{"id":20628,"date":"2023-09-05T09:30:48","date_gmt":"2023-09-05T09:30:48","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=20628"},"modified":"2023-09-05T10:54:02","modified_gmt":"2023-09-05T10:54:02","slug":"keur-niang-un-quartier-inonde-de-touba-magal-sous-les-eaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=20628","title":{"rendered":"Keur Niang \u00e0 Touba: Magal sous les eaux!"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Des maisons enti\u00e8res abandonn\u00e9es, des commerces ferm\u00e9s\u2026, au quartier Keur Niang de Touba, les inondations ont rendu difficile la c\u00e9l\u00e9bration du grand Magal de Touba. Malgr\u00e9&nbsp;les gros efforts fournis par l\u2019Etat, particuli\u00e8rement dans ce quartier, les eaux de pluie ont envahi&nbsp;plusieurs dizaines de maisons obligeant habitants et leurs h\u00f4tes \u00e0 trouver&nbsp;refuge.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Yoro Diop, 70 ans, est p\u00e8re de famille, habitant le quartier Keur Niang, depuis novembre 2005. Confortablement install\u00e9 sur sa chaise pliante au niveau de la terrasse d\u2019un b\u00e2timent R+2, cet ancien Modou-Modou est en train de r\u00e9citer une pile de \u2018\u2019Xassidas\u2019\u2019 (po\u00e8mes) de Cheikh Ahmadou Bamba, qu\u2019il garde jalousement dans ses deux mains tremblantes. Onze (11) heures pass\u00e9es, ce dimanche 3 septembre, il profite d\u2019un vent frais qui s\u2019est d\u00e9j\u00e0 empar\u00e9 des lieux. Lui et sa famille ont trouv\u00e9 refuge dans cette vieille b\u00e2tisse, dont le rez-de-chauss\u00e9e est compl\u00e8tement envahi par les eaux de pluie. \u00ab&nbsp;Nous c\u00e9l\u00e9brons le Magal pour rendre un hommage m\u00e9rit\u00e9 \u00e0 notre guide spirituel et v\u00e9n\u00e9r\u00e9 Serigne Touba Khadim Rassoul&nbsp;\u00bb, l\u00e2che-t-il, l\u2019ex-\u00e9migr\u00e9, entour\u00e9 de trois de ses enfants (deux filles et un gar\u00e7on). \u00ab&nbsp;Malgr\u00e9 les conditions difficiles dans lesquelles nous vivons, nous comptons pr\u00e9parer des \u2018\u2019bernd\u00e9\u2019\u2018 (repas), lire le Coran et r\u00e9citer les \u00e9crits de Serigne Touba, le sens m\u00eame du Magal \u00bb, jure-t-il, la voix rauque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9l\u00e9brer le Magal avec dignit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans une pi\u00e8ce situ\u00e9e au fond du couloir, trois dames sont autour d\u2019un fourneau. C\u2019est la cuisine. Yoro, ses deux \u00e9pouses et ses enfants ont abandonn\u00e9 leur maison, acquise au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, depuis la troisi\u00e8me pluie de l\u2019hivernage. \u00ab&nbsp;L\u2019eau a compl\u00e8tement envahi ma maison&nbsp;\u00bb, dit-il, montrant au bout des doigts deux b\u00e2timents situ\u00e9s \u00e0 environ 300 m\u00e8tres de l\u00e0. Dans l\u2019intimit\u00e9 de cette grande concession, dont le mur de cl\u00f4ture est \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9molie par les eaux, ils ont laiss\u00e9 habits, mat\u00e9riels \u00e9lectroniques et autres biens. \u00ab&nbsp;Cette nuit-l\u00e0, l\u2019eau nous a surpris dans nos chambres et le lendemain, on a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de trouver une solution&nbsp;\u00bb, raconte ce vieux. Il reconna\u00eet, tout de m\u00eame, que celle que lui a pr\u00eat\u00e9e un de ses amis, n\u2019est pas en s\u00e9curit\u00e9, mais\u2026, pas de choix.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour y acc\u00e9der, il faut in\u00e9luctablement passer dans les eaux\u2026 \u00ab&nbsp;C\u2019est la derni\u00e8re pluie d\u2019avant-hier (vendredi, ndlr), qui a aggrav\u00e9 la situation. Toutes les pi\u00e8ces du rez-de-chauss\u00e9e sont inond\u00e9es \u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la famille Diop n\u2019est pas la seule \u00e0 vivre cette situation p\u00e9nible. Dans ce populeux quartier, nich\u00e9 entre le march\u00e9 Ocass, Touba Mosqu\u00e9e et Gare Bou Mag, le d\u00e9cor est sinistre&nbsp;: des lots de maisons entiers abandonn\u00e9s, des flaques d\u2019eau verd\u00e2tres par-ci, des b\u00e2timents d\u00e9molis par-l\u00e0\u2026Les derni\u00e8res pr\u00e9cipitations, qui se sont abattues sur la ville sainte, sont pass\u00e9es par l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est tr\u00e8s difficile. Vous constatez vous-m\u00eame notre peine&nbsp;\u00bb, pleure, Aida Sall, m\u00e8re de famille. Sous une hutte de fortune, qui leur sert d\u2019abri, elle est en train d\u2019\u00e9cumer des poissons dans un petit bol. Marchande de profession, Aida habite dans ce quartier depuis 2009. Leur maison est contigu\u00eb \u00e0 celle qu\u2019ils habitent actuellement. \u00ab La n\u00f4tre est sous les eaux, m\u00eame le mur de cl\u00f4ture est devenu invisible. C\u2019est invivable&nbsp;\u00bb, confie la jeune dame, avec soupir. Ici, l\u2019eau est verd\u00e2tre, tel un tissu d\u2019art. \u00ab&nbsp;Ces eaux que vous voyez l\u00e0 sont l\u00e0 depuis le dernier hivernage&nbsp;\u00bb, rench\u00e9rit son \u00e9poux. Bara Fall dit avoir am\u00e9nag\u00e9 cette hutte pour y vivre avec sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce Magal, il reconna\u00eet ne pas pouvoir le c\u00e9l\u00e9brer comme avant. \u00ab&nbsp;On essaie juste de tout faire pour sacrifier \u00e0 la tradition, mais Dieu sait que c\u2019est difficile&nbsp;\u00bb, ajoute-t-il. A l\u2019en croire, cette ann\u00e9e, ils n\u2019ont aucun invit\u00e9. \u00ab&nbsp;Nos proches, qui avaient l\u2019habitude de passer la f\u00eate chez nous, ont compris notre situation, c\u2019est pourquoi, personne n\u2019est venu. Mais beaucoup d\u2019entre eux nous ont t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 pour s\u2019enqu\u00e9rir de la situation&nbsp;\u00bb, explique ce menuisier m\u00e9tallique, \u00e2g\u00e9 de 45 ans, visiblement tr\u00e8s occup\u00e9 \u00e0 \u00e9vacuer \u00e0 l\u2019aide d\u2019un seau vert, les eaux ruisselantes. \u00ab&nbsp;Demain (lundi, ndlr), nous allons c\u00e9l\u00e9brer le Magal en famille avec dignit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la limite du possible&nbsp;\u00bb, embraye-t-il, le visage envelopp\u00e9 par la sueur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Serigne Touba a v\u00e9cu pire que les inondations&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lesoleil.sn\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/20230903_112125.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-113138\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Non loin de l\u00e0, Abdoulaye Diop nous intercepte, ayant certainement une id\u00e9e de l\u2019objet de notre visite. Il est rentr\u00e9 la nuit derni\u00e8re de Kaolack o\u00f9 il travaille en tant que boulanger pour passer la f\u00eate chez sa m\u00e8re. Mais pour franchir la grande porte, il faut d\u2019abord bien se tenir debout sur une dizaine de sacs de sable pos\u00e9s de mani\u00e8re dispers\u00e9e \u00e0 la devanture. Un enfant d\u2019environ 4 ans sur les \u00e9paules, l\u2019homme, 50 ans r\u00e9volus, ne cache pas sa d\u00e9solation. \u00ab&nbsp;C\u2019est extr\u00eamement difficile. Au bout du fil, on me racontait tous les jours la situation, mais l\u00e0 je viens de m\u2019en \u00eatre certain, j\u2019avoue que c\u2019est tr\u00e8s difficile et stressant&nbsp;\u00bb, regrette Abdoulaye. Cependant, il r\u00e9v\u00e8le avoir accueilli pas moins de 15 h\u00f4tes, venus de diverses localit\u00e9s du pays, pour c\u00e9l\u00e9brer le Magal avec eux. \u00ab&nbsp;Cela ne va pas nous emp\u00eacher de rendre hommage \u00e0 Serigne Touba, parce que ce dernier a v\u00e9cu pire que les inondations&nbsp;\u00bb, fait-il savoir, ajoutant que ses invit\u00e9s, tous des parents tr\u00e8s proches, ont bien compris la situation.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019angle de la rue d\u2019en face, Modou Niang, lui, s\u2019affaire aux derniers r\u00e9glages avant le jour-j. Il caresse le terreau attach\u00e9 sous un grand arbre. Mais ce boutiquier est beaucoup plus chanceux que beaucoup de ses voisins de quartier. \u00ab&nbsp;C\u2019est seulement la rue qui est inond\u00e9e, la porte de ma concession est encore accessible&nbsp;\u00bb, sourit-il, rendant gr\u00e2ce \u00e0 Dieu. Mais, Niang \u00e9prouve de la peine pour les nombreuses familles de Keur Niang victimes des inondations. Il indique que beaucoup d\u2019habitants ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de quitter le quartier m\u00eame pour aller passer le Magal chez leurs proches \u00e9tablis dans d\u2019autres contr\u00e9es de la ville. \u00ab&nbsp;D\u2019habitude, \u00e0 la veille du Magal, le quartier \u00e9tait bond\u00e9 de monde. Les charrettes, voitures et pi\u00e9tons se partageaient inlassablement cette grande ruelle qui relie Keur Niang au march\u00e9 Ocass. Mais, aujourd\u2019hui, seules les eaux stagnantes campent le d\u00e9cor&nbsp;\u00bb, fait notamment observer Modou Niang.<\/p>\n\n\n\n<p>A peine sa phrase termin\u00e9e, Cheikh Niang, son ami et voisin, le coupe et crie au secours&nbsp;: \u00ab&nbsp;On ne vit plus&nbsp;!&nbsp;\u00bb Poursuivant, il admet, cependant, que le bassin de r\u00e9tention de Keur Niang a permis d\u2019amoindrir les d\u00e9g\u00e2ts, mais il y a un hic. \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s chaque forte pluie, l\u2019eau d\u00e9borde et se d\u00e9verse dans nos maisons, c\u2019est ce qui fait que des centaines de familles ont d\u00e9sert\u00e9 le quartier&nbsp;\u00bb, raconte-t-il, l\u2019air d\u00e9pit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la situation critique, le jeune Mame Gor Diagne et ses amis ne restent pas les bras crois\u00e9s. En plus des \u00e9quipements fournis par l\u2019Onas (Office national de l\u2019assainissement du S\u00e9n\u00e9gal), ils se sont mobilis\u00e9s pour, disent-ils, \u00ab&nbsp;sauver ce qui risque encore&nbsp;\u00bb de leur bourgade historique. \u00ab&nbsp;On a fait des qu\u00eates pour pouvoir s\u2019acheter ce groupe et les racoles \u00e0 hauteur de 800 mille F Cfa afin de contribuer \u00e0 la lutte contre les inondations&nbsp;\u00bb, lance-t-il. Il appelle les autorit\u00e9s \u00e9tatiques \u00e0 d\u00e9multiplier les efforts \u00e0 Keur Niang. \u00ab&nbsp;Nous savons que l\u2019Etat \u00e0 travers l\u2019Onas, est en train de faire beaucoup d\u2019efforts, mais il faut qu\u2019ils continuent \u00e0 nous venir en aide, parce que nous en avons vraiment besoin&nbsp;\u00bb, plaide ce marchand ambulant, qui a de c\u00f4t\u00e9 ses activit\u00e9s professionnelles le temps du magal en vue de rendre son quartier vivable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Salla GUEYE (Envoy\u00e9 sp\u00e9cial)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>LESOLEIL<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des maisons enti\u00e8res abandonn\u00e9es, des commerces ferm\u00e9s\u2026, au quartier Keur Niang de Touba, les inondations ont rendu difficile la c\u00e9l\u00e9bration<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":20629,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[26],"tags":[],"class_list":["post-20628","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-fait-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20628","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20628"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20628\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20650,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20628\/revisions\/20650"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20629"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20628"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20628"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20628"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}