{"id":10201,"date":"2023-04-13T13:50:56","date_gmt":"2023-04-13T13:50:56","guid":{"rendered":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=10201"},"modified":"2023-04-13T14:23:12","modified_gmt":"2023-04-13T14:23:12","slug":"de-la-guerre-dalgerie-au-genocide-des-tutsi-le-temoignage-du-general-jean-varret-serviteur-de-la-france-en-afrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dekkbi.com\/?p=10201","title":{"rendered":"De la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie au g\u00e9nocide des Tutsi, le t\u00e9moignage du g\u00e9n\u00e9ral Jean Varret"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En ce mois d\u2019avril o\u00f9 le Rwanda comm\u00e9more le g\u00e9nocide des Tutsis de 1994, para\u00eet en France, aux \u00e9ditions Les Ar\u00e8nes, un ouvrage qui aide \u00e0 y voir plus clair&nbsp;: \u00ab&nbsp;Souviens-toi. M\u00e9moires \u00e0 l\u2019usage des g\u00e9n\u00e9rations futures&nbsp;\u00bb. Dans ce livre d\u2019entretien fascinant et sans concession, Laurent Larcher, grand reporter pour le quotidien fran\u00e7ais&nbsp;<em>La Croix<\/em>, pousse le g\u00e9n\u00e9ral Jean Varret, 87 ans, \u00e0 revenir en profondeur sur son histoire et celle de sa famille, tout en levant un coin du voile sur les tabous et non-dits d\u2019une riche carri\u00e8re au sein de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise.<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.addthis.com\/bookmark.php?v=300\"><\/a><a href=\"https:\/\/www.addthis.com\/bookmark.php?v=300\"><\/a><a href=\"https:\/\/www.addthis.com\/bookmark.php?v=300\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><a href=\"https:\/\/www.addthis.com\/bookmark.php?v=300\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le livre que vous tenez entre vos mains a peu \u00e0 voir avec les entretiens habituels donn\u00e9s par un g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais. A la diff\u00e9rence de bien d\u2019autres, ce texte n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 soumis au minist\u00e8re des Arm\u00e9es. Et il ne vise pas \u00e0 \u00e9lever une statue en marbre blanc d\u00e9barrass\u00e9e de ses asp\u00e9rit\u00e9s \u00e0 un g\u00e9n\u00e9ral quatre \u00e9toiles.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;Tels sont les premiers mots de l\u2019avant-propos que Laurent Larcher consacre \u00e0 cet ouvrage p\u00e9tri d\u2019humanit\u00e9, et qui se r\u00e9v\u00e8le au fil de la lecture riche d\u2019enseignements, y compris philosophiques et spirituels.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/sites\/info.tv5monde.com\/files\/styles\/medium_article\/public\/assets\/images\/thumbnail_Souviens-toi_General_CV_Plat1_AB.jpg?itok=9zBRYSao\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans ce livre, le g\u00e9n\u00e9ral Jean Varret, n\u00e9 en 1935, \u00e9voque sa famille, son grand-p\u00e8re paternel, un g\u00e9n\u00e9ral qui a connu la guerre de 14-18, son p\u00e8re et ses deux oncles maternels, tous des militaires qui ont particip\u00e9 \u00e0 la Seconde guerre mondiale. Avec pudeur et sinc\u00e9rit\u00e9, Jean Varret parle de l\u2019opposition brutale entre son grand-p\u00e8re et son p\u00e8re. Apr\u00e8s la d\u00e9faite de 1940, le premier soutenait le mar\u00e9chal P\u00e9tain, tandis que le second \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Adolescent, Jean Varret est marqu\u00e9 par la guerre d\u2019Indochine, \u00e0 laquelle participe son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme qui a dit non \u00e0 feu le pr\u00e9sident Fran\u00e7ois Mitterrand au sujet de sa politique au Rwanda, revient \u00e9galement sur sa participation \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, la mani\u00e8re dont il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la Fran\u00e7afrique au Gabon et en Centrafrique, ou encore son refus de livrer des armes au r\u00e9gime de feu le pr\u00e9sident rwandais Juv\u00e9nal Habyarimana, qui s\u2019appr\u00eatait \u00e0 tuer massivement les Tutsis. Et comme le souligne Laurent Larcher dans son avant-propos&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Avec Jean Varret, c\u2019est une g\u00e9n\u00e9ration qui s\u2019adresse \u00e0 nous. A travers lui, elle nous ouvre sa m\u00e9moire et son histoire, et elle nous d\u00e9voile le sillon fascinant creus\u00e9 en Afrique par l\u2019Etat fran\u00e7ais et sa cohorte de serviteurs fid\u00e8les. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ab\u00eeme rwandais.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un entretien bas\u00e9 sur une confiance r\u00e9ciproque<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE :<\/strong>&nbsp;<strong>Dans quelles circonstances avez-vous fait connaissance et comment est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e de ce livre d\u2019entretien avec le g\u00e9n\u00e9ral Jean Varret&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Laurent Larcher&nbsp;:&nbsp;<\/strong>J\u2019ai rencontr\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral Varret \u00e0 l\u2019occasion de mon travail sur le Rwanda, et notamment pour un livre que j\u2019ai publi\u00e9 aux \u00e9ditions du Seuil en 2019, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Rwanda. Ils parlent&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agissait de mener une enqu\u00eate parmi tous les principaux acteurs de la politique fran\u00e7aise au Rwanda, mais \u00e9galement les journalistes, les militaires, les humanitaires\u2026 Bref, tous ceux qui ont particip\u00e9 ou qui ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de ce qu\u2019a fait la France au Rwanda entre 1990 et 1994.<\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019aurai besoin de quelqu\u2019un qui me pose des questions, qui me pousse et en qui j\u2019ai confiance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G\u00e9n\u00e9ral Jean Varret<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 cette occasion que j\u2019ai propos\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral Varret un entretien qu\u2019il a accept\u00e9, et c\u2019est ainsi que nous avons fait connaissance. J\u2019avais lu son livre [G\u00e9n\u00e9ral, j\u2019en ai pris pour mon grade, paru en 2018 chez Les \u00e9ditions Sydney Laurent, NDLR]. Et on a pass\u00e9 deux heures tr\u00e8s int\u00e9ressantes. Ensuite, le g\u00e9n\u00e9ral a repris contact avec moi et m\u2019a dit&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Je ferai bien un livre d\u2019entretien. J\u2019ai publi\u00e9 un livre, mais je n\u2019\u00e9tais pas content de ce travail. J\u2019aurai besoin de quelqu\u2019un qui me pose des questions, qui me pousse et en qui j\u2019ai confiance.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je lui ai dit&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;J\u2019y r\u00e9fl\u00e9chis, on en parle \u00e0 des \u00e9diteurs.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;Et les \u00e9ditions&nbsp;<em>Les Ar\u00e8nes&nbsp;<\/em>ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9es par ce projet. La condition \u00e9tait qu\u2019on se fasse confiance, et que ce livre ne soit pas relu par le minist\u00e8re de la D\u00e9fense. Je ne voulais pas qu\u2019on ait l\u2019imprimatur de la D\u00e9fense. Je voulais que nos paroles soient libres, surtout que le lecteur puisse entendre ce que Jean Varret avait \u00e0 dire sur ces questions-l\u00e0, sans le filtre du minist\u00e8re des Arm\u00e9es, qui me semblait poser probl\u00e8me pour un livre aussi important&nbsp;; puisqu\u2019on parle d\u2019une vie de militaire, d\u2019un engagement au nom de la France, de guerres et enfin d\u2019un g\u00e9nocide.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : Compte tenu de votre histoire, vous \u00eates issu d\u2019une famille de militaires, vous avez termin\u00e9 vos quarante ans de carri\u00e8re comme g\u00e9n\u00e9ral au sein de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, et surtout, vous \u00eates le g\u00e9n\u00e9ral qui a dit non \u00e0 Fran\u00e7ois Mitterrand au sujet de sa politique au Rwanda. Ce livre d\u2019entretien \u00e9tait-il une n\u00e9cessit\u00e9 pour vous&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Varret&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Pour compl\u00e8ter ce que vient de dire Laurent, j\u2019ai&nbsp;\u00e9crit un premier livre, au moment o\u00f9 j\u2019avais eu un grave accident en montagne en 2016, et j\u2019\u00e9tais aux Invalides deux ans pour me reconstruire. Je m\u2019ennuyais, et surtout, il y a des images qui revenaient. Je me suis dit que&nbsp;j\u2019ai failli dispara\u00eetre sans avoir dit \u00e0 mes proches, \u00e0 mes amis, \u00e0 mes enfants, quelle avait \u00e9t\u00e9 ma vie et mes options. J\u2019ai donc commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire,&nbsp;le livre \u00e9tait mauvais. Mais Laurent m\u2019a dit&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Tu ouvres des portes et tu les fermes tout de suite. Je vais t\u2019aider \u00e0 les ouvrir compl\u00e8tement.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Ce nouveau livre compl\u00e8te donc un besoin que j\u2019avais de laisser aux miens, des explications et des souvenirs d\u2019une carri\u00e8re qui avait \u00e9t\u00e9 difficile, qui \u00e9tait pass\u00e9e par des hauts et par des bas, mais que je n\u2019avais jamais eu l\u2019occasion d\u2019expliquer \u00e0 mes proches. Je pense que ce deuxi\u00e8me livre va beaucoup plus loin que le pr\u00e9c\u00e9dent.<br><br><strong>TV5MONDE : Plusieurs choses m\u2019ont frapp\u00e9 \u00e0 la lecture de cet ouvrage&nbsp;: il y a d\u2019abord la grande humanit\u00e9 qui s\u2019en d\u00e9gage, la mani\u00e8re dont il est incarn\u00e9 (ce qui n\u2019est pas courant avec les livres d\u2019entretien)&nbsp;; et puis il y a sa richesse et sa densit\u00e9. Comment avez-vous pr\u00e9par\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 ces entretiens&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Laurent Larcher&nbsp;:<\/strong>&nbsp;J\u2019avais lu le livre du g\u00e9n\u00e9ral Varret. Je connaissais un peu le g\u00e9n\u00e9ral, tout comme la p\u00e9riode dont nous allions parler. Je suis historien de formation, et je travaille sur l\u2019Afrique depuis plusieurs ann\u00e9es. Ce qui me semblait important c\u2019\u00e9tait d\u2019\u00e9tablir un rapport de confiance des deux c\u00f4t\u00e9s. Le g\u00e9n\u00e9ral Varret m\u2019a dit l\u2019une des premi\u00e8res fois que nous nous sommes rencontr\u00e9s pour ce livre :&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Mon entourage me dit que je vais me faire pi\u00e9ger&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je devais donc lui montrer que je n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0 pour le pi\u00e9ger, sans \u00eatre complaisant. Le g\u00e9n\u00e9ral Varret m\u2019avait aussi dit&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;On ne fait pas une hagiographie.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;Je lui ai r\u00e9pondu&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;\u00e7a tombe bien parce que j\u2019ai beau travailler pour un journal catholique, je ne ferai pas d\u2019hagiographie non plus. \u00c7a ne m\u2019int\u00e9resse pas la l\u00e9gende dor\u00e9e. Ce sont des histoires pour les enfants, mais pas pour les adultes&nbsp;\u00bb<\/em>. Le plus important \u00e9tait d\u2019\u00e9tablir ce rapport de confiance, surtout que nous allions aborder des questions profondes, intimes, de la responsabilit\u00e9 d\u2019un homme face \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements dramatiques. Ce qu\u2019il a fait ou pas, pourquoi, comment\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/sites\/info.tv5monde.com\/files\/styles\/large_article\/public\/assets\/images\/de_Gaulle.jpg?itok=ncGDO0dP\" width=\"670\" height=\"522\" alt=\"Le g\u00e9n\u00e9ral Charles De Gaulle salue le drapeau tricolore, apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 sa gerbe sur la tombe du soldat inconnu fran\u00e7ais de la derni\u00e8re guerre, \u00e0 l&amp;#039;Arc de Triomphe, \u00e0 Paris, le 28 ao\u00fbt 1944.\"><\/p>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Charles De Gaulle salue le drapeau tricolore, apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 sa gerbe sur la tombe du soldat inconnu fran\u00e7ais de la derni\u00e8re guerre, \u00e0 l&rsquo;Arc de Triomphe, \u00e0 Paris, le 28 ao\u00fbt 1944.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a9 AP Photo\/Andrew Lopez<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m\u2019int\u00e9resse, c\u2019est bien s\u00fbr entendre la parole, mais surtout l\u2019interroger, et faire une esp\u00e8ce d\u2019examen de conscience&nbsp;; du moins, si l\u2019interlocuteur l\u2019accepte, de ne pas seulement se contenter de dire voil\u00e0 ce que j\u2019ai fait, mais pourquoi je l\u2019ai fait et qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire. Et est-ce que \u00e7a correspond aux valeurs qui m\u2019animent, aux valeurs du combat ou de l\u2019engagement pour lequel je vis, aux valeurs de la R\u00e9publique et de la d\u00e9mocratie fran\u00e7aises.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un fil conducteur de mes livres, toujours interroger les actes au nom des principes, et voir s\u2019il y a des incoh\u00e9rences et ce qu\u2019on en fait lorsqu\u2019elles existent. Je ne suis pas pour un monde pur, mais un monde vrai&nbsp;; qu\u2019on ne se raconte pas d\u2019histoires sur nous-m\u00eames, et surtout aux autres lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler de notre histoire commune.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La jeunesse d&rsquo;un fils et petit-fils de militaires, de P\u00e9tain \u00e0 Dien Bien Phu<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : Votre grand-p\u00e8re paternel \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral, votre p\u00e8re et vos deux oncles maternels \u00e9taient aussi des militaires. Mais apr\u00e8s la d\u00e9faite de juin 1940, votre grand-p\u00e8re et votre p\u00e8re se sont violemment oppos\u00e9s au sujet du mar\u00e9chal Philippe P\u00e9tain. Le premier pensait que P\u00e9tain pouvait prot\u00e9ger et redresser la France, tandis que pour le second, de Gaulle \u00e9tait le seul recours possible. Quelle empreinte cette sc\u00e8ne a-t-elle laiss\u00e9e sur l\u2019enfant que vous \u00e9tiez, puis sur le militaire que vous \u00eates devenu ensuite&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Varret&nbsp;:<\/strong>&nbsp;C\u2019est vrai que j\u2019\u00e9tait tout gosse, j\u2019\u00e9tais \u00e0 table et je n\u2019avais pas le droit de parler. Et j\u2019\u00e9coutais les disputes entre mon p\u00e8re et mon grand-p\u00e8re. J\u2019avais \u00e0 l\u2019\u00e9poque une grande admiration pour mon grand-p\u00e8re, parce que c\u2019est lui qui m\u2019a \u00e9lev\u00e9, beaucoup plus que mon p\u00e8re qui \u00e9tait toujours parti. Je garde cette id\u00e9e que le m\u00e9tier militaire n\u2019est pas tr\u00e8s simple. Et qu\u2019\u00e0 certain&nbsp;moment il faut savoir dire non. Car mon p\u00e8re a dit non \u00e0 P\u00e9tain. Et mon grand-p\u00e8re disait non \u00e0 de Gaulle. Et voil\u00e0 deux militaires que j\u2019admirais beaucoup qui ne s\u2019entendaient pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon inconscient, il y a donc l\u2019id\u00e9e que le militaire est quelques fois amen\u00e9 \u00e0 faire des choix, et il doit pouvoir dire non. Mais j\u2019ai oubli\u00e9 tout \u00e7a. C\u2019est ressorti beaucoup plus tard dans ma conscience. Pour revenir cependant \u00e0 cette sc\u00e8ne, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u parce que j\u2019avais une grande admiration pour mon p\u00e8re et mon grand-p\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : Dans ce livre vous \u00e9voquez longuement la guerre d\u2019Indochine, et donc la premi\u00e8re d\u00e9faite fran\u00e7aise sur ses terres coloniales. C\u2019\u00e9tait au cours de la bataille de Di\u00ean Bi\u00ean Phu en 1954, qui va marquer la d\u00e9faite de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise au terme de plus de six mois de combats acharn\u00e9s. Quelle place occupe cette guerre dans la trajectoire du g\u00e9n\u00e9ral Jean Varret&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Laurent Larcher&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Jean n\u2019a pas particip\u00e9 \u00e0 la guerre d\u2019Indochine. Il \u00e9tait adolescent. En revanche, il est int\u00e9ress\u00e9 par le sujet. Il voit son p\u00e8re partir en Indochine. Le milieu dans lequel il grandit est tr\u00e8s affect\u00e9 par l\u2019Indochine. Le milieu militaire va \u00eatre tr\u00e8s marqu\u00e9 par l\u2019Indochine. On parle m\u00eame de fi\u00e8vre jaune. Dans la mentalit\u00e9 des militaires, il y a une blessure indochinoise tr\u00e8s profonde, qui n\u2019a jamais vraiment \u00e9t\u00e9 gu\u00e9rie, qui est transmise, m\u00eame si aujourd\u2019hui cela rel\u00e8ve plus d\u2019une forme de romantisme ou de fantasme.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/sites\/info.tv5monde.com\/files\/styles\/large_article\/public\/assets\/images\/indochine_soldats.jpg?itok=IJ9OGVtu\" width=\"670\" height=\"507\" alt=\"Des soldats fran\u00e7ais et vietnamiens se rassemblent autour d&amp;#039;une &amp;quot;fontaine&amp;quot; lors d&amp;#039;une pause dans une marche dans la jungle, pr\u00e8s de Dien Bien Phu, en Indochine, le 25 avril 1954.\"><\/p>\n\n\n\n<p>Des soldats fran\u00e7ais et vietnamiens se rassemblent autour d&rsquo;une \u00ab\u00a0fontaine\u00a0\u00bb lors d&rsquo;une pause dans une marche dans la jungle, pr\u00e8s de Dien Bien Phu, en Indochine, le 25 avril 1954.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a9 AP Photo<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est int\u00e9ressant avec l\u2019Indochine, c\u2019est que \u00e7a va profond\u00e9ment marquer cette g\u00e9n\u00e9ration-l\u00e0. Au point o\u00f9, bien des ann\u00e9es plus tard, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, Jean va revenir sur les pas du corps exp\u00e9ditionnaire, pour essayer de retrouver ceux dont on n\u2019a jamais ramen\u00e9 les corps en France. Il y a eu beaucoup de morts en Indochine, environ 50&nbsp;000 morts selon les estimations. La R\u00e9publique envoie ses enfants faire la guerre au bout du monde, et ne prend pas la peine, m\u00eame la guerre termin\u00e9e, de r\u00e9cup\u00e9rer les corps et de les enterrer dans un cimeti\u00e8re militaire&nbsp;ou les restituer aux familles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui donne aussi une id\u00e9e de la mani\u00e8re dont les politiques envisagent ces militaires, un peu comme de la chair \u00e0 canon. Jusqu\u2019\u00e0 ce jour, aucune mission n\u2019a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e pour ramener les corps des soldats morts pour la France en Indochine<em>&nbsp;[Le 21 mars dernier, Patricia Mirall\u00e8s, secr\u00e9taire d\u2019Etat fran\u00e7aise charg\u00e9e des Anciens combattants et de la M\u00e9moire, a indiqu\u00e9 que les corps des soldats fran\u00e7ais morts sur le sol vietnamien vont \u00eatre rapatri\u00e9s presque 70 ans apr\u00e8s, NDLR]<\/em>. De mon point de vue, cette guerre \u00e9tait inutile et&nbsp;je ne trouve pas normal qu\u2019on ait abandonn\u00e9 ces hommes qui, au fond, ont r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel de la France et qui ont trouv\u00e9 la mort l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : La guerre d\u2019Indochine vous a marqu\u00e9 en tant que fils et petit-fils de militaire. Par la suite, vous \u00eates devenu militaire \u00e0 votre tour, form\u00e9 notamment \u00e0 l\u2019\u00e9cole sp\u00e9ciale militaire de Saint-Cyr. A quel moment la guerre d\u2019Indochine va vous appara\u00eetre comme un moment important dans l\u2019histoire fran\u00e7aise et pour quelles raisons&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Varret&nbsp;:<\/strong>&nbsp;Laurent a raison, la guerre d\u2019Indochine m\u2019a beaucoup marqu\u00e9. Bien s\u00fbr mon p\u00e8re y \u00e9tait, mais surtout, ces jeunes lieutenants qui partaient, \u00e9taient subordonn\u00e9s \u00e0 mon p\u00e8re&nbsp;et un sur deux ne revenait pas. La mort des lieutenants a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable l\u00e0-bas. Il y a trois promotions de Saint-Cyr qui y sont rest\u00e9es. Je voyais donc des jeunes femmes effondr\u00e9es, car mon p\u00e8re leur apprenait que leurs maris ne reviendraient pas. Cela m\u2019a beaucoup marqu\u00e9 sur le plan sentimental.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/sites\/info.tv5monde.com\/files\/styles\/large_article\/public\/assets\/images\/dien_bien_phu_0.jpg?itok=FupbviGK\" width=\"670\" height=\"511\" alt=\"Des soldats de l&amp;#039;arm\u00e9e de l&amp;#039;Union franco-indochinoise, d\u00e9fendant la garnison fran\u00e7aise et le bastion de Dien Bien Phu, sont la cible d&amp;#039;attaques violentes des forces communistes du Viet Minh qui tirent depuis leurs positions, dans les montagnes, le 24 mars 1954.\"><\/p>\n\n\n\n<p>Des soldats de l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;Union franco-indochinoise, d\u00e9fendant la garnison fran\u00e7aise et le bastion de Dien Bien Phu, sont la cible d&rsquo;attaques violentes des forces communistes du Viet Minh qui tirent depuis leurs positions, dans les montagnes, le 24 mars 1954.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a9 AP Photo<\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re disait&nbsp;: il faut que les Fran\u00e7ais sachent que cette guerre existe. Il me donnait m\u00eame des documents, et \u00e0 mes camarades du lyc\u00e9e, j\u2019exposais ce qu\u2019\u00e9tait la guerre d\u2019Indochine. J\u2019avais entre quinze et seize ans. Mais \u00e7a n\u2019int\u00e9ressait pas grand monde, et cela m\u2019a beaucoup marqu\u00e9. En revanche, j\u2019\u00e9tais persuad\u00e9, car apr\u00e8s on me l\u2019a dit, que la France se battait en Indochine contre le communisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons perdu la guerre d\u2019Indochine, mais on s\u2019est dit l\u2019Alg\u00e9rie ce ne sera pas pareil. On se bat contre le communisme et&nbsp;on a \u00e9chou\u00e9 en Indochine, c\u2019\u00e9tait trop loin. Mais en Alg\u00e9rie, une terre fran\u00e7aise, ce ne sera pas le cas. Mes instructeurs \u00e0 l\u2019\u00e9poque, aussi bien au Prytan\u00e9e militaire&nbsp;<em>[un lyc\u00e9e&nbsp;militaire, NDLR]<\/em>, qu\u2019\u00e0 Saint-Cyr et \u00e0 l\u2019\u00e9cole de cavalerie de Saumur, c\u2019\u00e9taient des officiers qui revenaient d\u2019Indochine. Eux disaient&nbsp;: l\u00e0 on a \u00e9chou\u00e9, mais apr\u00e8s on n&rsquo;\u00e9chouera plus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un&nbsp;saint-cyrien dans la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : Concernant justement la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, o\u00f9 vous avez pass\u00e9 deux ans, vous \u00e9tiez un jeune sous-lieutenant de 23 ans, vous dites que c\u2019est \u00ab&nbsp;une marque ind\u00e9l\u00e9bile qui restera pr\u00e9gnante tout au long des soixante ann\u00e9es de vie professionnelle qui suivront.&nbsp;\u00bb Est-ce d\u2019abord parce que vous avez pris part au putsch des g\u00e9n\u00e9raux contre de Gaulle du 21 au 26 avril ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Varret&nbsp;:<\/strong>&nbsp;C\u2019est \u00e0 la fois tout \u00e7a, et beaucoup plus que \u00e7a. Quand vous avez 23-24 ans, et que vous sortez de cinq ans d\u2019\u00e9tudes, on vous a appris techniquement \u00e0 combattre. Mais on ne vous a pas donn\u00e9 la force intellectuelle de supporter cela. A peine arriv\u00e9 en Alg\u00e9rie, j\u2019ai vu des morts massacr\u00e9s par des coups de canon. Je n\u2019avais jamais vu de mort avant, sauf mon grand-p\u00e8re dans son lit. Brutalement, on vous donne aussi la responsabilit\u00e9 de tuer &#8211; ou d\u2019\u00eatre tu\u00e9 \u2013 et d\u2019engager mes vingt-cinq hussards \u00e0 la mort ou pas. C\u2019est consid\u00e9rable&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait l\u2019id\u00e9e que je risque ma vie et celle de mes subordonn\u00e9s parce que nous allons prot\u00e9ger la France contre le communisme. Et l\u2019Alg\u00e9rie bien s\u00fbr, va rester fran\u00e7aise. Petit \u00e0 petit, je vois tr\u00e8s bien que ce sont des id\u00e9es et que la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas l\u00e0. J\u2019ai fait prisonnier un sous-lieutenant du FLN&nbsp;<em>[Front de lib\u00e9ration nationale, cr\u00e9\u00e9 en 1954 pour obtenir de la France l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, NDLR]<\/em>, qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019universit\u00e9 \u00e0 Alger, et qui avait bascul\u00e9 dans la r\u00e9bellion. Ce gars-l\u00e0 avait mon \u00e2ge ou \u00e0 peu pr\u00e8s. Je lui offre un caf\u00e9, une cigarette et on discute. Je suis revenu convaincu que si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e0 sa place, je serai dans la r\u00e9bellion. Mon cerveau commence donc \u00e0 dire qu\u2019il y a quelque chose qui ne va pas tr\u00e8s bien.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/sites\/info.tv5monde.com\/files\/styles\/large_article\/public\/assets\/images\/OAS.jpg?itok=NTaaP5Oz\" width=\"670\" height=\"447\" alt=\"Un soldat de l&amp;#039;arm\u00e9e fran\u00e7aise est repr\u00e9sent\u00e9 en position \u00e0 l&amp;#039;angle d&amp;#039;un immeuble du quartier Saint-Eug\u00e8ne d&amp;#039;Oran, en Alg\u00e9rie, le 28 avril 1962.\"><\/p>\n\n\n\n<p>Un soldat de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise est repr\u00e9sent\u00e9 en position \u00e0 l&rsquo;angle d&rsquo;un immeuble du quartier Saint-Eug\u00e8ne d&rsquo;Oran, en Alg\u00e9rie, le 28 avril 1962.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a9 AP Photo\/Horst Faas<\/p>\n\n\n\n<p>Autre \u00e9v\u00e9nement important&nbsp;: le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle fait la tourn\u00e9e des popotes. Et au cours de sa deuxi\u00e8me tourn\u00e9e, il dit&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Je veux voir les saint-cyriens. Un par r\u00e9giment.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;J\u2019\u00e9tais le plus jeune saint-cyrien de mon r\u00e9giment, et le colonel me dit&nbsp;: tu vas \u00e9couter le grand patron. Et parall\u00e8lement, dans un autre r\u00e9giment, mon meilleur ami, Jean de La Chapelle, est \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9. On \u00e9coute de Gaulle. Et il nous dit&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas de journaliste. Nous sommes entre saint-cyriens. Je vais vous dire la r\u00e9alit\u00e9 des choses. Il faut combattre le FLN, le d\u00e9truire, afin que l\u2019Alg\u00e9rie puisse rester dans l\u2019orbite fran\u00e7aise.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cela faisait un an que j\u2019\u00e9tais sur place, et deux ans pour La Chapelle. Nous nous sommes retrouv\u00e9s apr\u00e8s et on s\u2019est dit&nbsp;que cela en valait la peine. Et nous avons continuer \u00e0 risquer nos vies et celles de nos subordonn\u00e9s. Jean de La Chapelle est tu\u00e9 quinze jours apr\u00e8s. Je me retrouve tout seul, \u00e0 ne pouvoir dialoguer avec personne d\u2019autre. Pis, je m\u2019aper\u00e7ois, en \u00e9coutant la radio sur des transistors, que l\u2019ind\u00e9pendance progresse et que de Gaulle nous a menti&nbsp;<em>[les Pieds-Noirs et partisans de l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise estiment avoir \u00e9t\u00e9 trahis par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et son \u00ab\u00a0je vous ai compris\u00a0\u00bb lors de son discours d&rsquo;Alger du 4 juin 1958 alors qu&rsquo;il fera ensuite le choix du r\u00e9f\u00e9rendum sur l&rsquo;autod\u00e9termination de l&rsquo;Alg\u00e9rie, NDLR]<\/em>. Cela m&rsquo;a&nbsp;rappel\u00e9&nbsp;mon grand-p\u00e8re et mon p\u00e8re&nbsp;; \u00e0 savoir que les hommes politiques peuvent mentir. Ce qui est beaucoup plus grave, c\u2019est que ce politique \u00e9tait saint-cyrien. Il avait la m\u00eame \u00e9thique que moi, un saint-cyrien ne ment pas.<\/p>\n\n\n\n<p>A cela s\u2019ajoute le fait que mon parrain \u00e0 l\u2019Ecole de cavalerie de Saumur, et qui commandait un r\u00e9giment de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, passe me voir et me dit&nbsp;: il y a un putsch dans trois jours, et ton r\u00e9giment, comme le mien, va rejoindre les putschistes. Je me dis&nbsp;: j\u2019ai confiance en ce parrain. Mon r\u00e9giment \u00e9tait loin d\u2019Alger. La radio ne passait pas, j\u2019ai pris la route avec mes subordonn\u00e9s, pour rejoindre mon parrain \u00e0 Alger. J\u2019ai donc particip\u00e9 au putsch pendant vingt-quatre heures. Sentimentalement et intellectuellement, j\u2019\u00e9tais d\u2019accord pour dire que de Gaulle \u00ab\u00a0d\u00e9conne\u00a0\u00bb, il faut absolument que l\u2019Alg\u00e9rie reste dans le sein de la France, pour lutter contre le communisme.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : Toujours \u00e0 propos de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie Laurent, vos \u00e9changes avec Jean Varret m\u2019ont sembl\u00e9 quelque peu tendus. Quels sont les aspects de cette guerre qui ont \u00e9t\u00e9 les plus difficiles \u00e0 aborder avec le g\u00e9n\u00e9ral Varret&nbsp;? Comment avez-vous proc\u00e9d\u00e9 pour le faire parler malgr\u00e9 ses r\u00e9ticences et vos d\u00e9saccords&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Laurent Larcher&nbsp;:<\/strong>&nbsp;Il me semble qu\u2019il y a eu trois sujets qui ont pos\u00e9 probl\u00e8me. D\u2019abord un sujet en rapport aux morts. J\u2019avais pos\u00e9 la question \u00e0 Jean&nbsp;: combien d\u2019hommes as-tu tu\u00e9&nbsp;? Cela l\u2019a beaucoup choqu\u00e9&nbsp;que je lui pose cette question. Il a trouv\u00e9 que c\u2019\u00e9tait ind\u00e9cent, qu\u2019on \u00e9tait dans une forme de voyeurisme. Ensuite, il m\u2019a donn\u00e9 un chiffre. Puis, il a voulu que ce chiffre soit supprim\u00e9, qu\u2019on reste dans quelque chose de plus flou. Je lui expliquais que ce n\u2019\u00e9tait pas de l\u2019ind\u00e9cence, mais \u00e0 la guerre on tue et on peut \u00eatre tu\u00e9. Notre ennemi sur ces questions-l\u00e0, c\u2019est l\u2019abstraction.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis tr\u00e8s sensible \u00e0 ce qu\u2019\u00e9crit Hannah Arendt : c\u2019est parce qu\u2019on est dans l\u2019abstraction qu\u2019on peut commettre des crimes. Autrement dit, l\u2019abstraction est un refuge pour ne pas affronter la r\u00e9alit\u00e9. Et il me semble que quand on fait un livre comme le n\u00f4tre, o\u00f9 il s\u2019agit du r\u00e9el, il faut essayer d\u2019aller jusqu\u2019au bout de ce r\u00e9el. Donc, il n\u2019est pas ind\u00e9cent de poser une telle question \u00e0 un soldat, surtout quand il le fait en notre nom. J\u2019ai essay\u00e9 d\u2019expliquer \u00e0 Jean que ce qu\u2019ils ont fait l\u00e0-bas, ils n&rsquo;en&nbsp;sont pas les seuls responsables. Ils sont responsables de leurs actes en tant qu\u2019individus, mais qu\u2019au fond, ce sont les Fran\u00e7ais qui sont avec eux l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/sites\/info.tv5monde.com\/files\/styles\/large_article\/public\/assets\/images\/Algerie_manif.jpg?itok=ZniL0mm6\" width=\"670\" height=\"473\" alt=\"Des manifestants musulmans nationalistes utilisent une voiture et un camion pour se d\u00e9placer autour de Dar Es Saada, en Alg\u00e9rie, le 11 d\u00e9cembre 1960.\"><\/p>\n\n\n\n<p>Des manifestants musulmans nationalistes utilisent une voiture et un camion pour se d\u00e9placer autour de Dar Es Saada, en Alg\u00e9rie, le 11 d\u00e9cembre 1960.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a9 AP Photo<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me sujet qui a \u00e9t\u00e9 tendu entre nous, c\u2019est la question de la torture. Comme je le disais tout \u00e0 l\u2019heure, je ne me contentais pas d\u2019interroger Jean sur ce qu\u2019il avait fait ou pas. Je voulais qu\u2019il me dise aussi pour quelles raisons il avait agi, et ce qu\u2019il en pensait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais aussi aujourd\u2019hui. Et les raisons qu\u2019il expose, je les discute en faisant appel \u00e0 l\u2019histoire. Par exemple, pour la torture, Jean me dit que tout le monde torturait, qu\u2019ils \u00e9taient jeunes, qu\u2019ils ob\u00e9issaient, que c\u2019\u00e9tait syst\u00e9mique au fond, et que personne n\u2019a protest\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi je lui dis&nbsp;: non, il y a des gens qui ont protest\u00e9. Il est vrai qu\u2019ils sont une minorit\u00e9, mais il y a notamment le g\u00e9n\u00e9ral Jacques de la Bollardi\u00e8re. Un pur produit du syst\u00e8me, saint-cyrien, plus jeune g\u00e9n\u00e9ral de sa g\u00e9n\u00e9ration, un parcours militaire absolument incroyable. Je donne cet exemple \u00e0 Jean, en disant qu\u2019il y en a qui ont choisi une autre voie. C\u2019\u00e9tait donc un sujet de discorde, car Jean s\u2019est senti jug\u00e9. D\u2019ailleurs, il n\u2019avait pas compl\u00e8tement tort, m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas mon propos. Qui suis-je pour juger les gens&nbsp;? Je voulais simplement mettre les mots sur les choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me et dernier sujet tendu concernait la question du viol<em>&nbsp;[par les hommes de Jean Varret d&rsquo;une Alg\u00e9rienne qu&rsquo;ils avaient&nbsp;faite prisonni\u00e8re, NDLR]<\/em>. En fait je ne comprenais pas la r\u00e9ponse de Jean. Ce qui m\u2019a surpris, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y ait pas beaucoup d\u2019\u00e9volution entre les ann\u00e9es 1950 et aujourd\u2019hui&nbsp;<em>[quant \u00e0 la perception de la gravit\u00e9 de ce crime, NDLR]<\/em>. Jean pensait de la m\u00eame mani\u00e8re aujourd\u2019hui que dans les ann\u00e9es 1950.&nbsp;J\u2019\u00e9tais d\u00e9\u00e7u qu\u2019il ne se dise pas 60 ans apr\u00e8s&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Je regrette de ne pas avoir plus prot\u00e9ger cette femme, de ne pas l\u2019avoir mieux entendu, et surtout de ne pas avoir dit aux personnes qui ont fait \u00e7a vous \u00eates des salopards, vous avez commis un crime contre cette femme.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mais Jean me&nbsp;trouve na\u00eff, parlant&nbsp;de choses que je ne connaissais pas, puisque je n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque. C\u2019est donc un d\u00e9saccord un peu brutal. Il est vrai que je me permets de fouiller des choses tr\u00e8s intimes. Cela a failli \u00eatre une rupture entre nous, surtout de la part de Jean.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Caution et critique de la Fran\u00e7afrique au Gabon et en Centrafrique&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : A votre arriv\u00e9e au Gabon en 1969, o\u00f9 vous allez notamment aider les mercenaires envoy\u00e9s par la France pour soutenir les rebelles du Biafra, en guerre contre le pouvoir central au Nigeria, vous d\u00e9couvrez assez vite que le pays n\u2019est pas ind\u00e9pendant&nbsp;et que le pouvoir est toujours exerc\u00e9 par les anciens colons fran\u00e7ais. Vous ferez le m\u00eame constat 15 ans plus tard en Centrafrique. Comment l\u2019avez-vous v\u00e9cu \u00e0 l\u2019\u00e9poque&nbsp;? Et quel regard portez-vous aujourd\u2019hui sur ce \u00ab&nbsp;syst\u00e8me&nbsp;\u00bb qu\u2019on appelle aussi la Fran\u00e7afrique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Varret&nbsp;:<\/strong>&nbsp;A l\u2019\u00e9poque, en 1969 au Gabon, je trouvais cela confortable. J\u2019\u00e9tais content de b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 titre personnel de la Fran\u00e7afrique m\u00eame si j\u2019\u00e9tais aussi&nbsp; choqu\u00e9. Il est certain que quand Omar Bongo m\u2019a demand\u00e9 de prot\u00e9ger l\u2019a\u00e9roport&nbsp;<em>[au pouvoir de 1967 \u00e0 son d\u00e9c\u00e8s en 2009, le pr\u00e9sident Bongo s\u00e9curisait l\u2019a\u00e9roport contre d\u2019\u00e9ventuels bombardements nig\u00e9rians, NDLR]<\/em>, j\u2019ai mis des mitrailleuses autour de l\u2019a\u00e9roport. Et le directeur de l\u2019a\u00e9roport qui \u00e9tait un Fran\u00e7ais, a tout enlev\u00e9 en disant&nbsp;: c\u2019est moi le patron. Il avait tout \u00e0 fait raison. La France avait des colons qui consid\u00e9raient que l\u2019ind\u00e9pendance n\u2019avait aucune importance.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019attendais \u00e0 ce que le pr\u00e9sident Bongo tape du poing sur la table. Mais&nbsp;il n\u2019a rien fait du tout. La cha\u00eene de hi\u00e9rarchie c\u2019\u00e9tait l\u2019Elys\u00e9e, en la personne de Jacques Foccart&nbsp;<em>[secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Elys\u00e9e aux affaires africaines et malgaches de 1960 \u00e0 1974, NDLR]&nbsp;<\/em>pour ne pas le nommer, l\u2019ambassadeur Maurice Delauney, et le petit capitaine Jean Varret. Et je m\u2019entendais dire&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;vous allez avoir un bateau qui arrive tel jour et \u00e0 telle heure, dedans il y a des munitions. Vous prenez les munitions, vous les cachez, et d\u00e8s que possible, vous les envoyez au Nigeria \u00bb<\/em>. Autrement dit, je d\u00e9couvre la Fran\u00e7afrique et j\u2019en b\u00e9n\u00e9ficie. Avec du recul, j\u2019ai trouv\u00e9 cela scandaleux.<\/p>\n\n\n\n<p>En R\u00e9publique centrafricaine, plusieurs ann\u00e9es plus tard, j\u2019\u00e9tais colonel. Et l\u00e0 aussi, le pr\u00e9sident Andr\u00e9 Kolingba&nbsp;<em>[au pouvoir de 1981 \u00e0 1993, NDLR]<\/em>, ancien lieutenant de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, se mettait au garde-\u00e0-vous quand je rentrais dans son bureau. Et je lui disais&nbsp;: vous \u00eates chef de l\u2019Etat, c\u2019est \u00e0 moi de rester au garde-\u00e0-vous. Il r\u00e9pondait&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;non, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise m\u2019a appris \u00e0 respecter un colonel, je ne suis que lieutenant, je vous salue&nbsp;\u00bb<\/em>. L\u00e0 aussi, je suis scandalis\u00e9. Voil\u00e0 un Etat ind\u00e9pendant qui n\u2019a pas pris la mesure de son ind\u00e9pendance. Kolingba a \u00e9t\u00e9 mis en place par la France et lui \u00e9tait redevable ; mais il ne consid\u00e9rait pas que son pays \u00e9tait sous sa responsabilit\u00e9. Et cela me choquait&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, je trouve cela absolument aberrant. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u00e0 encore, j\u2019en b\u00e9n\u00e9ficiais. J\u2019avais deux milles hommes sur place. On faisait la guerre contre Kadhafi, qui mena\u00e7ait l\u2019arm\u00e9e tchadienne. J\u2019aidais l\u2019arm\u00e9e tchadienne. J\u2019avais quinze avions, vingt h\u00e9licopt\u00e8res\u2026 J\u2019avais des moyens \u00e9normes install\u00e9s en Centrafrique parce qu\u2019au Tchad, les avions libyens nous bombardaient. L\u2019action que j\u2019ai pu mener contre Kadhafi, \u00e9tait possible gr\u00e2ce \u00e0 la Fran\u00e7afrique. C\u2019est scandaleux. Mais sur place, c\u2019\u00e9tait b\u00e9n\u00e9fique pour le colonel que j\u2019\u00e9tais. Et bien s\u00fbr, j\u2019ai cautionn\u00e9 cela.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : En \u00e9voquant dans votre avant-propos la g\u00e9n\u00e9ration de Jean Varret, celle dites-vous des derniers enfants de l\u2019Empire fran\u00e7ais d\u2019avant sa chute, vous \u00e9crivez&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Combien d\u2019entre eux ont seulement lu le&nbsp;<\/em>Discours sur le colonialisme<em>&nbsp;d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire&nbsp;?&nbsp;<\/em>Peau noire, masques blancs<em>&nbsp;de Frantz Fanon,&nbsp;<\/em>Ville cruelle<em>&nbsp;de Mongo Beti,&nbsp;<\/em>L\u2019Aventure ambig\u00fce<em>&nbsp;de Cheikh Hamidou Kane ou&nbsp;<\/em>Le Devoir de violence<em>&nbsp;de Yambo Ouologuem&nbsp;? Combien se sont seulement int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 cet autre, \u00e0 ces autres&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;Comment peut-on expliquer une telle absence de curiosit\u00e9, alors que les troupes coloniales et les tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais en particulier ont marqu\u00e9 cette \u00e9poque&nbsp;? Et les choses ont-t-elles chang\u00e9 depuis&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Laurent Larcher&nbsp;:<\/strong>&nbsp;Ils ne les lisent pas parce que ce ne sont pas des intellectuels. Ils ne les lisent pas parce qu\u2019au Prytan\u00e9e militaire o\u00f9 Jean pr\u00e9pare le concours de Saint-Cyr, on vire les professeurs de philosophie qui ne sont pas dans les clous. Virer Jean-Fran\u00e7ois Lyotard [accus\u00e9 d\u2019avoir donn\u00e9 des id\u00e9es marxistes notamment \u00e0 Jean Varret, NDLR]&nbsp;! On peut ne pas \u00eatre d\u2019accord avec lui, mais enfin ne pas voir que c\u2019\u00e9tait une pens\u00e9e flamboyante\u2026 C\u2019\u00e9tait une chance, en tant qu\u2019\u00e9tudiant, de pouvoir rencontrer un philosophe de ce calibre. Et qu\u2019on ait d\u00e9cid\u00e9 de le virer pour mettre je ne sais pas qui \u00e0 la place&#8230; C\u2019est absolument d\u00e9routant,&nbsp;un vertige.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que cela a chang\u00e9 aujourd\u2019hui&nbsp;? Je crains que non. Bien s\u00fbr, pas de mani\u00e8re aussi forte qu\u2019il y a 50 ans. Mais les auteurs dont je parle l\u00e0, on les conna\u00eet un peu. Mais est-ce qu\u2019on les lit vraiment&nbsp;? Ceux qui sont charg\u00e9s d\u2019aller en Afrique, est-ce qu\u2019ils prennent leurs stylos pour se plonger dans&nbsp;<em>Discours sur le colonialisme<\/em>&nbsp;de C\u00e9saire&nbsp;? C\u2019est un texte fabuleux,&nbsp;tr\u00e8s important, que les \u00e9tudiants en Afrique lisent, que nos contemporains africains lisent, du moins dans le monde universitaire, intellectuel. Mais ici, en France, dans la vie d\u2019un \u00e9tudiant moyen, je crains que non. Et c\u2019est encore plus vrai \u00e9videmment dans les \u00e9coles militaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le g\u00e9n\u00e9ral qui a dit non \u00e0 Mitterrand au Rwanda<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : En 1990, le pr\u00e9sident Fran\u00e7ois Mitterrand vous nomme chef de la coop\u00e9ration militaire. L\u2019ann\u00e9e suivante, au cours de l\u2019un de vos voyages au Rwanda, un officier sup\u00e9rieur rwandais vous confie lors d\u2019un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate au sujet des armes qu\u2019il vous r\u00e9clamait avec insistance&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Nous avons besoin de ces armes pour liquider tous les Tutsis&nbsp;: les femmes, les enfants, les vieillards dans tout le pays&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;Comment se sent-on apr\u00e8s une telle r\u00e9v\u00e9lation&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Varret&nbsp;:<\/strong>&nbsp;Cet officier sup\u00e9rieur rwandais<strong>&nbsp;<\/strong>\u00e9tait un gendarme. Et la gendarmerie va rejoindre l\u2019arm\u00e9e de terre pour liquider les Tutsis, mais aussi des Hutus mod\u00e9r\u00e9s. \u00c9videmment, je voyais arriver le massacre de centaines de milliers de personnes. Je r\u00e9pondis \u00e0 cet officier&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;qu\u2019est-ce que vous me d\u00eetes-l\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;Et il trouvait cela normal. Moi, responsable de la coop\u00e9ration militaire, responsable de tous les militaires fran\u00e7ais au Rwanda, j\u2019apprends qu\u2019il va y avoir un massacre. Imm\u00e9diatement, je vais voir l\u2019ambassadeur Georges Martres&nbsp;<em>[en poste au Rwanda de 1989 \u00e0 1993, NDLR].<\/em>&nbsp;Il n\u2019est pas sp\u00e9cialement choqu\u00e9. Je vais voir le chef de l\u2019Etat rwandais, Habyarimana, qui lui, s\u2019\u00e9nerve en me disant&nbsp;:<em>&nbsp;\u00ab&nbsp; il vous a dit \u00e7a ce con-l\u00e0&nbsp;? Je vais le virer&nbsp;\u00bb.<\/em>&nbsp;Evidemment, il ne l\u2019a pas vir\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je rentre en France, je fais un t\u00e9l\u00e9gramme \u00ab\u00a0secret d\u00e9fense\u00a0\u00bb&nbsp;que j\u2019envoie \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e, au minist\u00e8re de la D\u00e9fense&nbsp;et \u00e0 ma tutelle, le ministre de la Coop\u00e9ration. Pas de r\u00e9actions. J\u2019ai essay\u00e9 de me faire entendre, en vain. On m\u2019a \u00e9limin\u00e9 petit \u00e0 petit. Je n\u2019\u00e9tais plus invit\u00e9 dans les r\u00e9unions de crise. On faisait des voyages d\u2019information sans moi\u2026 Je n\u2019ai toujours pas compris comment des responsables autour du pr\u00e9sident Fran\u00e7ois Mitterrand, civils et militaires, pouvaient le conforter dans son id\u00e9e, qu\u2019il m\u2019avait expos\u00e9 quelques ann\u00e9es auparavant en Centrafrique&nbsp;:&nbsp;garder le Rwanda dans les pays francophones, car ils votaient pour nous \u00e0 l\u2019ONU.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : La commission Duclert, groupe de chercheurs sur le Rwanda, r\u00e9uni par le pr\u00e9sident Emmanuel Macron pour \u00e9tudier le r\u00f4le de la France dans le g\u00e9nocide contre le Tutsi, conclut \u00e0 \u00ab&nbsp;un ensemble de responsabilit\u00e9s, lourdes et accablantes&nbsp;\u00bb, au sein de l\u2019Etat fran\u00e7ais. Elle \u00e9carte cependant l\u2019id\u00e9e d\u2019une complicit\u00e9 de g\u00e9nocide. Est-ce que vous partagez ces conclusions&nbsp;? Et quelles sont selon vous, les responsabilit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Varret&nbsp;:<\/strong>&nbsp;L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise n\u2019a pas particip\u00e9 au g\u00e9nocide. Ceci \u00e9tant, j\u2019\u00e9tais parti depuis un an. Mais je connais assez de monde pour savoir ce qui se passait quand m\u00eame. Il est certain que le chef d\u2019\u00e9tat-major particulier de Fran\u00e7ois Mitterrand est fautif, son adjoint qui m\u2019a remplac\u00e9 \u00e0 la coop\u00e9ration est fautif, l\u2019ancien patron de l\u2019\u00e9tat-major de Mitterrand, devenu le chef d\u2019\u00e9tat-major des arm\u00e9es, est fautif. Je dois dire que la responsabilit\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise r\u00e9side essentiellement dans ces trois personnages que j&rsquo;ai cit\u00e9s dans mon livre.&nbsp;Les ex\u00e9cutants n\u2019ont fait que ce qu\u2019on leur demandait de faire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/info\/rapport-sur-le-genocide-des-tutsi-les-reactions-de-la-classe-politique-francaise-402305\"><strong>(Re)lire : \u00ab\u00a0Rapport sur le g\u00e9nocide des Tutsis : les r\u00e9actions de la classe politique fran\u00e7aise\u00a0\u00bb<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 mon ami Laurent Larcher, je trouve que le pr\u00e9sident Emmanuel Macron&nbsp;a eu raison de ne pas pr\u00e9senter ses excuses au Rwanda.&nbsp;Au niveau de l\u2019Etat et du politique, il ne m\u2019appartient pas de commenter. Mais en tant que militaire, je trouve qu\u2019on n\u2019avait pas \u00e0 pr\u00e9senter nos excuses.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, je pense que Macron a eu raison de pr\u00e9senter ses excuses&nbsp;aux Harkis, ces Alg\u00e9riens au service de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise&nbsp;y compris dans ses basses \u0153uvres.&nbsp;Quand de Gaulle a d\u00e9cid\u00e9 que l\u2019Alg\u00e9rie \u00e9tait ind\u00e9pendante, on nous a dit&nbsp;de partir et de laisser les Harkis. C\u2019est une faute grave.&nbsp;L\u2019arm\u00e9e&nbsp;fran\u00e7aise \u00e9tait fautive. Elle a ob\u00e9i \u00e0 cet ordre, elle n\u2019aurait pas d\u00fb le faire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/afrique\/genocide-des-tutsi-au-rwanda-la-france-face-ses-responsabilites\"><strong>(Re)lire : \u00ab\u00a0G\u00e9nocide des Tutsis au Rwanda : la France face \u00e0 ses responsabilit\u00e9s\u00a0\u00bb<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>TV5MONDE : En 2021, le g\u00e9n\u00e9ral Jean Varret a donc \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par l\u2019Elys\u00e9e \u00e0 accompagner Emmanuel Macron au Rwanda. Vous avez \u00e9galement fait le voyage \u00e0 ce moment-l\u00e0, et ensemble, vous vous \u00eates rendus sur des lieux embl\u00e9matiques comme le m\u00e9morial du g\u00e9nocide de Kigali. Quels enseignements avez-vous tir\u00e9 de ce voyage&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Laurent Larcher&nbsp;:<\/strong>&nbsp;Je suis l\u2019histoire du Rwanda depuis 1994. Ce voyage n\u2019\u00e9tait donc pas une d\u00e9couverte. En revanche, quand on va sur les lieux des massacres, il y a toujours ce vertige dont je n\u2019arrive pas \u00e0 me d\u00e9faire. Et paradoxalement, plus j\u2019y vais, plus je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 ces questions, plus le vertige est grand.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/afrique\/emmanuel-macron-au-rwanda-27-ans-apres-le-genocide-des-tutsi-410265\"><strong>(Re)lire : \u00ab\u00a0Emmanuel Macron au Rwanda, 27 ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide des Tutsi\u00a0\u00bb<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui \u00e9tait nouveau \u00e9videmment, c\u2019\u00e9tait le discours du pr\u00e9sident Macron qui l\u00e0, pour le coup, a \u00e9t\u00e9 un tournant. J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 ce virage&nbsp;et \u00e0 ces paroles qui \u00e9taient attendues par les Rwandais, notamment par les victimes. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u parce qu\u2019il n\u2019est pas all\u00e9 jusqu\u2019au bout de cette d\u00e9marche. Je regrette qui n\u2019ait pas pr\u00e9sent\u00e9 ses excuses ou demand\u00e9 pardon aux victimes, comme on l\u2019a fait pour les Harkis par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/auteur\/christian-eboule\">Christian Eboul\u00e9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Mise \u00e0 jour 12.04.2023 \u00e0 19:4<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce mois d\u2019avril o\u00f9 le Rwanda comm\u00e9more le g\u00e9nocide des Tutsis de 1994, para\u00eet en France, aux \u00e9ditions Les<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10202,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-10201","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10201","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10201"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10201\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10213,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10201\/revisions\/10213"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/10202"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10201"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10201"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dekkbi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10201"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}