. La douleur qu\u2019il endure derri\u00e8re ce masque de gaiet\u00e9, ne peut se mesurer \u00e0 ses \u00e9clats de rires ou \u00e0 son sourire contentieux. Les derniers mots qu\u2019il a \u00e9chang\u00e9s avec son d\u00e9funte \u00e9pouse dans la journ\u00e9e du 24 avril 2017, sont intacts dans sa m\u00e9moire. Vivre sans elle est d\u2019autant plus difficile qu\u2019il est oblig\u00e9 de superviser seul les travaux de finition de leur maison dont la d\u00e9funte \u00e9tait son grand soutien. &nbsp;\u00ab<em>&nbsp;Mon fils nous a pay\u00e9 cinq tonnes de ciment que nous faisons des briques pour la construction de notre maison. Tous les deux, nous \u00e9tions charg\u00e9s d\u2019extraire le sable marin qui va avec cette activit\u00e9.&nbsp; C\u2019est quand il restait 10 sacs, qu\u2019elle m\u2019a fait savoir dans cette journ\u00e9e du 24 avril qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait aller ce jour, en mer pour chercher des mollusques<\/em>&nbsp;\u00bb, se rappelle-t-il, la voix empreinte d\u2019\u00e9motion. Essayant de lui en dissuader, Cherif dit avoir demand\u00e9 \u00e0 son \u00e9pouse de sursoir \u00e0 cette activit\u00e9 vu son \u00e9tat de sant\u00e9 tr\u00e8s fragile. Elle se plaignait de brulures d\u2019estomac. Loin de se douter que c\u2019\u00e9tait leur derni\u00e8re conversation, il a c\u00e9d\u00e9 face l\u2019instance de celle-ci puis a continu\u00e9 ses activit\u00e9s quotidiennes. Sa qui\u00e9tude ne sera que de courte dur\u00e9e car raconte-t-il, \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai senti sa mort. Perturb\u00e9, j\u2019ai essay\u00e9 de la joindre au t\u00e9l\u00e9phone, mais je suis tomb\u00e9 sur notre fille ain\u00e9e qui m\u2019a dit que sa maman est d\u00e9j\u00e0 partie en mer.&nbsp; J\u2019ai continu\u00e9 ma journ\u00e9e sans prendre le d\u00e9jeuner. Je suis sorti faire une balade au bord de la plage et c\u2019est \u00e0 ce moment que j\u2019ai vu des jeunes tr\u00e8s excit\u00e9s. Je fus ainsi inform\u00e9 du chavirement de l\u2019embarcation qui transportait mon \u00e9pouse&nbsp;<\/em>\u00bb. &nbsp;Pour lui, sa femme ne pouvait survivre \u00e0 ce drame. La confirmation, il l\u2019obtiendra de mani\u00e8re dramatique. \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai pris une pirogue pour aller au secours des naufrag\u00e9s. Un des membres d\u2019une embarcation de sauvetage que j\u2019ai crois\u00e9 m\u2019a dit que ma femme est morte et c\u2019est lui qui a rep\u00each\u00e9 son corps. J\u2019avais arr\u00eat\u00e9 de fumer 9 ans auparavant, et c\u2019est ce jour que j\u2019ai repris.&nbsp; Je suis meurtri. Elle m\u2019a laiss\u00e9 neuf enfants. Mon \u00e9pouse me vouait un \u00e9norme respect, un amour sinc\u00e8re, une fid\u00e9lit\u00e9 hors du commun et un soutien ind\u00e9fectible. J\u2019allais jusqu\u2019en Casamance pour chercher des crevettes que je revendais \u00e0 Dakar. Je faisais trois mois hors de mon foyer, et c\u2019est elle qui s\u2019occupait de tout&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>se rem\u00e9more Cherif Daba Diouf, la voix teint\u00e9e de sanglots. L\u2019impitoyabilit\u00e9 du destin, il le ressent et durement d\u2019ailleurs. Sa fille ain\u00e9e, un soutien de taille apr\u00e8s cet \u00e9v\u00e9nement tragique, a rejoint sa m\u00e8re, emport\u00e9e par une complication d\u2019une tension art\u00e9rielle. Enceinte \u00e0 dix-neuf ans, et dans l\u2019obligation de faire plusieurs kms en mer et en voiture, elle n\u2019a pas ainsi surv\u00e9cu \u00e0 son \u00e9vacuation vers Sokone.<\/p>\n\n\n\n<p>Seules des larmes peuvent traduire la grande souffrance des proches des victimes. Bettenty pleure toujours ses dames et m\u00e8res de familles qui sont parties \u00e0 jamais laissant derri\u00e8re elles, des \u00e9poux, enfants et parents \u00e9plor\u00e9s. Au cimeti\u00e8re de la localit\u00e9, les tombes des naufrag\u00e9s si modestes et align\u00e9es dans ce lieu de repos \u00e9ternel, font l\u2019objet de beaucoup d\u2019attention et de recueillement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La poste fausse les efforts de l\u2019Etat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jeudi 28 d\u00e9cembre, le village s\u2019est r\u00e9veill\u00e9 avec ses comportements quotidiens. Les p\u00eacheurs larguent les amarres et prennent du large dans l\u2019Atlantique \u00e0 la recherche de poissons, les bambins se d\u00e9foulent \u00e0 la berge aux pirogues \u00e0 quai. \u00a0Bettenty s\u2019ouvre ainsi \u00e0 ses visiteurs exposant ses innombrables cocotiers. <\/p>\n\n\n\n<p>Le village est surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0la Guadeloupe\u00a0\u00bb des \u00eeles du Saloum \u00e0 cause de ces arbres, nous dit notre guide. Certains cocotiers berc\u00e9s par le vent, ont fini par prendre d\u2019autres formes que d\u2019\u00eatre debout la cime pointant haut vers le ciel.\u00a0 Par ici, la mar\u00e9e est le maitre de la vie. On se plie \u00e0 ses humeurs pour entrer ou sortir du village. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Les voyages s\u2019organisent \u00e0 sa guise y compris les \u00e9vacuations sanitaires. Elle les conditionne sans aucune lecture de l\u2019\u00e9tat du patient. Ses mont\u00e9es et descentes, sont tellement encr\u00e9es dans le quotidien des habitants au point que la premi\u00e8re pr\u00e9cision faite aux visiteurs, est qu\u2019\u00e0 partir de 14 heures et environ, aucun d\u00e9placement n\u2019est pas possible \u00e0 part ceux des femmes qui profitent de cette baisse de la mar\u00e9e pour aller \u00e0 la cueillette des fruits de mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette activit\u00e9, certaines en font plus depuis le drame. \u00ab\u00a0<em>Je n\u2019ose plus aller chercher des produits halieutiques et je ne suis pas la seule. Une habitante du village qui a perdu sa fille unique dans cet accident, ne va plus en mer depuis lors. Elle en est sortie traumatis\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb, nous dit Fatou Diouf, une femme transformatrice.\u00a0 A quelque chose malheur est bon, dit-on. Cette expression peut se coller aux le\u00e7ons tir\u00e9es de ce drame s\u2019il ne serait un sacril\u00e8ge vu la grande souffrance des familles. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>On a mis le focus sur la s\u00e9curit\u00e9.\u00a0L\u2019immatriculation des pirogues pour la l\u00e9galit\u00e9, les populations en sont aussi conscientes.\u00a0 Un agent des p\u00eaches a \u00e9t\u00e9 tout de suite affect\u00e9 \u00e0 Bettenty qui n\u2019avait pas de poste de contr\u00f4le c\u2019est apr\u00e8s l\u2019accident que cette affectation a eu lieu. La mairie de Toubacouta a aussi affect\u00e9 un Agent de la S\u00e9curit\u00e9 de Proximit\u00e9 (ASP) qui travaille avec l\u2019agent des p\u00eaches pour r\u00e9gulariser le nombre de personnes que les pirogues doivent contenir et transporter mais aussi pour veiller \u00e0 ce que le port du gilet soit effectif bien que les gens soient maintenant assez conscients. Les comportements ont beaucoup chang\u00e9. Les gens font beaucoup plus attention \u00e0 la travers\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb, indique l\u2019agent au d\u00e9veloppement local et animateur \u00e0 la radio locale, Bacary Man\u00e9.\u00a0 <\/p>\n\n\n\n<p>Ce renforcement de la s\u00e9curit\u00e9 est un des engagements de l\u2019Etat du S\u00e9n\u00e9gal. Il a en eu bien d\u2019autres. Les populations se r\u00e9jouissent du soutien du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Macky Sall, de son gouvernement notamment l\u2019ancien ministre de la p\u00eache, Oumar Gueye. \u00a0La fausse note est que la Poste, un gouffre \u00e0 sous pour certains, en pleine crise, a englouti plusieurs centaines de mille destin\u00e9es aux allocations des pupilles de la nation de Bettenty.<\/p>\n\n\n\n<p> \u00ab\u00a0<em>Par trimestre, chaque enfant re\u00e7oit 150.000 frs CFA. Ils ont des comptes \u00e0 la poste. Malheureusement, une grande partie de la somme vers\u00e9e \u00e0 ces enfants est engloutie par la crise de la poste. Le versement se faisait par PostFinance, nous sommes all\u00e9s plusieurs fois r\u00e9clamer cet argent en vain pour motif qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019argent. Maintenant, le virement se fait par cr\u00e9dit mutuel m\u00eame si parfois, il y a des lenteurs. \u00c7a fait bient\u00f4t plus de 2 ans que l\u2019argent est \u00e0 la poste. Nous avons toujours nos carnets de PostFinance<\/em>\u00a0\u00bb, se d\u00e9sole Cherif Daba Diouf. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Les pupilles sont une soixantaine. A Bettenty, au moment o\u00f9 le soleil vesp\u00e9ral dardant ses rayons dor\u00e9s sur l\u2019oc\u00e9an, s\u2019appr\u00eate \u00e0 \u00e9teindre ses derni\u00e8res lumi\u00e8res, les femmes de retour de la p\u00eache embarqu\u00e9es dans des pirogues, pagaient tranquillement rejoignant leurs demeures. Les couchers du soleil dans cette partie du Delta du fleuve Saloum sont un r\u00e9gal. <\/p>\n\n\n\n<p>Son reflet sur l\u2019eau est d\u2019une beaut\u00e9 insatiable. A cet instant, de la journ\u00e9e, les oiseaux du parc du Delta du Saloum, regagnent leur dortoir, ailes battantes et la nature cache mal son charme sexy \u00e0 travers la p\u00e9nombre qui dessine ses contours, une nuit tombante qui n\u2019est pas simplement pour le repos. Sur l\u2019\u00eele, elle un moment privil\u00e9gi\u00e9 pour voyager. Le dictat de la mar\u00e9e impose les d\u00e9parts nocturnes.\u00a0 Revenues \u00e0 19 heures apr\u00e8s 6 heures de baisse, elles ne donnent pas beaucoup d\u2019options aux pirogues de transport, \u00ab courriers \u00bb. Et la nuit en est une.<\/p>\n\n\n\n<p> Le voyage vers la terre ferme commence par cette travers\u00e9e. La nuit, les lampes des villes gambiennes, Banjul et Bara perceptibles de loin, violent les limites g\u00e9ographiques et rappellent la proximit\u00e9 avec ce pays voisin. Il est \u00e0 24 km de travers\u00e9e selon les autochtones. Bettenty est dot\u00e9 par la nature, mais pour parler de sa beaut\u00e9, il faut faire fi de sa fange laiss\u00e9e par la mar\u00e9e descendante d\u2019o\u00f9 s\u2019embourbent d\u2019innocents gamins qui n\u2019en non cure des amas d\u2019ordures, une niche de microbes. Bettenty continue d\u2019exister mais, afflig\u00e9 par ce terrible drame qui fut un premier accident dans cette \u00eele occup\u00e9e que de p\u00eacheurs rompus \u00e0 la t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;FATOU NDIAYE<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00eame s\u2019ils se cachent derri\u00e8re le manteau du temps, pour oublier la journ\u00e9e du lundi 24 avril 2017, les habitants<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":28727,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[26],"tags":[],"class_list":["post-28726","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-fait-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/28726","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=28726"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/28726\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28728,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/28726\/revisions\/28728"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/28727"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=28726"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=28726"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=28726"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}