{"id":18179,"date":"2023-08-04T09:20:31","date_gmt":"2023-08-04T09:20:31","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=18179"},"modified":"2023-08-04T09:20:32","modified_gmt":"2023-08-04T09:20:32","slug":"abus-commis-par-la-police-et-des-civils-contre-des-migrations-et-des-refugies-noirs-en-tunisie-etudes-documentees-sur-des-atteintes-graves-aux-droits-humains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=18179","title":{"rendered":"Abus commis par la police et des civils contre des migrations et des refugies noirs en Tunisie : \u00e9tudes document\u00e9es sur des atteintes graves aux droits humains"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Pays d\u2019origine, de destination et de transit pour les migrants, les r\u00e9fugi\u00e9s et les demandeurs d\u2019asile, la Tunisie a d\u00e9pass\u00e9, au premier semestre\u00a02023, la Libye comme point de d\u00e9part des bateaux accostant en Italie. Selon l\u2019Agence des Nations Unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR), sur les 69.599\u00a0personnes arriv\u00e9es en Italie entre le 1<sup>er<\/sup>\u00a0janvier et le 9\u00a0juillet 2023 par la mer M\u00e9diterran\u00e9e, 37.720 \u00e9taient parties de Tunisie, 28.558 de Libye, et les autres de Turquie et d\u2019Alg\u00e9rie. Selon une\u00a0estimation\u00a0officielle datant de\u00a02021, alors qu\u2019il est d\u00e9nombr\u00e9 pr\u00e8s de 1,2 million d\u2019immigr\u00e9s tunisiens \u00e0 travers le monde, essentiellement en Europe, 21.000\u00a0\u00e9trangers originaires de pays africains non maghr\u00e9bins se trouvent en Tunisie, peupl\u00e9 de 12\u00a0millions d\u2019habitants. Depuis janvier, le pays a accueilli\u00a09000\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s et demandeurs d\u2019asile enregistr\u00e9s. Seulement, entre chasse \u00e0 l\u2019homme et plusieurs formes d\u2019abus et de violences dont ils sont victimes, de la part la Police et d\u2019autres Forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 et des civils, la Tunisie\u00a0n\u2019est plus un\u00a0<em>\u00ablieu s\u00fbr pour les migrants et r\u00e9fugi\u00e9s africains noirs\u00bb.<\/em>\u00a0Constat et t\u00e9moignages dans ce second et dernier jet d\u2019une s\u00e9rie d\u2019articles que\u00a0<em>Sud Quotidien<\/em>\u00a0consacre, depuis son \u00e9dition d\u2019hier mercredi, \u00e0 la situation des africains subsahariens noirs dans ce pays de l\u2019Afrique du Nord.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ses lois datant de\u00a01968\u00a0et de\u00a02004\u00a0criminalisent l\u2019entr\u00e9e, le s\u00e9jour et la sortie d\u2019irr\u00e9guliers \u00e9trangers, ainsi que l\u2019organisation ou l\u2019aide \u00e0 l\u2019entr\u00e9e ou \u00e0 la sortie irr\u00e9guli\u00e8res, sanctionn\u00e9es par des peines d\u2019emprisonnement et des amendes, la Tunisie n\u2019a pas de base l\u00e9gale explicite pour la d\u00e9tention administrative des immigrants. Toutefois, de nombreuses organisations ont document\u00e9 des cas de\u00a0d\u00e9tention arbitraire\u00a0de migrants africains. En effet, pour plusieurs nationalit\u00e9s africaines, la Tunisie autorise\u00a0les s\u00e9jours de 90\u00a0jours sans visa\u00a0avec tampon d\u2019entr\u00e9e. Mais l\u2019obtention d\u2019une Carte de s\u00e9jour peut se r\u00e9v\u00e9ler\u00a0difficile\u00a0dans cet \u00c9tat partie \u00e0 la\u00a0Convention internationale sur l\u2019\u00e9limination de toutes les formes de discrimination raciale\u00a0; \u00e0 la\u00a0Charte africaine des droits de l\u2019homme et des peuples, qui interdit les expulsions collectives\u00a0; ainsi qu\u2019aux Conventions des Nations Unies et de l\u2019Afrique relatives au statut des r\u00e9fugi\u00e9s, \u00e0 la\u00a0Convention contre la torture\u00a0et au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui interdisent les retours forc\u00e9s ou les expulsions vers des pays o\u00f9 les personnes risquent d\u2019\u00eatre tortur\u00e9es, de voir leur vie ou leur libert\u00e9 menac\u00e9es, ou de subir d\u2019autres pr\u00e9judices graves.<\/p>\n\n\n\n<p>A travers les r\u00e9sultats de ses recherches, intitul\u00e9&nbsp;<em>\u00abTunisie&nbsp;: Pas de lieu s\u00fbr pour les migrants et r\u00e9fugi\u00e9s africains noirs\u00bb<\/em>, Human Rights Watch (HRW) revient sur les abus contre les migrants subsahariens noirs et les r\u00e9fugi\u00e9s et autres demandeurs d\u2019asile dans ce pays du Maghreb, avec des t\u00e9moignages de victimes et de la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 l\u2019appui. Au total, 22&nbsp;personnes interrog\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 victimes de violations de leurs droits humains commises par les autorit\u00e9s tunisiennes. Outre les abus des forces de s\u00e9curit\u00e9, au moins 12&nbsp;hommes interrog\u00e9s ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019abus de la part de civils tunisiens.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PLUS DE 3500&nbsp;MIGRANTS ARRETES POUR \u00ab<em>SEJOUR IRREGULIER<\/em>\u00bb ET PLUS DE 23.000&nbsp;AUTRES TENTANT DE QUITTER LA TUNISIE DE MANIERE IRREGULIERE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Selon la source,\u00a0<em>\u00abbien que les violations document\u00e9es aient eu lieu entre 2019 et 2023, elles se sont majoritairement produites apr\u00e8s que le pr\u00e9sident Ka\u00efs Sa\u00efed, en f\u00e9vrier\u00a02023,\u00a0a ordonn\u00e9\u00a0aux Forces de s\u00e9curit\u00e9 de r\u00e9primer la migration irr\u00e9guli\u00e8re, associant les migrants africains sans papiers \u00e0 la criminalit\u00e9 et \u00e0 un \u00abcomplot\u00bb visant \u00e0 modifier la structure d\u00e9mographique de la Tunisie\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Selon le\u00a0FTDES\u00a0(un forum non gouvernemental), entre janvier et mai\u00a02023, les autorit\u00e9s tunisiennes ont arr\u00eat\u00e9 plus de 3500\u00a0migrants pour \u00ab<em>s\u00e9jour irr\u00e9gulier<\/em>\u00bb et intercept\u00e9 plus de 23000\u00a0personnes tentant de quitter la Tunisie de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re. Et de souligner que la plupart des arrestations de migrants enregistr\u00e9es ont eu lieu aux abords de la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne, mais qu\u2019apr\u00e8s le discours du pr\u00e9sident, des centaines d\u2019entre elles ont \u00e9galement eu lieu \u00e0 Tunis, \u00e0 Sfax et dans d\u2019autres villes. S\u2019agissant des expulsions collectives aux fronti\u00e8res avec la Libye et l\u2019Alg\u00e9rie,\u00a0<em>\u00abEntre le 2 et le 5\u00a0juillet\u00a02023, la Police, la Garde nationale et l\u2019Arm\u00e9e tunisiennes ont men\u00e9 des raids \u00e0 Sfax et dans ses environs, arr\u00eatant arbitrairement des centaines d\u2019\u00e9trangers africains noirs de nombreuses nationalit\u00e9s, en situation r\u00e9guli\u00e8re ou irr\u00e9guli\u00e8re. La Garde nationale et l\u2019Arm\u00e9e ont expuls\u00e9 ou transf\u00e9r\u00e9 de force, sans aucun respect des proc\u00e9dures l\u00e9gales, jusqu\u2019\u00e0\u00a01200\u00a0personnes, r\u00e9parties en plusieurs groupes, vers les fronti\u00e8res libyenne et alg\u00e9rienne\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>PLUS DE 600&nbsp;PERSONNES FINALEMENT TRANSFEREES DE LA FRONTIERE LIBYENNE VERS DES ABRIS DE L\u2019OIM ET D\u2019AUTRES INSTALLATIONS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cependant,\u00a0<em>\u00abLe 10\u00a0juillet, les autorit\u00e9s tunisiennes ont finalement transf\u00e9r\u00e9 plus de 600\u00a0personnes de la fronti\u00e8re libyenne vers des abris de l\u2019Organisation internationale pour les migrations (OIM) et d\u2019autres installations \u00e0 Ben Guerdane, Medenine et Tataouine, selon des repr\u00e9sentants des Nations Unies et un Ivoirien qui se trouvait parmi les personnes emmen\u00e9es \u00e0 Medenine, qui a fourni sa\u00a0localisation. Cependant, le 11\u00a0juillet, Human Rights Watch s\u2019est entretenu avec deux migrants affirmant qu\u2019ils faisaient partie d\u2019un groupe de plus de cent personnes expuls\u00e9es toujours bloqu\u00e9es \u00e0 la fronti\u00e8re libyenne. Ils ont fourni des\u00a0vid\u00e9os\u00a0et leur localisation. (\u2026) Des migrant\u00b7e\u00b7s aux deux fronti\u00e8res ont d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch et \u00e0\u00a0d\u2019autres\u00a0que plusieurs avaient p\u00e9ri ou avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s \u00e0 la suite d\u2019une expulsion, bien que Human Rights Watch n\u2019ait pas pu confirmer leurs r\u00e9cits de mani\u00e8re ind\u00e9pendante\u00bb<\/em>, rapporte HRW dans le document.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>RECOMMANDATIONS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ses recommandations, HRW insiste&nbsp;sur le fait que&nbsp;<em>\u00abLe Parlement europ\u00e9en, dans ses n\u00e9gociations avec le Conseil de l\u2019UE sur le Pacte europ\u00e9en sur la migration et l\u2019asile, devrait chercher \u00e0 limiter l\u2019utilisation discr\u00e9tionnaire du concept de \u00abpays tiers s\u00fbr\u00bb par les diff\u00e9rents \u00c9tats membres de l\u2019UE. Les institutions europ\u00e9ennes et les \u00c9tats membres devraient convenir de crit\u00e8res clairs pour d\u00e9signer un pays comme \u00abpays tiers s\u00fbr\u00bb aux fins du retour ou du transfert de ressortissants de pays tiers, afin de garantir que les \u00c9tats membres de l\u2019UE n\u2019\u00e9rodent pas les crit\u00e8res de protection dans leur application du concept, et d\u00e9terminer publiquement si la Tunisie r\u00e9pond \u00e0 ces crit\u00e8res, en tenant compte des agressions et des abus dont les Africains noirs sont continuellement la cible dans ce pays. L\u2019UE et les \u00c9tats membres concern\u00e9s devraient suspendre le financement et les autres formes de soutien aux forces de s\u00e9curit\u00e9 tunisiennes destin\u00e9es au contr\u00f4le des fronti\u00e8res et de l\u2019immigration, et conditionner toute aide future \u00e0 des crit\u00e8res v\u00e9rifiables en mati\u00e8re de droits humains. Le gouvernement tunisien devrait enqu\u00eater sur tous les abus signal\u00e9s \u00e0 l\u2019encontre des migrants, des demandeurs d\u2019asile et des r\u00e9fugi\u00e9s commis par les autorit\u00e9s ou les civils&nbsp;; veiller \u00e0 ce que les responsables rendent des comptes, notamment par le biais d\u2019actions en justice appropri\u00e9es&nbsp;; et mettre en \u0153uvre des r\u00e9formes et des syst\u00e8mes de surveillance au sein de la police, de la garde nationale (y compris les garde-c\u00f4tes) et de l\u2019arm\u00e9e afin de garantir le respect des droits humains, de mettre fin \u00e0 la discrimination raciale ou \u00e0 la violence, et de s\u2019abstenir d\u2019attiser la haine raciale ou la discrimination \u00e0 l\u2019encontre des Africains noirs\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, nous vous proposons des extraits de quelques t\u00e9moignages&nbsp;sur les abus !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9cits accablants d\u2019une chasse aux noirs au relent de racisme assum\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>SIDY MBAYE&nbsp;<strong>(rapatri\u00e9 de Tunisie, en mars)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9n\u00e9galais de 25&nbsp;ans rapatri\u00e9 en mars, Sidy Mbaye \u00e9tait entr\u00e9 en Tunisie de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re en 2021 et travaillait comme vendeur ambulant. Il a d\u00e9crit les abus commis par la police \u00e0 Tunis&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab[Le 25&nbsp;f\u00e9vrier], je suis all\u00e9 en ville pour vendre des t\u00e9l\u00e9phones, des T-shirts et des tissus au march\u00e9 [\u2026]. Trois policiers se sont approch\u00e9s de moi et m\u2019ont demand\u00e9 ma nationalit\u00e9. Ils ont dit&nbsp;: \u00abTu as entendu ce que le pr\u00e9sident a dit&nbsp;? Tu dois partir [\u2026]&nbsp;\u00bb. Ils ne m\u2019ont demand\u00e9 aucun document. Ils ont pris toute ma marchandise [\u2026]. J\u2019ai [r\u00e9sist\u00e9] [\u2026] ils m\u2019ont durement battu, me donnant des coups de poing et me frappant avec des matraques. Du sang coulait de mon nez [\u2026]. Ils m\u2019ont emmen\u00e9 au poste de police, m\u2019ont mis dans une cellule et ont continu\u00e9 \u00e0 me frapper et \u00e0 m\u2019insulter [\u2026]. Ils ont dit quelque chose sur le fait que j\u2019\u00e9tais noir [\u2026]. Ils ne m\u2019ont toujours pas demand\u00e9 de documents. J\u2019y ai pass\u00e9 une journ\u00e9e. Je refusais de partir parce que je voulais r\u00e9cup\u00e9rer mes affaires, mais j\u2019ai fini par partir. Ils m\u2019ont menac\u00e9 et m\u2019ont dit&nbsp;: \u00abSi tu reviens et que tu vends encore ces choses, on va te tuer. Quittez le pays imm\u00e9diatement\u00bb. [\u2026] L\u00e0 o\u00f9 je vivais avec cinq autres S\u00e9n\u00e9galais, le propri\u00e9taire \u00e9tait un policier [\u2026] En revenant, nous avons trouv\u00e9 nos affaires dehors.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>PAPI SAKHO,<strong>&nbsp;(migrant irr\u00e9gulier \u00e0 Tunis)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Papi Sakho, un S\u00e9n\u00e9galais de 29&nbsp;ans qui est venu \u00e0 Tunis de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re pour travailler, a \u00e9t\u00e9 victime de violences et d\u2019une \u00e9viction forc\u00e9e par la police avant d\u2019\u00eatre rapatri\u00e9, en mars&nbsp;:&nbsp;<em>\u00abFin f\u00e9vrier [\u2026], cinq officiers de police sont venus [\u2026]. Nous \u00e9tions quatre en train de travailler au garage-lavage, moi, deux Gambiens et un Ivoirien. [\u2026] Ils ne nous ont pas demand\u00e9 nos papiers [\u2026]. Ils nous criaient dessus, nous insultaient [\u2026] Ils m\u2019ont battu durement avec des matraques [\u2026]. L\u2019Ivoirien \u00e9tait bless\u00e9 et saignait [\u2026] ils ont ferm\u00e9 notre garage [\u2026]. Et c\u2019est nous qui lavions habituellement leurs voitures de police&nbsp;! La police nous a alors conduits \u00e0 notre logement et a averti le propri\u00e9taire que nous n\u2019avions plus le droit d\u2019y rester. [\u2026]. Ils ont pris nos bagages et les ont mis dehors [\u2026]. Mon passeport est rest\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La police a pris mes deux t\u00e9l\u00e9phones [\u2026]. Les autres m\u2019ont dit que la police avait pris une partie de leur argent.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>MOUSSA BALDE,<strong>&nbsp;(arriv\u00e9 en Tunisie avec un visa de travail)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Moussa Bald\u00e9, m\u00e9canicien s\u00e9n\u00e9galais de 30&nbsp;ans, a d\u00e9clar\u00e9 \u00eatre arriv\u00e9 en Tunisie en 2021 avec un visa de travail. Il s\u2019est rendu \u00e0 Tunis en f\u00e9vrier&nbsp;2023 pour acheter des pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es. \u00ab<em>Un policier a arr\u00eat\u00e9 mon taxi, m\u2019a fait descendre et m\u2019a pouss\u00e9.<\/em>&nbsp;<em>Il m\u2019a dit&nbsp;: \u201cTu es noir, tu n\u2019as pas le droit d\u2019\u00eatre ici [\u2026]\u201d<\/em>.&nbsp;<em>Il ne m\u2019a pas demand\u00e9 mes papiers, il m\u2019a juste index\u00e9 \u00e0 cause de la couleur de ma peau<\/em>.&nbsp;<em>[Au poste de police,]<\/em>&nbsp;<em>deux policiers m\u2019ont donn\u00e9 des coups de poing et m\u2019ont frapp\u00e9.<\/em>&nbsp;<em>Ils ne m\u2019ont donn\u00e9 \u00e0 manger qu\u2019une seule fois pendant les deux jours [de d\u00e9tention], et j\u2019ai dormi par terre<\/em>\u00bb. La police ne lui a pos\u00e9 aucune question sur son statut juridique. \u00ab<em>Ils m\u2019ont dit&nbsp;: \u201cNous allons te lib\u00e9rer, mais tu dois quitter le pays\u201d&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>ABDOULAYE BA,<strong>&nbsp;(vivait \u00e0 Tunis)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Abdoulaye Ba, 27&nbsp;ans, \u00e9galement originaire du S\u00e9n\u00e9gal, vivait \u00e0 Tunis depuis 2022. En f\u00e9vrier&nbsp;2023, la Police est venue sur le chantier o\u00f9 il travaillait et a arr\u00eat\u00e9 au moins dix&nbsp;travailleurs, certains avec papiers et certains sans papiers, originaires d\u2019Afrique de l\u2019Ouest et d\u2019Afrique centrale&nbsp;:&nbsp;<em>\u00abIl y avait des Tunisiens et des Marocains, mais ils n\u2019ont arr\u00eat\u00e9 que des personnes \u00e0 la peau noire. Ils nous ont demand\u00e9 de quel pays nous venions mais n\u2019ont pas demand\u00e9 nos papiers [\u2026]. Nous avons r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019arrestation et une partie de la ville est sortie [\u2026] et nous jetait des pierres [\u2026]. La police nous a frapp\u00e9s avec des matraques [\u2026] Ils nous ont emmen\u00e9s dans un poste de police \u00e0 Tunis et nous ont d\u00e9tenus pendant cinq heures, sans demander \u00e0 voir nos papiers [\u2026]. Ils nous ont ensuite rel\u00e2ch\u00e9s et nous ont demand\u00e9 de quitter la Tunisie. [\u2026] La police a \u00e9galement vol\u00e9 mon iPhone&nbsp;12, et d\u2019autres ont dit que la police avait pris leur argent.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les abus commis par la Police ne datent pas seulement de 2023<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les abus commis par la police ne datent pas seulement de 2023. Un Malien de 31&nbsp;ans a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019en d\u00e9cembre&nbsp;2021, un groupe de 6 \u00e0 8&nbsp;policiers l\u2019avait trouv\u00e9 endormi dans une gare et l\u2019avait agress\u00e9 avant de l\u2019arr\u00eater pour entr\u00e9e irr\u00e9guli\u00e8re, dans une ville proche de la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne&nbsp;: \u00ab<em>Ils m\u2019ont frapp\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises avec leurs matraques, jusqu\u2019\u00e0 ce que je tombe, puis ils m\u2019ont donn\u00e9 des coups de pied<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>SALIF KEITA,<strong>&nbsp;(rapatri\u00e9 en mars)<\/strong><br><a><\/a><br>Salif Keita, un Malien de 28&nbsp;ans, rapatri\u00e9 en mars, a d\u00e9clar\u00e9 avoir tent\u00e9 une travers\u00e9e en bateau depuis Sfax en 2019. \u00ab<em>Les garde-c\u00f4tes nationaux ont pris notre moteur et nous ont laiss\u00e9s bloqu\u00e9s en mer<\/em>\u00bb, a-t-il relat\u00e9. \u00ab<em>Nous avons d\u00fb casser des morceaux de bois du bateau [\u2026] pour revenir en pagayant<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>MOUSSA KAMARA,<strong>&nbsp;vivant \u00e0 Sfax<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Moussa Kamara, un Malien de 28&nbsp;ans vivant \u00e0 Sfax, \u00e9tait entr\u00e9 en Tunisie en mai&nbsp;2022. En d\u00e9cembre&nbsp;2022, il a embarqu\u00e9 pr\u00e8s de Sfax avec environ 25&nbsp;Africain\u00b7e\u00b7s de l\u2019Ouest. \u00ab&nbsp;<em>Au bout de 30&nbsp;minutes \u00e0 peine, les garde-c\u00f4tes sont arriv\u00e9s [en positionnant leur bateau \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du n\u00f4tre] et ont dit \u201cStop&nbsp;!\u201d.<\/em>&nbsp;<em>Nous ne nous sommes pas arr\u00eat\u00e9s, alors l\u2019un des gardes a commenc\u00e9 \u00e0 nous frapper avec un b\u00e2ton [\u2026]. Ils ont frapp\u00e9 trois hommes, dont moi\u2026 Un de mes amis a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. Les autorit\u00e9s les ont emmen\u00e9s \u00e0 Sfax puis les ont rel\u00e2ch\u00e9s. Apr\u00e8s cette exp\u00e9rience, Kamara est rest\u00e9 en Tunisie, mais le discours du pr\u00e9sident Saied et ses cons\u00e9quences l\u2019ont fait changer d\u2019avis&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019essayer encore [un voyage en mer].<\/em>&nbsp;<em>Le pr\u00e9sident nous a dit de quitter le pays.<\/em>&nbsp;<em>Si je ne pars pas, je ne trouverai pas une maison ou un travail<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>ROMDHANE BEN AMOR<strong>, porte-parole du FTDES, un Forum tunisien<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abLe pr\u00e9sident a cr\u00e9\u00e9 un climat d\u2019horreur pour les migrants en Tunisie, si bien que beaucoup se pr\u00e9cipitent pour partir\u00bb<\/em>, a expliqu\u00e9 Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien, FTDES. \u00ab<em>Ces derniers mois, les garde-c\u00f4tes ont commenc\u00e9 \u00e0 utiliser des gaz lacrymog\u00e8nes pour obliger [les bateaux] \u00e0 s\u2019arr\u00eater [\u2026]\u00bb.&nbsp;<\/em>Et de relever qu\u2019ils chargent \u00ab<em>les migrants qui essaient de les filmer [\u2026]&nbsp;; ils confisquent les t\u00e9l\u00e9phones apr\u00e8s chaque op\u00e9ration<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9claration d\u2019une b\u00e9n\u00e9vole d\u2019Alarm Phone, \u00e0 Tunis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une b\u00e9n\u00e9vole d\u2019Alarm Phone \u00e0 Tunis a d\u00e9clar\u00e9 que son \u00e9quipe avait recueilli des t\u00e9moignages similaires\u00a0: \u00ab<em>Depuis 2022, il y a des comportements r\u00e9currents des garde-c\u00f4tes tunisiens en attaquant des bateaux[\u2026]\u00a0; ils utilisent des b\u00e2tons pour frapper les gens, dans certains cas, des gaz lacrymog\u00e8nes, [\u2026] ils tirent en l\u2019air ou en direction du moteur [\u2026] et parfois [\u2026] ils laissent les gens bloqu\u00e9s [en mer dans des bateaux hors d\u2019usage]<\/em>\u00bb. De nombreuses pratiques de ce type ont \u00e9t\u00e9 cit\u00e9es dans une\u00a0d\u00e9claration\u00a0de d\u00e9cembre de plus de 50\u00a0groupes en Tunisie, et \u00e0 nouveau en\u00a0avril.<\/p>\n\n\n\n<p>DES CENTAINES DE MIGRANTS COINCES ENTRE LA TUNISIE ET LA LIBYE<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Nous ne sommes pas des animaux&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par Ibrahima DIALLO<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>SUDQUOTIDIEN<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pays d\u2019origine, de destination et de transit pour les migrants, les r\u00e9fugi\u00e9s et les demandeurs d\u2019asile, la Tunisie a d\u00e9pass\u00e9,<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":15872,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[26],"tags":[],"class_list":["post-18179","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-fait-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18179","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=18179"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18179\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18180,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18179\/revisions\/18180"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15872"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=18179"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=18179"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=18179"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}