{"id":21838,"date":"2023-09-20T11:01:36","date_gmt":"2023-09-20T11:01:36","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=21838"},"modified":"2023-09-20T11:01:38","modified_gmt":"2023-09-20T11:01:38","slug":"symbole-de-la-resistance-des-femmes-nder-dans-les-meandres-de-loubli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=21838","title":{"rendered":"Symbole de la r\u00e9sistance\u00a0des femmes: Nder, dans les m\u00e9andres de l\u2019oubli"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Situ\u00e9 au fin fond du d\u00e9partement de Dagana, le village de Nder est inscrit en lettres d\u2019or dans l\u2019histoire du S\u00e9n\u00e9gal gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9pop\u00e9e des femmes qui se sont consum\u00e9es par le feu dans une case pour \u00e9chapper \u00e0 la captivit\u00e9 des Maures Trarza. Plus de 200 ans plus tard, l\u2019usure a eu raison des stigmates de la bataille de Nder et donc du sacrifice de ces h\u00e9ro\u00efnes. L\u2019ancienne capitale du Walo n\u2019a que son aura tant la localit\u00e9 est d\u00e9pourvue d\u2019infrastructures. Ce qui n\u2019enl\u00e8ve en rien la fiert\u00e9 des femmes de Nder, reconnaissantes de leurs a\u00efeules h\u00e9ro\u00efnes qui ont forg\u00e9 en elles, le culte du travail mais aussi le sens de la personnalit\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>Par Fatou SY &amp; Babacar Gu\u00e8ye DIOP (Textes) et Moussa SOW (Photos)<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Talatay Nder ! \u00bb Ces deux mots d\u00e9passent largement les fronti\u00e8res du S\u00e9n\u00e9gal. Ils rappellent la mort collective de braves femmes de cette contr\u00e9e enfouie au c\u0153ur du Walo. En 1820, elles ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s\u2019immoler par le feu dans une case pour \u00e9chapper \u00e0 la captivit\u00e9 des Maures Trarza. Par cet acte de bravoure, ces femmes, avec \u00e0 leur t\u00eate la \u00ab&nbsp;Lingu\u00e8re&nbsp;\u00bb Fatim Yamar Khouraye, \u00e9pouse du \u00ab&nbsp;Brack&nbsp;\u00bb, ont honor\u00e9 Nder et le S\u00e9n\u00e9gal tout entier. Beaucoup d\u2019eau a coul\u00e9 sous les ponts depuis cette belle \u00e9pop\u00e9e. Aujourd\u2019hui, dans ce village, la vie est calme, morose. Et un visiteur qui y met les pieds pour la premi\u00e8re fois aura du mal \u00e0 croire que ce village a marqu\u00e9 l\u2019histoire du Walo, du S\u00e9n\u00e9gal. Et de fort belle mani\u00e8re&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Perdu dans le fin fond du Walo, le village de Nder, ressemble \u00e0 un mirage au milieu d\u2019un d\u00e9sert. Aucun panneau n\u2019indique la position de cette ancienne capitale du Walo. Y acc\u00e9der rel\u00e8ve d\u2019un exercice d\u00e9licat tellement la piste est caboss\u00e9e. Le corridor lat\u00e9ritique est rouge par endroit, sablonneux au niveau des virages. Il s\u2019\u00e9lance sur pr\u00e8s de 17 kilom\u00e8tres \u00e0 partir du bitume qui s\u2019arr\u00eate au village de Colonat. Avec la pluie de la veille, des nids-de-poule jonchent la route sur cette terre argileuse. Le paysage est verdoyant, d\u00e9cor\u00e9 de cours d\u2019eau verts avec des hameaux disparates et des champs.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s plusieurs minutes de man\u0153uvre, Nder se d\u00e9voile enfin. Le visiteur est frapp\u00e9 par les grandes concessions, la succession de cases, de quelques maisons en dur. Au milieu des cours, le sol est bien tamis\u00e9 et des tentes en paille servent de cuisine.<\/p>\n\n\n\n<p>Une case en forme de mus\u00e9e, pas encore fonctionnelle, des concessions en bois, une pauvret\u00e9 extr\u00eame\u2026 En nous rendant au site o\u00f9 les femmes de Nder se sont donn\u00e9 la mort il y a 203 ans, notre attention est attir\u00e9e par un groupe de femmes autour d\u2019une borne fontaine. Des bouteilles d\u2019huile vides de 20 litres et des seaux sont dispos\u00e9s sur les lieux. En voyant le photographe prendre des images, les femmes se pressent pour d\u00e9crire leur calvaire, mais refusent de parler devant le micro. \u00ab Vraiment nous sommes fatigu\u00e9es de venir acheter de l\u2019eau tous les jours \u00bb, l\u00e2chent-elles, la mine d\u00e9pit\u00e9e. \u00ab Vous avez tous entendu parler de Nder avant d\u2019y venir. Certainement vous \u00eates surpris de trouver la localit\u00e9 dans cette situation malgr\u00e9 toute son aura. M\u00eame s\u2019il y a quelques avanc\u00e9es, le village devait avoir un autre visage, mais, il n\u2019y aucune trace de d\u00e9veloppement ici \u00bb, confie Mamadou Thioye, notable qui conna\u00eet par c\u0153ur l\u2019histoire du village.<\/p>\n\n\n\n<p>Une dame embouche la m\u00eame trompette sur un ton bourru : \u00ab on dirait que l\u2019effort de ces anc\u00eatres guerri\u00e8res n\u2019est pas r\u00e9compens\u00e9 \u00bb. \u00ab Vous voyez ce que nous vivons par vous-m\u00eames, je ne peux pas parler. Il faut s\u2019adresser aux autres \u00bb, dit la g\u00e9rante de la borne fontaine qui \u00e9tait en train de remplir un seau avec un tuyau.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9textant qu\u2019elle n\u2019habite plus Nder depuis son mariage, Iss\u00e8re Thioye, venue en vacances chez ses parents, se r\u00e9signe \u00e0 \u00eatre la porte-parole du moment, apr\u00e8s quelques moments d\u2019h\u00e9sitation. La jeune dame regrette le statut de la localit\u00e9 o\u00f9 tant de femmes se sont sacrifi\u00e9es. \u00ab Les femmes de Nder ne m\u00e9ritent pas une telle peine au regard du r\u00f4le qu\u2019elles ont jou\u00e9 dans l\u2019histoire. Elles sont mortes pour ce terroir, mais regardez o\u00f9 nous en sommes aujourd\u2019hui. Nous avons \u00e9norm\u00e9ment de difficult\u00e9s, mais la pire&nbsp; c\u2019est avec l\u2019eau. Il n\u2019y a pas de branchements sociaux dans les maisons. Il n\u2019y a que deux fontaines. Nous sommes oblig\u00e9es d\u2019acheter l\u2019eau tous les jours. La bouteille nous revient \u00e0 20 FCfa et le seau \u00e0 10 FCfa \u00bb, confie-t-elle sous les acquiescements des autres dames.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019elle \u00e9changeait avec nous, une vieille dame, marchant difficilement, arrive avec trois bouteilles sous l\u2019aisselle droite et une quatri\u00e8me \u00e0 la main droite. \u00ab Je suis malade depuis plusieurs jours, mais je suis oblig\u00e9e de venir chercher de l\u2019eau moi-m\u00eame, sinon je n\u2019en aurais pas, car je n\u2019ai personne pour m\u2019aider \u00bb, dit-elle. Le m\u00eame spectacle s\u2019offre \u00e0 la seconde borne fontaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que des femmes cherchent le liquide pr\u00e9cieux, un groupe d\u2019hommes assis sur une natte discutent \u00e0 quelques encablures. Parmi eux, le chef du village. Casquette viss\u00e9e sur la t\u00eate, lunettes noires, Abdoulaye Diaw, brief\u00e9 par Iss\u00e8re Thioye, prend cong\u00e9 de ses compagnons et se dirige vers nous. Inform\u00e9 de l\u2019objet de la visite, il enfile une veste sur son tee-shirt malgr\u00e9 la chaleur accablante pour nous conduire au site o\u00f9 a eu lieu le sacrifice m\u00e9morable. Un mus\u00e9e y est \u00e9rig\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un mus\u00e9e sous forme de case<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le mus\u00e9e contraste bien avec le reste du village. Il est construit sur une grande surface. Cl\u00f4tur\u00e9 par un mur, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, un tapis de sol herbac\u00e9, rabougri par certains endroits et parsem\u00e9 de cram-cram, des touffes d\u2019herbes et des arbres plantent le d\u00e9cor. Au beau milieu du site, deux b\u00e2timents y sont \u00e9rig\u00e9s de part et d\u2019autre. L\u2019un peint en marron tabac et beige a un toit sous la forme d\u2019une case recouverte de chaume. Il est construit par le minist\u00e8re du Tourisme et l\u2019autre par le d\u00e9partement de l\u2019Environnement, explique Abdoulaye Diaw.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon le chef de village, rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait depuis l\u2019\u00e9rection du b\u00e2timent. \u00ab De temps en temps, des visiteurs passent pour prendre des photos mais il n\u2019y a aucune activit\u00e9 pour le moment car, il reste des travaux de finition et il n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9. Juste apr\u00e8s la construction, la pand\u00e9mie de la Covid-19 est survenue \u00bb, explique M. Diaw qui renseigne qu\u2019auparavant le site \u00e9tait un vestige. \u00ab Je me rappelle, lorsque nous \u00e9tions beaucoup plus jeunes, des Mauritaniens venaient y ramasser des perles en cornaline (p\u00e9m\u00e9), des pipes et autres \u00bb, se rem\u00e9more l\u2019homme qui avoisine la quarantaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se r\u00e9jouit quand m\u00eame du b\u00e2timent, symbole de l\u2019histoire. Car, auparavant l\u2019histoire de Nder \u00e9tait un tabou. \u00ab Avec l\u2019islam, nos grands parents ne voulaient pas en parler car ils consid\u00e8rent l\u2019acte des femmes comme un suicide. Et l\u2019islam prohibe le suicide \u00bb, confie M. Diaw, heureux que les mentalit\u00e9s aient \u00e9volu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, il n\u2019en est pas pour autant pour le sort des 959 \u00e2mes (c\u2019est selon le dernier recensement fait par le chef de village avant le recensement g\u00e9n\u00e9ral) qui vivent \u00e0 Nder. \u00ab Au plan \u00e9conomique, Nder est en retard alors qu\u2019il contribue beaucoup \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale avec son agriculture bas\u00e9e essentiellement sur la culture de l\u2019oignon, de la pomme de terre et du manioc. La population compos\u00e9e de Hal pulaar et de Wolof pour la majorit\u00e9 \u00ab est presque s\u00e9dentaire \u00bb semble dire le chef de village. \u00ab Comme j\u2019ai l\u2019habitude de dire, \u00e0 Nder les gens ne partent pas et ne viennent pas. &nbsp;Il n\u2019y a qu\u2019un seul v\u00e9hicule destin\u00e9 au transport en commun et il passe une seule fois dans la journ\u00e9e \u00bb, renseigne M. Diaw.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves aussi n\u2019ont pas un meilleur sort. Ils sont souvent contraints d\u2019abandonner les \u00e9tudes \u00e0 cause de l\u2019enclavement. \u00ab Quand ils obtiennent le Cfee, ils ne peuvent pas poursuivre leurs \u00e9tudes moyennes \u00e0 Gnith ou Ross B\u00e9thio. Faute de moyens, certains abandonnent \u00bb, se d\u00e9sole notre interlocuteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Il regrette \u00e9galement l\u2019absence d\u2019infrastructures sanitaires puisqu\u2019\u00e0 Nder, il n\u2019y a qu\u2019un seul poste de sant\u00e9 avec une sage-femme. Encore que, dit-il, cette derni\u00e8re est oblig\u00e9e de transf\u00e9rer les femmes qui doivent accoucher \u00e0 Gnith. \u00ab Les femmes ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de financement venant des autorit\u00e9s. C\u2019est une dame \u00e9tablie en Espagne qui leur vient en aide souvent \u00bb, dit-il.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Nd\u00e9roise, une fiert\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>M\u00eame si leur localit\u00e9 est d\u00e9pourvue d\u2019infrastructures, les femmes de Nder sont fi\u00e8res d\u2019habiter leur terroir. \u00ab Je suis fi\u00e8re d\u2019\u00eatre nderoise. M\u00eame l\u00e0 o\u00f9 je vis avec mon mari, je ne cesse de le clamer. Partout o\u00f9 nous allons, nous sommes respect\u00e9es et port\u00e9es en estime. Nous avons toujours \u00ab Talatay Nder \u00bb en bandouli\u00e8re \u00bb, ne cesse de d\u00e9clamer Iss\u00e8re Thioye.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fiert\u00e9, Mme Thioye et ses compatriotes la doivent \u00e0 leurs a\u00efeules. \u00ab Ces femmes qui se sont consum\u00e9es pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre r\u00e9duites en esclavage sont des r\u00e9f\u00e9rences pour nous. Elles ont suscit\u00e9 en nous le culte du travail, de la personnalit\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 elles, les Nderoises ne se laissent jamais faire \u00bb, se galvanise notre interlocutrice. Elle est confort\u00e9e par le chef de village. \u00ab L\u2019histoire de Nder s\u2019est beaucoup d\u00e9teinte sur le v\u00e9cu des femmes. Elles sont braves et sont de v\u00e9ritables bosseuses. Elles ont un caract\u00e8re au point que j\u2019ai l\u2019habitude de dire qu\u2019\u00e0 Nder, il est tr\u00e8s pr\u00e9f\u00e9rable de provoquer un homme que de causer du tort \u00e0 une dame. Car, lorsque vous avez un probl\u00e8me avec l\u2019une d\u2019elles, les autres s\u2019\u00e9rigent en boucliers \u00bb, raille M. Diaw.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fin fond du d\u00e9partement de Dagana, c\u2019est un pan de l\u2019histoire du S\u00e9n\u00e9gal qui se meurt, tend vers l\u2019oubli. Nder prend aujourd\u2019hui les allures d\u2019un champ du d\u00e9shonneur tant la Nation lui manque de reconnaissance. Et pourtant, cette localit\u00e9 a tout pour m\u00e9riter un statut beaucoup plus digne de son rang. En effet, si aujourd\u2019hui, la femme s\u00e9n\u00e9galaise a su acqu\u00e9rir une dignit\u00e9, Nder, avec sa trag\u00e9die, en est pour beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0&nbsp;<\/strong><strong>l\u2019origine, un oiseau<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Nder ou Ndeer est un village du nord du S\u00e9n\u00e9gal. Ce terroir historique situ\u00e9 sur la rive occidentale du Lac de Guiers \u00e9tait le si\u00e8ge de l\u2019\u00e9tat-major du \u00ab&nbsp;Brack&nbsp;\u00bb (Roi) du Walo. \u00ab&nbsp;Les soldats y officiaient. Les d\u00e9cisions de nomination y \u00e9taient prises. L\u2019administration du Walo se trouvait \u00e0 Ndiaw mais tout ce qui concernait l\u2019arm\u00e9e \u00e9tait \u00e0 Nder o\u00f9 logeait \u00e9galement le Brack&nbsp;\u00bb, a expliqu\u00e9 Mamadou Thioye, notable \u00e0 Nder, une localit\u00e9 rendue c\u00e9l\u00e8bre par la r\u00e9sistance des femmes. Celles-ci se sont sacrifi\u00e9es en se consumant dans une case pour \u00e9chapper \u00e0 la captivit\u00e9. Mais, avant de revenir sur cette histoire, M. Thioye est remont\u00e9 aux origines du village. Il a expliqu\u00e9 d\u2019embl\u00e9e que l\u2019actuel emplacement de Nder, commune de Gnith,&nbsp;d\u00e9partement de&nbsp;Dagana, est le troisi\u00e8me lieu d\u2019habitation.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout a commenc\u00e9 apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de l\u2019empire du Ghana situ\u00e9 entre le Mali et la Mauritanie. \u00ab&nbsp;La population s\u2019est disloqu\u00e9e. Des gens erraient. Certains ont trouv\u00e9 un point de chute dans un quartier de Rosso Mauritanie appel\u00e9 Ndiourbel. Le lendemain, ils ont travers\u00e9 le fleuve S\u00e9n\u00e9gal pour se retrouver au village de Ndiandiou. Ce n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas un village, mais juste un endroit qui a fini par \u00eatre baptis\u00e9 ainsi&nbsp;\u00bb, renseigne M. Thioye. Il pr\u00e9cise que le nom vient du fait que ces populations ne consommaient que du couscous&nbsp;appel\u00e9 \u00ab&nbsp;thi\u00e9r\u00e9 ndiandj \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, poursuit-il, \u00ab&nbsp;ils sont repartis et se sont retrouv\u00e9s \u00e0 Saint-Louis. D\u2019autres sont venus \u00e0 Colonat appel\u00e9 autrefois \u00ab&nbsp;Niety yone&nbsp;\u00bb. Il \u00e9tait une sorte de carrefour o\u00f9 les populations du Djolof, du Ndiambour et du Saloum faisaient escale pour se reposer lorsqu\u2019ils se rendaient en Mauritanie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre interlocuteur qui a rev\u00eatu les habits d\u2019un historien d\u2019ajouter&nbsp;: \u00ab&nbsp;apr\u00e8s une journ\u00e9e pass\u00e9e au premier emplacement de Nder, proche d\u2019un d\u00e9fluent du Lac de Nder, ils ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019y rester car ils trouvaient la terre fertile et il n\u2019y avait que le fleuve&nbsp;\u00bb. De l\u00e0 est parti le nom car, selon M. Thioye, alors que les \u00ab&nbsp;campagnards&nbsp;\u00bb cherchaient un nom, un homme a vu une sorte d\u2019\u00e9land de derby passer. \u00ab&nbsp;Lorsqu\u2019il s\u2019est arr\u00eat\u00e9, ils ont remarqu\u00e9 qu\u2019il avait un oiseau (pinthioum Nder en wolof) sur une de ses cornes. Donc ils ont choisi le nom de Nder&nbsp;\u00bb confie le Nderois.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, il renseigne que le site a d\u00fb \u00eatre quitt\u00e9 \u00e0 cause de la forte pr\u00e9sence des moustiques li\u00e9e \u00e0 la proximit\u00e9 avec le fleuve. \u00ab\u00a0Ils se sont d\u00e9plac\u00e9s \u00e0 nouveau avant de s\u2019installer \u00e0 l\u2019actuel emplacement du village\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une histoire, mille versions<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Talatay Nder&nbsp;\u00bb ou l\u2019histoire des femmes de Nder qui, en 1820, se sont immol\u00e9es dans une case pour \u00e9viter la captivit\u00e9 est entr\u00e9e dans l\u2019agenda des organisations de lutte des droits des femmes. \u00c0 la veille de chaque 8 mars, cet \u00e9v\u00e9nement survenu, il y a plus de 200 ans, est c\u00e9l\u00e9br\u00e9. S\u2019il a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 que les femmes avaient pour bourreaux des maures Trarzas, Mamadou Thioye affirme que les assaillants \u00e9taient plut\u00f4t les hommes de l\u2019Almamy du Fouta.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s lui, l\u2019histoire de \u00ab&nbsp;Talatay Nder&nbsp;\u00bb est partie d\u2019une femme toucouleur venue du Fouta avec son mari. Le couple avait fait escale \u00e0 Nder. \u00ab&nbsp;Les guerriers du Brack, submerg\u00e9s par la beaut\u00e9 de la dame se sont dits que le mari n\u2019en \u00e9tait pas digne. Ainsi, ont-ils tendu une embuscade au mari et l\u2019ont enseveli. La femme a \u00e9t\u00e9 ensuite conduite \u00e0 la cour royale et elle est devenue reine&nbsp;\u00bb, relate-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Et de poursuivre&nbsp;: \u00ab&nbsp;alors que les gens du Fouta cherchaient le couple, un maure qui a assist\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne est all\u00e9 le raconter \u00e0 l\u2019Almamy du Fouta qui a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019attaquer Nder sur le coup. Le maure lui a dit que c\u2019\u00e9tait trop risqu\u00e9 en lui sugg\u00e9rant d\u2019attendre le moment propice afin d\u2019obtenir la victoire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019en croire, le jour tant attendu est arriv\u00e9 lorsque le \u00ab&nbsp;Brack&nbsp;\u00bb s\u2019est rendu \u00e0 Saint-Louis sur invitation du Gouverneur de l\u2019Aof. \u00ab&nbsp;Le Brack \u00e9tait parti avec quelques guerriers. Sur place, il ne restait que quelques hommes. Chaque matin, ils se rendaient \u00e0 la p\u00eache mais aussi veillaient sur les femmes. Le maure en a profit\u00e9 pour informer l\u2019Almamy&nbsp;\u00bb. Celui-ci a d\u00e9cid\u00e9 de passer \u00e0 l\u2019attaque. \u00ab&nbsp;\u00c0 la vue de la poussi\u00e8re, les femmes ont r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un danger. Ainsi, &nbsp;ont-elles enfil\u00e9 les tenues de guerre de leurs \u00e9poux. Apr\u00e8s une rude confrontation, les assaillants ont fui&nbsp;\u00bb, avance toujours M. Thioye. Qui poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;les femmes ont d\u00e9cid\u00e9 de les poursuivre. Malheureusement, la casquette de l\u2019une d\u2019elles est tomb\u00e9e. Ses tresses flottaient et les assaillants se sont rendu compte que leurs adversaires \u00e9taient des femmes. Se sentant touch\u00e9s dans leur \u00e9go m\u00e2le, ils ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019attaquer \u00e0 nouveau pour \u00e9viter le d\u00e9shonneur. Apr\u00e8s de violents combats, les femmes \u00e9taient \u00e0 cours de munitions car elles n\u2019avaient plus de poudre. Ainsi, la \u00ab&nbsp;Lingu\u00e8re&nbsp;\u00bb a-t-elle fait comprendre aux autres qu\u2019elles risquaient la captivit\u00e9 et qu\u2019il \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable de mourir que d\u2019\u00eatre esclaves. La suite, narre M. Thioye, \u00ab&nbsp;apr\u00e8s concertations, elles ont mis \u00e0 l\u2019abri les femmes cast\u00e9es et une princesse de la cour royale, nomm\u00e9e Seydan\u00e9 du fait de son \u00e9tat de grossesse. Le reste a mis le feu \u00e0 la case du roi. Elles ont commenc\u00e9 \u00e0 entonner des chants jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles soient consum\u00e9es compl\u00e8tement par le feu. Les hommes en voyant les flammes ont quitt\u00e9 le fleuve mais c\u2019\u00e9tait trop tard\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours d\u2019apr\u00e8s notre \u00ab&nbsp;historien&nbsp;\u00bb, lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9, le \u00ab&nbsp;Brack&nbsp;\u00bb a voulu se venger de l\u2019Almamy. \u00ab&nbsp;Tous les deux se sont donn\u00e9 rendez-vous \u00e0 Dialawaly, entre Dagana et Mbilor o\u00f9 ils se sont livr\u00e9s \u00e0 une rude bataille et l\u2019Almamy a pu se sauver malgr\u00e9 la mort de son cheval&nbsp;\u00bb, renseigne Thioye. Avant de conclure avec assurance&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est la vraie histoire de Nder. \u00c9videmment, il y a plusieurs versions et certains affirment m\u00eame que le combat, c\u2019\u00e9tait entre Nder et les Maures. Pour raffermir les relations entre les Maures et les Walo-Walo, le Brack avait donn\u00e9 en mariage sa fille au roi Trarza, Mouhamed Amdel. Leur fils s\u2019appelle Yeli. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Situ\u00e9 au fin fond du d\u00e9partement de Dagana, le village de Nder est inscrit en lettres d\u2019or dans l\u2019histoire du<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":21839,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-21838","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/21838","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=21838"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/21838\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21840,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/21838\/revisions\/21840"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/21839"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21838"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21838"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21838"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}