PESANTEURS SOCIALES, TABOU, CODE DE LA FAMILLE, ARRANGEMENTS…Comment éradiquer les violences contre les femmes

La campagne des 16 jours d’activisme pour mettre fin à la violence contre les femmes démarre demain. Hier, les initiateurs ont rencontré la presse pour une sensibilisation, afin de toucher une partie importante de la population. Ils ont d’ailleurs listé quelques défis qu’ils comptent relever cette année, pour venir à bout de ce phénomène.
Le Sénégal prépare la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre envers les femmes et les filles. L’évènement, qui sera célébré le 25 novembre prochain, sera placé cette année sous le thème ’’Mettre fin dès maintenant à la violence à l’égard des femmes’’.
Ainsi, partant de l’actualité qui met au-devant de la scène l’affaire du présumée viol des miss après des années de mutisme, les organisateurs se fixent comme défis, entre autres, de lutter contre la culture de non-dénonciation dans ces situations, ainsi que le silence des témoins, alors que dans ces cas, les membres de la famille devraient, à leurs yeux, être les premiers à se lever pour défendre leur enfant. Les initiateurs de la campagne pensent, en outre, que le phénomène est exacerbé par une prédominance des arrangements, les pesanteurs culturelles et religieuses qui renforcent le tabou, ainsi que la problématique de la prise en charge médicale et la formation des forces de sécurité qui reçoivent ces victimes.
Toujours au chapitre des défis, il s’agira également de la révision de certaines lois relatives au Code de la famille et qui ne sont pas à l’ordre du jour. La directrice de la Famille au ministère de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’enfance est, à cet effet, revenu sur l’état de lieu des violences à l’égard des femmes au Sénégal. A ce propos, Dr Fatou Faye Dème évoque une étude réalisée en 2014 au Sénégal avec des partenaires comme ONU Femmes sur la situation de la violence. Il ressort des statistiques que les violences dans les ménages sénégalais constituent 55,3 % et la région de Diourbel vient en tête avec 72 % des cas, contrairement à la capitale du Nord, Saint-Louis, qui enregistre le plus faible taux estimé à 41,10 %,
‘’Dans le classement, Diourbel est suivi par Fatick. Il faut aussi noter que 24 % des femmes ont été excisées avant l’âge de 15 ans. Et une femme sur trois est victime de mariage précoce dans les régions de Kolda, Tambacounda et Matam. Et les acteurs de cette violence sont à 62 % constitués par des hommes, alors que l’âge des victimes, majoritairement composées de femmes et de filles, est comprise entre 20 et 40 ans’’, relate Mme Dème. Elle promet d’ailleurs une enquête nationale contre les VBG d’ici la fin de l’année.
 Les causes de ce phénomène résultent, entre autres, dit-on, de la pauvreté, la persistance de certaines coutumes comme l’excision, la méconnaissance des lois, la discorde au sein des familles, la discrimination, l’exclusion sociale, mais également la marginalisation… La journée d’hier a servi aux organisateurs de tenir un cadre de travail avec les acteurs de la presse qui, à leur tour, vont mener une sensibilisation auprès des populations et des communautés. ‘’Il faut également parler des impacts de cette campagne pour voir s’il y a un suivi, si ces impacts ont été mesurés. Il a aussi été question de l’état des réalisations en termes d’actions. Je crois qu’il faut féliciter les victimes qui dénoncent ces faits et encourager les autres à le faire’’, indique la directrice de la Famille.
Enquête nationale sur les VBG 
D’après son analyse, il est important que les acteurs qui parlent de cette problématique soient mieux formés afin qu’ils puissent communiquer et arriver à faire changer certains comportements. ‘’Le ministère est le maitre d’œuvre de ces jours d’activisme. Il va, dans ce sens, lancer la campagne de ces 16 jours. Nous avons des cibles différentes dont la presse, les acteurs communautaires, les ASC,  les acteurs même de la prise en charge, etc. Le Sénégal s’est engagé à avoir des données fiables à mettre en place un système national de gestion des données et le ministre va lancer la phase pilote’’, a informé Mme Dème.
La directrice régionale d’ONU Femmes Afrique de l’Ouest et du Centre estime, pour sa part, que les faits de société de ces derniers jours montrent que les violences faites aux femmes sont une réalité au Sénégal. Oulimata Sarr reconnait qu’il était important que le Sénégal se dote d’une loi qui criminalise le viol, même si elle trouve que cet acquis est insuffisant. Madame Sarr reste ainsi convaincue qu’il faut réunir plusieurs conditions afin de faire bouger les lignes. A cet effet, elle évoque une réglementation adéquate, le renforcement de la capacité des acteurs, un financement des activités.
D’après son constat, il n’y a pas assez d’argent alloué à cette problématique. ‘’C’est notre rôle de faire ce plaidoyer pour que les ressources conséquentes soient allouées au ministère chargé de la femme au Sénégal. Il faudra également voir comment disséminer l’information, s’assurer que tout le monde est au même niveau d’information par rapport au standard et le dernier pilier : c’est l’accès au service de prise en charge’’, croit savoir Mme Sarr.
 D’après la directrice d’ONU Femmes Afrique de l’Ouest et du Centre, les études menées par leur organisation montrent qu’une femme sur trois est victime de violence par un partenaire intime. Ce qui constitue des chiffres alarmants qui nécessitent une mobilisation des ‘’troupes’’. ‘’Nous tous, nous rêvons d’un monde plus juste, égalitaire, d’un monde où les femmes se sentent en sécurité. Nous avons besoin d’alliés qui sont les communicants, les influenceurs, les autorités…’’.
HABIBATOU TRAORE

ENQUETEPLUS

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *