{"id":26022,"date":"2023-11-27T12:41:44","date_gmt":"2023-11-27T12:41:44","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=26022"},"modified":"2023-11-27T13:18:08","modified_gmt":"2023-11-27T13:18:08","slug":"bilan-mondial-energies-fossiles-finance-climatique-la-cop28-prendra-t-elle-le-virage-attendu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=26022","title":{"rendered":"Bilan: la COP28 prendra-t-elle le virage attendu?"},"content":{"rendered":"\n<p>Par :G\u00e9raud Bosman-Delzon<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dresser un \u00ab Bilan mondial \u00bb<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re mission de cette Conf\u00e9rence des Parties (COP) sur le changement climatique.\u00a0<strong>L\u2019Accord de Paris<\/strong>, qui pose depuis 2015 les bases des n\u00e9gociations climatiques, pr\u00e9voit de faire, \u00e0 partir de 2023 puis tous les cinq ans, le bilan des efforts accomplis depuis pour r\u00e9duire les \u00e9missions de gaz \u00e0 effets de serre. \u00ab\u00a0<em>Ce bilan sera la face \u00e9merg\u00e9e d\u2019un travail hercul\u00e9en qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 pendant ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0<\/em>\u00bb, explique Lola Vallejo, directrice du programme Climat au groupe de r\u00e9flexion Iddri. Plus de 1000 documents, des centaines d\u2019experts, trois dialogues techniques entre pr\u00e8s de 140 pays\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ce bilan est r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir des Contributions d\u00e9termin\u00e9es au niveau national (CDN), c\u2019est-\u00e0-dire les engagements volontaires des pays \u00e0 r\u00e9duire leurs \u00e9missions. Rien, juridiquement, ne les contraint \u00e0 appliquer ces promesses d\u2019efforts. Par ailleurs, le bilan qui sera dress\u00e9 sera celui des \u00ab&nbsp;<em>progr\u00e8s collectifs<\/em>&nbsp;\u00bb, non par pays, et sera \u00ab&nbsp;<em>non-prescriptif<\/em>&nbsp;\u00bb : pas de sanction \u00e0 attendre pour les \u00ab mauvais \u00e9l\u00e8ves \u00bb. Mais alors que des d\u00e9g\u00e2ts consid\u00e9rables se font sentir sous toutes les latitudes, ne pas essayer de tenir ses engagements ferait mauvais effet chez les partenaires dans l\u2019ar\u00e8ne des n\u00e9gociations. C\u2019est du moins la strat\u00e9gie poursuivie par l\u2019ONU \u00e0 travers la philosophie non contraignante de l&rsquo;Accord de Paris.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le constat est d\u00e9j\u00e0 connu gr\u00e2ce au\u00a0<strong><u>rapport de synth\u00e8se de l\u2019ONU<\/u><\/strong>, issu des dialogues techniques et d\u00e9voil\u00e9 en septembre : en progr\u00e8s, mais doit beaucoup mieux faire. \u00ab\u00a0<em>L\u2019Accord de Paris a d\u2019une certaine fa\u00e7on march\u00e9 parce qu\u2019on a vu beaucoup de choses se passer depuis 2015 et qu\u2019on a un plateau des \u00e9missions en vue<\/em>\u00a0\u00bb, diagnostique Lola Vallejo, soit un pic de consommation des fossiles projet\u00e9 pour 2030 selon l&rsquo;Agence internationale de l&rsquo;\u00e9nergie (AIE).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00ab\u00a0<em>la marche reste encore haute\u00a0<\/em>\u00bb, encha\u00eene l&rsquo;experte. Les \u00e9missions ont continu\u00e9 d&rsquo;augmenter en 2023. Selon cette synth\u00e8se qui va servir de base aux n\u00e9gociations, si toutes les promesses faites par les \u00c9tats \u00e9taient r\u00e9ellement tenues, cela \u00ab\u00a0<em>m\u00e8nerait \u00e0 un r\u00e9chauffement compris entre +2,4 et +2,6 degr\u00e9s d&rsquo;ici \u00e0 la fin du si\u00e8cle<\/em>\u00a0\u00bb, voire entre +2,5 et +2,9\u00b0C selon les toutes derni\u00e8res pr\u00e9visions de l&rsquo;ONU. Mieux qu&rsquo;en 2010 certes (les engagements promettaient alors un r\u00e9chauffement compris entre +3,7 et +4,8\u00b0C) mais loin de l\u2019objectif tot\u00e9mique d\u20191,5\u00b0C. Or, chaque fraction de degr\u00e9 compte pour ralentir le changement climatique et ses effets sur pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population mondiale en situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 selon le Giec. \u00ab<em>\u00a0Il est temps d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer\u00a0<\/em>\u00bb les efforts \u00ab\u00a0<em>car la fen\u00eatre de tir se r\u00e9duit<\/em>\u00a0\u00bb, alertait le rapport.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me mission du Bilan mondial est de pr\u00e9parer l\u2019avenir : \u00ab<em>&nbsp;les \u00c9tats se r\u00e9unissent \u00e0 la COP28 pour r\u00e9fl\u00e9chir sur la traduction politique de ce rapport technique<\/em>&nbsp;\u00bb, explique Lola Vallejo. Autrement dit, quelles d\u00e9cisions on prend pour permettre aux populations de vivre dans un climat qui change rapidement du fait des activit\u00e9s humaines. Il s\u2019agira donc de pr\u00e9parer la r\u00e9vision des CDN de chaque \u00c9tat qu\u2019ils devront livrer en 2025, en vue d\u2019un deuxi\u00e8me bilan mondial pr\u00e9vu en 2028. \u00ab&nbsp;<em>Or 2028 est si proche de l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de 2030 \u00e0 laquelle les \u00c9tats se sont engag\u00e9s \u00e0 atteindre le pic mondial d\u2019\u00e9missions, qu\u2019il faut tout faire pour r\u00e9duire drastiquement les \u00e9missions entre 2023 et 2028. Apr\u00e8s 2028, il sera trop tard<\/em>&nbsp;\u00bb, rappelle le R\u00e9seau Action Climat France.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Simon Stiell, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC, la \u00ab m\u00e8re des COP \u00bb), la COP28 \u00ab&nbsp;<em>doit \u00eatre un v\u00e9ritable tournant&nbsp;<\/em>\u00bb car \u00ab&nbsp;<em>nous sommes hors piste<\/em>&nbsp;\u00bb.&nbsp;Le r\u00e9sultat id\u00e9al de l&rsquo;\u00e9tat des lieux serait pour une feuille de route avec des \u00ab&nbsp;<em>voies de solutions<\/em>&nbsp;\u00bb qui conduisent \u00e0 des actions imm\u00e9diates. Du c\u00f4t\u00e9 des militants, les attentes sont plus pr\u00e9cises et concr\u00e8tes : \u00ab&nbsp;<em>Si tout va bien, le Bilan mondial sera un texte de d\u00e9cision \u00e0 la COP28 o\u00f9 les \u00c9tats vont identifier ensemble o\u00f9 ils doivent faire mieux pour leurs prochains plans climatiques,&nbsp;<\/em>pr\u00e9voit Marine Pouget, responsable gouvernance internationale au R\u00e9seau Action Climat.&nbsp;<em>Ca peut \u00eatre par exemple que les \u00c9tats s&rsquo;accordent pour mettre dans leurs prochains plans climat la sortie des fossiles pour tout le monde d&rsquo;ici 2050.&nbsp;<\/em>\u00bb Autres signes de progr\u00e8s attendus par les ONG : la rehausse de la finance climat, un engagement des \u00c9tats \u00e0 respecter davantage les peuples autochtones et l&rsquo;engagement des femmes dans les d\u00e9cisions politiques dans les prochains plans climat, ou encore un encadrement plus \u00e9troit des secteurs priv\u00e9s et de la lutte contre l\u2019\u00e9co-blanchiment.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sortir des \u00e9nergies fossiles<\/h3>\n\n\n\n<p>Agriculture, d\u00e9forestation, oc\u00e9an, biodiversit\u00e9, sant\u00e9, alimentation, habitat, justice et droits humains, etc. : le champ environnemental est holistique. Mais, comme le rappelle Lola Vallejo, \u00ab<em>\u00a0l\u2019\u00e9nergie est le gros de la question<\/em>\u00a0\u00bb, puisqu\u2019elle conditionne l\u2019ensemble en grande partie. La COP28 se d\u00e9roule aux \u00c9mirats arabes unis, septi\u00e8me pays p\u00e9trolier. Son pr\u00e9sident,\u00a0<strong>Ahmed al-Jaber, est aussi le patron de la compagnie nationale p\u00e9troli\u00e8re<\/strong>, Adnoc, un conflit d\u2019int\u00e9r\u00eat source de nombreuses critiques toute cette ann\u00e9e. Paradoxalement, c\u2019est le fait que la COP ait lieu au pays du p\u00e9trole qui a permis de placer ce sujet en p\u00f4le position des attentes, se r\u00e9jouissent d\u2019autres observateurs des n\u00e9gociations climatiques. Pour le moment, le monde pr\u00e9voit de produire plus du double de la quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergies fossiles compatible avec une limitation du r\u00e9chauffement \u00e0 1,5 \u00b0C, selon un rapport du PNUE sorti en novembre.\u00a0Les engagements actuels des pays m\u00e8nent \u00e0 2% seulement la baisse des \u00e9missions mondiales en 2030, contre les 43E attendus pour avoir seulement 50% de chances de tenir le 1,5\u00b0C\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9duction versus \u00e9limination. Des \u00c9tats (ils \u00e9taient 80 \u00e0 Charm el-Cheikh, dont la France), pouss\u00e9s aussi par leurs soci\u00e9t\u00e9s civiles, voudraient voir le terme \u00ab sortie \u00bb progressive des \u00e9nergies fossiles inscrite noir sur blanc dans une d\u00e9claration finale. Pour le moment, les mots \u00ab p\u00e9trole \u00bb et \u00ab gaz \u00bb ne figurent m\u00eame pas dans les textes. Seul le \u00ab charbon \u00bb est mentionn\u00e9 depuis la COP26 (2021), et il n\u2019est pas encore question de sa sortie, simplement de sa \u00ab&nbsp;<em>r\u00e9duction<\/em>&nbsp;\u00bb, terme arrach\u00e9 par l\u2019Inde \u00e0 la derni\u00e8re minute du sommet. Car bien d\u2019autres, notamment au Sud, revendiquent le droit au d\u00e9veloppement, garanti par les principes fondamentaux de la Convention-Cllimat, et pour cela de s\u2019appuyer aussi sur les ressources naturelles de leurs territoires. C\u2019est le cas de plusieurs pays africains, notamment.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne, ferme partisane de \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e9limination<\/em>&nbsp;\u00bb, reste toutefois divis\u00e9e. Elle ne viendra pas \u00e0 Duba\u00ef avec une proposition de date de sortie pr\u00e9cise. Par ailleurs, cette \u00e9limination ne vise que les \u00e9missions de gaz dites en anglais&nbsp;<em>unabated<\/em>, \u00ab sans dispositif d&rsquo;att\u00e9nuation \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire celles qui ne sont pas adoss\u00e9es \u00e0 un syst\u00e8me de captage de carbone, donc\u2026 la quasi-totalit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce petit adjectif est une merveilleuse illustration des batailles s\u00e9mantico-diplomatiques. Difficilement traduisible,\u00a0<strong>ambivalent m\u00eame chez les anglophones\u00a0<\/strong>!, il est, aux yeux de ses d\u00e9tracteurs et de nombreux sp\u00e9cialistes, une porte grande ouverte au recours massif des\u00a0<strong><a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/environnement\/20221116-captage-et-stockage-de-carbone-bonne-ou-mauvaise-solution\">technologies controvers\u00e9es du captage et du stockage de carbone (CSC et CDR)<\/a><\/strong>\u00a0et un moyen de perp\u00e9tuer l&rsquo;utilisation des fossiles. Ce pourquoi l&rsquo;UE a associ\u00e9 \u00e0 son mandat offensif des gardes-fous. \u00ab\u00a0<em>Ces technologies sont int\u00e9ressantes, mais ne peuvent seules prendre en charge l&rsquo;essentiel des \u00e9missions : il faut les r\u00e9server\u00a0<\/em>[aux secteurs, NDLR]<em>\u00a0qu&rsquo;on ne sait pas d\u00e9carboner autrement\u00a0<\/em>\u00bb, d\u00e9clarait mi-octobre la ministre fran\u00e7aise Agn\u00e8s Pannier-Runacher, en droite ligne de ce que sugg\u00e8re le Giec dans son dernier rapport. En revanche, la pr\u00e9sidence \u00e9mirienne de la COP28 et globalement l\u2019ensemble du secteur p\u00e9trolier promeuvent ouvertement \u00ab<em>\u00a0le d\u00e9ploiement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0<em>toutes les technologies disponibles<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces technologies sont \u00ab&nbsp;<em>susceptibles de devenir d\u2019importantes \u00ab\u00a0monnaies d\u2019\u00e9change\u00a0\u00bb dans la n\u00e9gociation,<\/em>&nbsp;s&rsquo;inqui\u00e8te l&rsquo;Iddri,&nbsp;<em>avec certaines Parties qui demanderont probablement une expansion \u00e0 grande \u00e9chelle \u2013 ainsi que le laisse entendre la D\u00e9claration des dirigeants du G20 et la vision de la pr\u00e9sidence des EAU de la COP 28&nbsp;\u2013, pr\u00e9sentant le risque majeur de retarder l\u2019att\u00e9nuation que l\u2019UE d\u00e9nonce.&nbsp;<\/em>\u00bb \u00ab&nbsp;<em>Il ne faudra pas c\u00e9der aux sir\u00e8nes des technologies de capture et stockage de carbone<\/em>&nbsp;\u00bb, pr\u00e9vient Arnaud Gilles, en charge des dossiers Climat et \u00e9nergie \u00e0 WWF, qui craint de voir ce terme d\u2019<em>unabated<\/em>&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>essaimer un peu partout dans les textes<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Si vous voulez parler s\u00e9rieusement de s\u00e9questration de carbone, p\u00e9renne et de qualit\u00e9, un plan a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re<\/em>,&nbsp;<em>il engage des travaux de restauration des \u00e9cosyst\u00e8mes d\u00e9grad\u00e9s. C&rsquo;est plut\u00f4t l\u00e0 que se trouvera la solution que dans une technologie incertaine et co\u00fbteuse, comme nous le rappelle le Giec.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9nergies renouvelables font aussi partie de cet \u00e9ventail du techno-solutionnisme, mais sont beaucoup plus consensuelles et la feuille de route de la COP pr\u00e9voit leur triplement d\u2019ici 2030. Elles seront les vedettes vertes \u00e0 Duba\u00ef et une annonce en ce sens est probable \u00e0 la COP. Avec le risque qu\u2019elles servent de blanc-seing aux compagnies d\u2019hydrocarbure pour garder leur coeur d\u2019activit\u00e9 traditionnel. \u00ab&nbsp;<em>Les compagnies p\u00e9troli\u00e8res se pr\u00e9sentent comme faisant partie de la solution et des signes de cr\u00e9dibilit\u00e9 un peu plus concrets leur seront demand\u00e9s,<\/em>&nbsp;indique Lola Vallejo, de l\u2019Iddri.&nbsp;<em>Beaucoup d\u2019experts les questionnent sur le ratio d\u2019investissements en \u00e9nergies fossiles et en \u00e9nergies propres. Ils insistent beaucoup sur le deuxi\u00e8me volet, alors que \u00e7a repr\u00e9sente souvent moins de 5 \u00e0 10% de leurs investissements totaux.<\/em>&nbsp;\u00bb Ainsi en est-il de l&rsquo;h\u00f4te du sommet : les \u00c9mirats pr\u00e9voient 54 milliards de dollars d&rsquo;investissements dans les renouvelables sur sept ans, et&#8230; 150 dans ses projets d&rsquo;extractions de gaz et de p\u00e9trole sur cinq ans.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>On ne pourra pas se satisfaire d&rsquo;une ambition qui ne finit que par \u201caugmenter la capacit\u00e9 des renouvelables\u201d sans rien dire des \u00e9nergies fossiles&nbsp;<\/em>\u00bb, mart\u00e8le Arnaud Gilles. Le rapport de synth\u00e8se de l\u2019ONU indique pour sa part qu\u2019il faut tenir ensemble sortie des fossiles et d\u00e9veloppement des renouvelables.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ONG du climat, acteur officiel des n\u00e9gociations, sont attendues nombreuses et devraient faire de la sortie des combustibles polluants leur cri de ralliement. \u00ab\u00a0<em>Notre futur est attaqu\u00e9 par les \u00e9nergies fossiles. Les dirigeants du monde doivent donc se lever et se battre pour une v\u00e9ritable action \u00e0 la COP28<\/em>\u00a0\u00bb, plaide Mohamed Adow, militant, sp\u00e9cialiste \u00e9nerg\u00e9tique et voix de la jeunesse du Sud lors des sommets climat.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9bloquer le financement<\/h3>\n\n\n\n<p>Le dossier de la finance climat, nerf de la guerre, est celui qui suscite le plus d\u2019attente \u00e0 chaque rendez-vous climat. Un pas consid\u00e9rable a \u00e9t\u00e9 fait l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Charm el-Cheikh avec la cr\u00e9ation d\u2019un fonds d\u00e9di\u00e9 aux pertes et dommages, ces d\u00e9g\u00e2ts irr\u00e9versibles caus\u00e9s par les effets du climat, une requ\u00eate de 30 ans des petits \u00c9tats insulaires rejoints par toujours plus de pays \u00e0 mesure du r\u00e9chauffement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u00e9sormais de remplir la coquille. Cinq r\u00e9unions techniques d\u2019un comit\u00e9 pr\u00e9paratoire ont eu lieu cette ann\u00e9e. Un accord de compromis a finalement \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 le 4 novembre. Mais il ne contente personne, se d\u00e9sole Fanny Petitbon, experte du sujet \u00e0 l\u2019ONG Care France : \u00ab\u00a0<em>Ce texte a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 \u00e0 contre-coeur par l&rsquo;ensemble des pays, d\u00e9velopp\u00e9s et en d\u00e9veloppement<\/em>\u00a0\u00bb et est \u00ab\u00a0<em>un revers pour la justice climatique\u00a0<\/em>\u00bb<em>.\u00a0<\/em><strong>Alpha Kaloga<\/strong>, n\u00e9gociateur et porte-parole du groupe Afrique, a particip\u00e9 aux r\u00e9unions, et confie \u00e0 RFI la \u00ab\u00a0<em>position de frustration\u00a0<\/em>\u00bb des pays africains \u00e0 l\u2019aube de la COP apr\u00e8s \u00ab\u00a0<em>des concessions sur des points consid\u00e9r\u00e9s comme cardinaux\u00a0<\/em>\u00bb sans r\u00e9ciprocit\u00e9. D\u2019abord parce que la Banque mondiale h\u00e9bergera le fonds pour quatre ans, au grand dam des pays en d\u00e9veloppement qui l\u2019estiment aux mains des Occidentaux. Ensuite parce qu\u2019il n&rsquo;y a aucune obligation dans ce texte pour les pays historiquement \u00e9metteurs de gaz \u00e0 effets de serre de contribuer \u00e0 ce fonds : les pays d\u00e9velopp\u00e9s sont explicitement exhort\u00e9s \u00e0 participer, tandis que les autres, non nomm\u00e9s, sont simplement encourag\u00e9s de mani\u00e8re \u00ab\u00a0<em>volontaire\u00a0<\/em>\u00bb. Et pourtant, c\u2019est encore trop pour les \u00c9tats-Unis qui souhaitent que ce mot concerne tout le monde. Selon le n\u00e9gociateur, le texte sera \u00ab<em>\u00a0s\u00fbrement rouvert<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 la demande am\u00e9ricaine pour potentiellement en ressortir affaibli. Le sujet de la contribution est \u00ab\u00a0<em>explosif\u00a0<\/em>\u00bb, observe Fanny Petitbon sur RFI.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dossier questionne aussi de mani\u00e8re frontale la place de la Chine : pays d\u00e9velopp\u00e9 ou encore en d\u00e9veloppement ? Donateur ou b\u00e9n\u00e9ficiaire ? Sur ce texte, \u00ab&nbsp;<em>tout va se jouer \u00e0 Duba\u00ef&nbsp;<\/em>\u00bb, conclut-elle avec un \u00ab<em>&nbsp;\u00e9norme risque pour les 189 millions de personnes touch\u00e9es en moyenne chaque ann\u00e9e par les \u00e9v\u00e8nements climatiques extr\u00eames dans les pays en d\u00e9veloppement&nbsp;<\/em>\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il est maintenant imp\u00e9ratif que nous activions et capitalisions rapidement le fonds<\/em>&nbsp;\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 le sultan Ahmed al-Jaber, pr\u00e9sident de la COP28, \u00e0 l\u2019issue de la r\u00e9union du 4 novembre, car \u00ab&nbsp;<em>le monde n\u2019a pas besoin d\u2019un compte bancaire vide<\/em>&nbsp;\u00bb mais \u00ab&nbsp;<em>d\u2019un fonds op\u00e9rationnel qui puisse r\u00e9ellement faire la diff\u00e9rence&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela tombe bien : dix jours plus tard, une \u00e9tude du&nbsp;<em>Climate Analytics<\/em>&nbsp;estimait \u00e0 30&nbsp;000 milliards de dollars les b\u00e9n\u00e9fices engrang\u00e9s par les 25 plus grandes compagnies p\u00e9trogazi\u00e8res entre 1985 et 2018. Parmi elles, les priv\u00e9es ExxonMobil, Shell, BP, les publiques saoudienne Aramco, russe Gazprom, mais aussi\u2026 \u00e9mirienne Adnoc, dirig\u00e9e par le m\u00eame Ahmed al-Jaber. Ce groupe de r\u00e9flexion international rapproche ce chiffre des d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s dans le m\u00eame laps de temps par leurs \u00e9missions : 20 000 milliards de dollars. \u00ab&nbsp;<em>Ces majors auraient pu payer pour les pertes et dommages et quand m\u00eame engranger 10 000 milliards de dollars<\/em>&nbsp;\u00bb, r\u00e9sume le rapport. Pour 2022, les gains r\u00e9alis\u00e9s par sept d\u2019entre elles, 497 milliards, sont presque deux fois sup\u00e9rieurs aux d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par leurs \u00e9missions, 260 milliards.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019issue d\u2019une rencontre avec le sultan \u00e9mirien le 13 novembre \u00e0 Bruxelles, Wopke Hoekstra, le commissaire europ\u00e9en \u00e0 l\u2019Environnement, a annonc\u00e9 une \u00ab&nbsp;<em>contribution substantielle&nbsp;<\/em>\u00bb au fonds pertes et dommages.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute le serpent de mer de la finance climat : les 100 milliards de dollars annuels promis par les pays d\u00e9velopp\u00e9s en 2009 pour 2020 pour accompagner le d\u00e9veloppement et la transition \u00e9cologique des pays du Sud. Ils ne sont toujours pas rassembl\u00e9s, 17 milliards manquent \u00e0 l\u2019appel. De surcroit, il s\u2019agit de pr\u00eats et non de dons, ce qui n\u2019est pas une solution pour des pays endett\u00e9s. Ce dossier est depuis devenu une v\u00e9ritable couleuvre impossible \u00e0 avaler par les pays du Sud, et qui contribue \u00e0 l\u2019animosit\u00e9 et l\u2019incompr\u00e9hension croissante. D\u2019autant que ce chiffre est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 comme purement symbolique au regard des montants en r\u00e9alit\u00e9 n\u00e9cessaires, chiffr\u00e9s \u00e0 2400 milliards par an d\u2019ici \u00e0 2030 pour les pays du Sud\u00a0<strong><u>par l\u2019\u00e9conomiste Nicholas Stern<\/u><\/strong>\u00a0et \u00e0 3000 milliards par an, selon une r\u00e9cente \u00e9tude d\u2019Oxfam, entre autres. \u00ab\u00a0<em>Un big-bang des financements climat est un imp\u00e9ratif absolu\u00a0<\/em>\u00bb, affirme Guillaume Compain, responsable Climat chez Oxfam.<\/p>\n\n\n\n<p>Adapter la finance et les banques publiques aux d\u00e9fis climatiques contemporains en r\u00e9formant le syst\u00e8me financier international, Banque mondiale et FMI en t\u00eate : l\u2019id\u00e9e est sur la table depuis Glasgow et c\u2019\u00e9tait le sens du&nbsp;<strong><a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/%C3%A9conomie\/20230623-sommet-pour-un-pacte-financier-consensus-pour-une-r%C3%A9forme-aucune-taxe-internationale-%C3%A0-l-horizon\"><u>sommet pour un Nouveau Pacte financier<\/u><\/a><\/strong>, en avril \u00e0 Paris. Le secteur priv\u00e9 est fortement appel\u00e9 \u00e0 contribuer \u00e0 l\u2019effort g\u00e9n\u00e9ral, en investissant, en cr\u00e9ant des fili\u00e8res et en prenant des risques adoss\u00e9s aux banques publiques de d\u00e9veloppement. Parmi les pistes concr\u00e8tes avanc\u00e9es : la mise en place d\u2019une taxe de 10% sur les m\u00e9ga-profits des soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res afin de remplir le fonds pertes et dommages. C\u2019est en tout en cas l\u2019id\u00e9e pr\u00f4n\u00e9e par la Premi\u00e8re ministre de la Barbade, Mia Mottley, et son bras droit, l\u2019\u00e9conomiste Avinash Persaud, fers de lance de ce mouvement r\u00e9formiste, ou encore Antonio Guterres : \u00ab&nbsp;<em>Les barons des combustibles fossiles et ceux qui les soutiennent ont contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er ce g\u00e2chis ; ils doivent soutenir ceux qui en souffrent.<\/em>&nbsp;\u00bb Quant \u00e0 la la France, elle d\u00e9fendra la contribution au fonds par \u00ab&nbsp;<em>de vrais outils financiers aliment\u00e9s par de la fiscalit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. L&rsquo;\u00c9lys\u00e9e dit explorer \u00ab&nbsp;<em>toutes les options de taxation internationales<\/em>&nbsp;\u00bb, en particulier celle du fuel lourd pour les transporteurs martimes. Paris met \u00e9galement en avant les droits de tirage sp\u00e9ciaux du FMI, et un \u00ab&nbsp;<em>package&nbsp;<\/em>\u00bb devrait se conclure avec le Bangladesh \u00e0 hauteur de deux milliards d&rsquo;euros en DTS.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par :G\u00e9raud Bosman-Delzon Dresser un \u00ab Bilan mondial \u00bb C\u2019est la premi\u00e8re mission de cette Conf\u00e9rence des Parties (COP) sur<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":26023,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-26022","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26022","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=26022"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26022\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26036,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/26022\/revisions\/26036"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/26023"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=26022"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=26022"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=26022"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}