{"id":23193,"date":"2023-10-11T11:06:17","date_gmt":"2023-10-11T11:06:17","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=23193"},"modified":"2023-10-11T11:06:18","modified_gmt":"2023-10-11T11:06:18","slug":"long-supplice-des-deplaces-de-la-langue-de-barbarie-saint-louis-une-vie-au-bagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=23193","title":{"rendered":"Long supplice des d\u00e9plac\u00e9s de la langue de barbarie (Saint-Louis) : une vie au bagne !"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Unis par des liens familiaux, car \u00e9tant tous d\u2019anciens habitants du populeux quartier de Guet-Ndar, dans la langue de Barbarie \u00e0 Saint-Louis, les relog\u00e9s de la cit\u00e9 Bamba Di\u00e9ye de Khar Yalla et ceux de Diougoup, partagent le triste destin&nbsp;de vivre loin des siens dans des conditions difficiles. L\u2019avanc\u00e9e de la mer est pass\u00e9e par l\u00e0. A Guet-Ndar, il y a de cela quelques ann\u00e9es, des familles enti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9es par les folles vagues et turpitudes d\u2019un oc\u00e9an en furie. Aujourd\u2019hui, plong\u00e9es dans la pr\u00e9carit\u00e9 et la promiscuit\u00e9, elles occupent des logements sociaux et m\u00e8nent une vie de \u00abbagnard\u00bb. Un vilain d\u00e9cor laissant para\u00eetre des fosses septiques qui d\u00e9versent partout leurs lots d\u2019immondices, des toilettes de fortune o\u00f9 il faut faire la queue pour s\u2019en servir, des odeurs naus\u00e9abondes\u2026 Autant de probl\u00e8mes que cette population \u00e0 majorit\u00e9 f\u00e9minine rencontre depuis plusieurs ann\u00e9es. Bienvenue dans une vie au bagne&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mois d\u2019ao\u00fbt, en plein hivernage, les pluies qui se sont abattues sur le S\u00e9n\u00e9gal n\u2019ont pas \u00e9pargn\u00e9 la vieille ville de Saint-Louis. Contrairement aux paysans et pasteurs\/\u00e9leveurs du monde rural qui remercient le ciel pour une pluviom\u00e9trie g\u00e9n\u00e9reuse, pour les populations relog\u00e9es des cit\u00e9s Bamba Di\u00e8ye, Diougoup et Khar Yalla, chaque goutte de pluie qui tombe est synonyme d\u2019inqui\u00e9tude et d\u2019angoisse. Par ici, \u00e7a coule, \u00e7a mouille et \u00e7a plonge dans le d\u00e9sarroi. Le mot d\u2019ordre et l\u00e2ch\u00e9&nbsp;:&nbsp;<em>\u00abrelevez le bas des habits pour \u00e9viter de les tremper dans des flaques d\u2019eaux visibles partout\u00bb.&nbsp;<\/em>C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une gal\u00e8re&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Nous retrouvons Khady B\u00e8ye S\u00e8ne, pr\u00e9sidente des femmes des relog\u00e9s de Diougoup au site de transformation des produits halieutiques, d\u00e9nomm\u00e9&nbsp;<em>\u00abSine\u00bb.<\/em>&nbsp;Elle fait partie du millier de femmes transformatrices qui s\u2019activent sur les lieux. Anciennement install\u00e9 aux abords du bras du fleuve \u00e0 Guet-Ndar, Sine a \u00e9t\u00e9 d\u00e9localis\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre cimeti\u00e8re St-Louisien Thiaka Ndiaye, lieu de repos \u00e9ternel de plusieurs dignitaires de la ville tricentenaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois le seuil du portail franchi, Sine, point de convergence des&nbsp;<em>\u00abjambaars\u00bb<\/em>&nbsp;(guerri\u00e8res), appellation en hommage aux femmes transformatrices d\u2019ici, se d\u00e9couvre avec ses installations&nbsp;<em>\u00abbarbares\u00bb<\/em>. On se perd dans ce site de transformation aux allures de ghetto, tellement il est grand, brouillon \u00e0 tout point de vue, et insalubre. &nbsp;&nbsp;&nbsp;En cette matin\u00e9e mardique, le centre est d\u00e9sert\u00e9 par la majeure partie de ses occupants et il est plong\u00e9 dans un calme plat que seules les vagues d\u00e9ferlantes qui viennent s\u2019\u00e9chouer sur une plage vide, osent perturber.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses hangars, croulant sous le poids de l\u2019\u00e2ge, envelopp\u00e9s de plastiques d\u00e9chiquet\u00e9s, ne prot\u00e8gent aucun poisson en s\u00e9chage. Les \u00e9tals sont presque vides. La mati\u00e8re premi\u00e8re se fait rare, tr\u00e8s rare. C\u2019est ce lieu de travail rempli d\u2019incertitudes que des femmes, \u00e0 l\u2019image de Khady B\u00e8ye S\u00e8ne, fr\u00e9quentent au quotidien pour gagner leur vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles viennent de tr\u00e8s loin, relog\u00e9es qu\u2019elles sont \u00e0 environ une trentaine de km du site, elles bravent chaque jour l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, la longue distance, la bousculade dans les bus et arrivent \u00e9puis\u00e9es dans un lieu de travail o\u00f9 il ne reste presque rien. Les premiers \u00e0 arriver \u00e9tant les premiers servis, les femmes de Diougoup ne s\u2019en sortent plus. L\u2019\u00e9loignement de leurs domiciles plombe toutes leurs activit\u00e9s, faites essentiellement de transformation de produits halieutiques.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.sudquotidien.sn\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/IMG_1621-188x250.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-64864\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>DIOUGOUP, UN CAMP \u00c0 L\u2019IMAGE DES D\u00c9PLAC\u00c9S DE GUERRE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour se rendre \u00e0 Diougoup, il faut emprunter la route de l\u2019Universit\u00e9 Gaston Berger de Saint-Louis (UGB). Ses \u00e9tales et tentes de fortune sont visibles \u00e0 quelques encablures de l\u2019universit\u00e9. Par ici, nous ne sommes pas dans un camp de d\u00e9plac\u00e9s de guerre d\u2019un pays o\u00f9 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 r\u00e8gne en ma\u00eetre. Tout au contraire, nous sommes \u00e0 Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal et plus de trois cent (300) tentes servent de domiciles \u00e0 des d\u00e9plac\u00e9s de l\u2019\u00e9rosion c\u00f4ti\u00e8re, depuis 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>Sept (07) longues ann\u00e9es que la pr\u00e9sidente des femmes de Diougoup, Khady B\u00e8ye S\u00e8ne, ne lie qu\u2019\u00e0 des difficult\u00e9s.&nbsp;<em>\u00ab<\/em><em>Beaucoup de personnes adultes ont perdu leur sant\u00e9, victimes de maladies cardio-vasculaires \u00e0 cause de la chaleur des tentes. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le comble, ces soutiens de familles tenaill\u00e9s par la maladie sont oblig\u00e9s de toujours vivre ici\u00bb,&nbsp;<\/em>regrette Khady.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est 12 heures et le soleil est au z\u00e9nith, imposant ses rayons&nbsp;; il r\u00e8gne une chaleur d\u2019enfer sous ces b\u00e2ches. Franchir le seuil d\u2019une tente est un vrai supplice. De grosses gouttes de sueur perlent sur les visages des t\u00e9m\u00e9raires qui osent relever le d\u00e9fi. Les fortes temp\u00e9ratures \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des b\u00e2ches qui, au d\u00e9part \u00e9taient am\u00e9nag\u00e9es comme installations provisoires, ne sont pas les seuls maux que les infortun\u00e9s de Diougoup doivent subir. Le site manque d\u2019eau, mal ravitaill\u00e9 qu\u2019il est par deux bornes fontaines que partagent trois cent huit (368) m\u00e9nages.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce manque criard d\u2019eau, vient s\u2019ajouter un d\u00e9ficit de toilettes, faisant ainsi de l\u2019hygi\u00e8ne un v\u0153u pieux. A Diougoup, trois (03) familles se partagent une toilette, une fr\u00e9quence qui cr\u00e9e un temps d\u2019attente long, surtout chez les personnes \u00e2g\u00e9es. Les fosses septiques, qui ne sont que des r\u00e9servoirs d\u2019eau utilis\u00e9s dans les centres urbains, se remplissent vite. Au bout de 15 jours, il faut d\u00e9bourser une somme d\u2019argent cons\u00e9quente pour d\u00e9placer un camion pour la vidange.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces abris provisoires qui s\u2019\u00e9ternisent et qui sont devenus, par la force du temps, les demeures de ces \u00ab<em>r\u00e9fugi\u00e9s climatiques\u00bb<\/em>, manquent d\u2019a\u00e9ration. \u00ab<em>C\u2019est en pleine nuit que l\u2019on parvient \u00e0 entrer dans nos chambres<\/em><em>. Ce n\u2019est pas possible d\u2019y faire quelque chose pendant la journ\u00e9e<\/em>\u00bb, souligne une dame, portant un b\u00e9b\u00e9 dans le dos, en sueur.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, le fardeau de ces d\u00e9plac\u00e9s de Guet-Ndar est plus support\u00e9 par les femmes. A en croire les habitants, les hommes sont presque toujours en mer. Ils se plient \u00e0 ses humeurs et parcourent l\u2019Atlantique qu\u2019ils \u00e9cument de tous bords \u00e0 la recherche de poissons.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l\u2019absence de ces derniers qui ne reviennent souvent qu\u2019apr\u00e8s des captures de poissons, les femmes sont oblig\u00e9es de partir loin, parfois tr\u00e8s loin pour trouver de quoi nourrir les nombreuses bouches \u00e0 leur charge. \u00ab<em>Je ne peux pas prendre un taxi, pour 2500 francs CFA la journ\u00e9e. Je pr\u00e9f\u00e8re prendre les bus pour un total de 250 francs CFA<\/em>.&nbsp;<em>A 22 heures, quand nous revenons chez nous, nous vivons toute sorte de difficult\u00e9s pour trouver une voiture<\/em><em>\u00bb<\/em>, dit Khady B\u00e8ye S\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Diougoup n\u2019est pas facile d\u2019acc\u00e8s, ce qui oblige les femmes \u00e0 se r\u00e9veiller t\u00f4t le matin pour aller \u00e0 Guet-Ndar, leur ancien quartier (d\u2019origine). Elles se bousculent dans les bus Tata. Et, par-l\u00e0, il faut user de ses coudes&nbsp;; les v\u00e9hicules sont bond\u00e9s de monde, surtout aux heures de pointe. Une fois de retour au site de recasement, elles marchent sur une longue distance avant de rejoindre leurs concessions. Alors qu\u2019elles regagnent leurs domiciles le plus souvent vers 22 heures, les femmes de la localit\u00e9 sont expos\u00e9es \u00e0 de nombreux risques \u00e0 cause de la p\u00e9nombre, car Diougoup ne dispose pas d\u2019\u00e9clairage.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.sudquotidien.sn\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/IMG_1623-188x250.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-64865\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>KHAR YALLA OU LA LONGUE&nbsp;<em>\u00abATTENTE D\u2019UN DIEU&nbsp;HYPOTH\u00c9TIQUE\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A la cit\u00e9 de relogement Khar Yalla, la stagnation des eaux de pluie rend l\u2019insalubrit\u00e9 chronique. Les algues verd\u00e2tres attestent la longue pr\u00e9sence des r\u00e9ceptacles. Comble du d\u00e9cor, les fosses septiques sont vid\u00e9es dans ces mares qui se trouvent pourtant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des habitations&nbsp;; et ce n\u2019est pas par m\u00e9connaissance du danger, mais plut\u00f4t faute d\u2019une solution alternative, selon les habitants. Cette cohabitation avec la salet\u00e9 donne aux moustiques le droit d\u2019imposer leur loi mesquine de piqueur devant l\u2019\u00e9ternel, une dictature \u00e0 laquelle m\u00eame les vieux n\u2019\u00e9chappent pas. Ils sont emprisonn\u00e9s dans la mosqu\u00e9e au cr\u00e9puscule pour satisfaire les pri\u00e8res nocturnes, oblig\u00e9s qu\u2019ils sont de refermer portes et fen\u00eatres pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel du Seigneur, sans avoir \u00e0 faire avec une armada de piquants.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce diktat des moustiques est presque toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 de mouches. Si pendant la nuit, les moustiques sont impitoyables, la journ\u00e9e, de grosses mouches occupent les lieux et n\u2019ont cure des visiteurs. Elles volent, survolent, se posent surtout et symbolisent ainsi les mauvaises conditions d\u2019hygi\u00e8ne qui s\u00e9vissent \u00e0 Khar Yalla.&nbsp;<em>\u00abNous avons \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s par la mer, maintenant une autre eau nous impose sa dictature\u00bb<\/em>, soupire Soda Ndiaye.<\/p>\n\n\n\n<p>Khar Yalla porte le nom du d\u00e9put\u00e9 Cheikh Bamba Di\u00e9ye, puisque c\u2019est au temps o\u00f9 il \u00e9tait maire de la ville de Saint-Louis que les logements en question ont \u00e9t\u00e9 construits. Depuis qu\u2019ils accueillent ces d\u00e9guerpis de Guet-Ndar, les modifications ne sont plus autoris\u00e9es. Ils sont faits de trois pi\u00e8ces et leur octroi est temporaire. Les familles, au nombre de soixante-huit (68), ne disposent que de permis d\u2019occuper temporaires. La cit\u00e9 n\u2019a pas d\u2019\u00e9clairage et l\u2019installation d\u2019un r\u00e9seau d\u2019adduction d\u2019eau n\u2019a eu lieu qu\u2019aux derni\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives, une exigence de la population avant de se rendre aux urnes, raconte-t-on.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que les maisons sont plong\u00e9es dans la p\u00e9nombre, une fois que le soleil se couche, les femmes continuent de subir les supplices des accouchements au bord de la route, une difficile r\u00e9alit\u00e9 chez ces habitants. A la tomb\u00e9e de la nuit, il est tr\u00e8s difficile de rejoindre la route goudronn\u00e9e faute de v\u00e9hicules, disent les populations. Khar Yalla ne dispose pas d\u2019une \u00e9cole fran\u00e7aise, seule une \u00e9cole coranique dont l\u2019humidit\u00e9 du local emp\u00eache la concentration des apprenants, symbolise l\u2019\u00e9ducation dans ce quartier. Les ordures cohabitent avec la population dans ce quartier exclu du syst\u00e8me de collecte de la ville, pour on ne sait quelle raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme \u00e0 Diougoup, mener une activit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice de revenus est tr\u00e8s difficile \u00e0 Khar Yalla.&nbsp;<em>\u00abNous vivions dans la langue de barbarie, avec nos maris p\u00eacheurs. T\u00f4t la matin\u00e9e, nous partions au quai de p\u00eache pour gagner nos vies. C\u2019est en 2015 que l\u2019avanc\u00e9e de la mer, nous a pris nos demeures. Et depuis, nous n\u2019avons plus d\u2019activit\u00e9s. Le commerce ne marche pas dans les sites de relogement parce que presque chaque matin, la cit\u00e9 est d\u00e9sert\u00e9e\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>A Khar Yalla, avec l\u2019aide de partenaires internationaux, les jeunes filles ont obtenu des machines \u00e0 coudre. Malheureusement, elles ne peuvent pas s\u2019en servir avec aisance, faute d\u2019espace et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>KHAR YALLA ET DIOUGOUP&nbsp;: LA MARMITE NE BOUE PAS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>\u2019\u2019Balaa Nga lekk sonu\u2019\u2019 (on souffre avant de trouver de quoi manger, en wolof). Il faut que l\u2019on se d\u00e9place \u00e0 Guet-Ndar, recueillir l\u2019aide de parents rest\u00e9s l\u00e0-bas, revendre du poisson, pour avoir de quoi faire bouillir la marmite<\/em>\u00bb, fulmine ce vieux \u00e0 la voix faible, tenaill\u00e9e par l\u2019\u00e2ge. Il n\u2019est pas rare d\u2019entendre ce genre de supplique chez les relog\u00e9s de Guet-Ndar.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous le mythique pont Faidherbe, le march\u00e9 de Tengueth \u00e9tale son d\u00e9sordre. Aux premi\u00e8res heures de la matin\u00e9e, les femmes s\u2019affairent \u00e0 l\u2019achat des condiments, l\u00e9gumes et autres produits n\u00e9cessaires pour la pr\u00e9paration du repas de midi. C\u2019est dans ce march\u00e9 distant de plusieurs kilom\u00e8tres que des dames venues de Diougoup se ravitaillent. Entre co\u00fbts du transport et chert\u00e9 des produits, elles ne parviennent pas \u00e0 tirer leur \u00e9pingle du jeu de la vente de l\u00e9gumes. Une partie des recettes est engloutie dans la marmite et encore faudrait-il attendre que la journ\u00e9e soit avanc\u00e9e et que les clients fassent leurs achats pour esp\u00e9rer avoir de quoi payer le riz et l\u2019huile.&nbsp;<em>\u00ab<\/em><em>Nous vivons d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s. Nous ne parvenons pas \u00e0 g\u00e9rer les trois repas quotidiens. Je vendais du charbon, mais mon activit\u00e9 est tomb\u00e9e \u00e0 l\u2019eau<\/em><em>\u00bb<\/em>, se d\u00e9sole la m\u00e9nag\u00e8re Amy Dia.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les deux sites de recasement, il n\u2019y pas d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, les t\u00e9l\u00e9phones portables sont charg\u00e9s ailleurs, moyennant 100 francs CFA. L\u2019\u00e9clairage se fait \u00e0 partir de groupes \u00e9lectrog\u00e8nes qui ne tiennent pas une longue dur\u00e9e. Aux cit\u00e9s Khar Yalla et Diougoup, chaque d\u00e9placement vient rappeler la mis\u00e8re que vivent ces infortun\u00e9s, chass\u00e9s par l\u2019avanc\u00e9e de la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucune lueur d\u2019espoir ne scintille pour ces habitants. Des logements en dur sont en train d\u2019\u00eatre construits, ce qui ne milite pas \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me. Les familles risquent d\u2019\u00eatre aussi entass\u00e9es qu\u2019elles le sont pr\u00e9sentement, pr\u00e9disent certains connaisseurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 leurs souffrances, ces populations tiennent \u00e0 leur dignit\u00e9 car \u00e9taler leur mis\u00e8re n\u2019est pas leur jeu favori. Pour esp\u00e9rer recueillir quelques mots de ces d\u00e9plac\u00e9s, il faut toujours \u00eatre accompagn\u00e9 d\u2019une personne (interm\u00e9diaire) digne de confiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil d\u00e9balle ses derniers rayons lumineux et piquants sur ces cit\u00e9s langoureuses o\u00f9 de braves femmes et hommes tentent d\u2019exister, avec dignit\u00e9. Un pr\u00e9texte pour nous de prendre cong\u00e9 des lieux, sous un ciel qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 envelopper les deux cit\u00e9s de&nbsp;<em>\u00abd\u00e9plac\u00e9s climatiques\u00bb<\/em>&nbsp;d\u2019une nuit de canicule assaisonn\u00e9e aux ingr\u00e9dients mal\u00e9fiques de piqures de moustiques et d\u2019odeurs pestilentielles. C\u2019est le quotidien des cit\u00e9s Diougoup et Khar Yalla de Saint-Louis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatou NDIAYE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>SUDQUOTIDIEN<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Unis par des liens familiaux, car \u00e9tant tous d\u2019anciens habitants du populeux quartier de Guet-Ndar, dans la langue de Barbarie<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":23194,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-23193","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23193","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23193"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23193\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23195,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23193\/revisions\/23195"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/23194"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23193"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23193"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23193"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}