Diplomatie: la Turquie et les Émirats arabes unis sur la voie de la réconciliation

Possible réconciliation en vue entre Ankara et Abou Dhabi. Après des années de tensions entre les deux capitales, le prince héritier des Émirats arabes unis Mohammed ben Zayed est attendu ce mercredi 24 novembre par le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Cette visite à Ankara de Mohammed ben Zayed, la première en dix ans, doit officialiser le réchauffement des relations turco-émiraties qui reviennent de loin. En effet, les relations entre Ankara et Abou Dhabi se sont dégradées progressivement à partir des « Printemps arabes », quand la Turquie s’est mise à nourrir des ambitions de puissance dans sa région et dans le monde musulman en général.

Les deux pays se sont retrouvés dans des camps opposés au moment du renversement en 2013 du président égyptien Mohamed Morsi, qui était soutenu par la Turquie ; puis à partir de 2017, avec la crise opposant plusieurs pays du Golfe au Qatar, le principal partenaire de la Turquie dans sa région.

Plus récemment, c’est en Libye qu’Ankara et Abou Dhabi se sont indirectement affrontés, Ankara ayant pris fait et cause à partir de 2019 pour le Gouvernement d’union nationale basé à Tripoli. Pour ne rien arranger, des officiels turcs ont accusé les Émirats arabes unis d’avoir financé la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016.

Pourquoi ce rapprochement aujourd’hui ?

Il faut lire ce rapprochement dans un contexte plus général qui voit la Turquie essayer de réparer ses relations avec d’autres puissances régionales : l’Égypte, l’Arabie saoudite, Israël. Depuis environ un an, avec l’arrivée de Joe Biden à la tête des États-Unis, les graves difficultés de l’économie turque et l’isolement croissant de la Turquie dans la compétition énergétique en Méditerranée orientale, le pays du président Recep Tayyip Erdogan mène une politique de la main tendue.

Et les plus réceptifs à ces efforts d’apaisement semblent être les Emirats arabes unis, malgré les suspicions mutuelles. Ankara a d’autant plus intérêt à renouer avec les Emirats que ces derniers abritent sur leur sol le chef mafieux Sedat Peker, qui avait défrayé la chronique au printemps dernier en publiant sur YouTube des vidéos compromettantes pour le pouvoir turc. Sedat Peker n’a rien publié sur son compte depuis début juillet. Il a affirmé faire l’objet de pressions de la part des autorités d’Abou Dhabi.

Avantage économique pour la Turquie

C’est l’une des principales motivations de Recep Tayyip Erdogan. Ankara espère développer ses relations commerciales avec le riche royaume des Emirats. Le volume des échanges bilatéraux avait frôlé les 15 milliards de dollars en 2017, avant d’être divisé par deux les années suivantes, sur fond de crise avec le Qatar. Le montant des exportations de la Turquie a notamment été divisé par trois.

Le président Erdogan a aussi insisté publiquement et à plusieurs reprises ces derniers mois sur les investissements que les Emirats arabes unis pourraient réaliser en Turquie. Abou Dhabi s’intéresserait en particulier à l’industrie de défense turque, très dynamique ces dernières années. Les investissements espérés par la Turquie se chiffrent en milliards, voire en dizaines de milliards de dollars.

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