Le Think tank panafricain Legs-Africa a organisé hier, mercredi 22 décembre 2021, par vidéoconférence un panel avec des acteurs de la société civile, en l’occurrence Alioune Tine, fondateur d’Afrikajom. L’objet de ce panel portait sur les enjeux démocratiques et sécuritaires des élections territoriales. Ainsi, ces acteurs de la société civile ont été invités à se prononcer sur ce qui pollue le climat politico-social, ces dernières années au Sénégal. Alioune Tine a livré pour sa part un diagnostic sans complaisance de la situation.

Longtemps réputé îlot de paix, le Sénégal risque de sombrer dans une situa- tion fortement préjudiciable à sa stabilité politique et sociale. Et selon Alioune Tine, fondateur d’Afrikajom Center, ce climat po- litico-social délétère au Sénégal relève de l’exaspération du fait partisan qu’on remarque dans l’Etat et dans les recrutements au sein de l’Etat.

« Et je pense qu’on commence à voir tout à fait les effets pervers. Vous êtes PDG, vous êtes directeur des domaines en même temps, vous faites de la politique alors que vous gérez notre argent. Vous savez, il y a quand même une ligne de conduite par rap- port aux finances publiques de- puis Senghor. On se disait, vous avez assez à faire ».

Et de faire savoir de suite que cette posture, s’il a été plus ou moins respecté sous Wade est tout à fait piétinée avec le régime actuel.

« Avec Macky Sall, quand vous regardez dans les régions, ce sont des inspecteurs des impôts, des finances qui font de la politique. Je pense qu’il faut ré- fléchir à cela ».

De même, le fondateur d’Afrikajom Center indexera le fonctionnement de la justice.

« Le fait politique, on le sent dans la justice, parce qu’en réalité, il n’y a pas de rupture sur le plan structurel quand le procureur de la République est obligé de prendre des instructions auprès du ministre de l’Intérieur ou du président de la République, et surtout quand il s’agit des dossiers politiques », a martelé M. Tine.

Par ailleurs, poursuit-il, « Il faut également au niveau de la démocratie et de l’espace civique, respecter quand même les libertés constitutionnelles. Très souvent, vous demandez à manifester, le préfet dit non et puis, c’est terminé. Pourtant, on a un juge des référés. C’est lui, le juge qui peut interdire une manifestation. Et j’ai l’impression qu’on n’a pas en- core le réflexe d’aller saisir le juge des référés. Mais aussi, le préfet fait de telle sorte que vous n’avez pas le temps d’aller saisir le juge ».

Et de poursuivre : « Le problème aussi, c’est qu’en politique, vous aviez des hommes politiques qui représentaient sociologiquement une base. Il y avait de la gauche, il y avait la droite etc. Ils avaient une vision. Ils avaient une idéologie. Mais aujourd’hui, quand vous regardez à la loupe, il n’y a plus de base sociale. Il n’y a plus d’idéologie. D’ailleurs, ce n’est même pas des partis, parce que les partis, ça ne marche plus. Alors, le résultat est que vous êtes obligés d’être en coalition. Vous êtes en coalition, pourquoi ? Une fois que vous gagnez, vous vous partagez les postes. Vous vous partagez les ressources. Même en cas d’alternance, on a des alternances sans alternatives. En 2000, on a eu une alternance, à la fin ça s’est terminé comment ? En 2012, on va vers l’alternance et aujourd’hui, les gens n’ont jamais été autant découragés et déçus. Le climat, que ce soit politique, social, économique, est un climat qui est sombre », a-t-il conclu.

OUSMANE GOUDIABY (STAGIAIRE)