Pendant 16 jours, le monde sera coloré en orange, pour la Campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes. L’évènement intervient au moment où le Sénégal enregistre plusieurs cas de violences envers des femmes et filles. Mais au-delà de ces cas bien médiatisés, il s’agit d’un problème endémique qui sévit très fortement dans des régions comme Diourbel, qui présente un pourcentage de 72%.

Par Mame Woury THIOUBOU – Comme chaque année, pendant 16 jours, les femmes vont «oranger le monde». Mais, la campagne contre les violences faites aux femmes prend, cette année, une dimension urgente. Le slogan en est l’illustration : «Mettre fin, dès maintenant, à la violence à l’égard des femmes !» L’actualité sénégalaise est malheureusement venue opportunément rappeler l’urgence qu’il y avait à mettre un terme aux violences que subissent les femmes. L’affaire du viol suivi de grossesse subi par la Miss Sénégal 2020, l’affaire du triple infanticide du Dr Paye, l’affaire de cette jeune fille de 13 ans violée par un lutteur et dont les images circulent sur la toile sont autant d’évènements violents qui frappent des femmes. Mais ces cas ne sont que les plus médiatisés. Dans les foyers, les quartiers et les communautés les plus reculées, les violences faites aux femmes sont une réalité. En atteste la cartographie faite par la directrice de la Famille. Selon Fatou Faye Dème, une étude menée par le Groupe d’études et de recherches sur les sociétés et le genre (Geste) de l’université Gaston Berger de Saint Louis en 2014, a permis de mesurer la prévalence des violences domestiques, avec un taux moyen de 55,3%. Mais ce pourcentage cache des disparités, puisque la région de Diourbel comptabilise les chiffres les plus élevés, avec 72%, contre 41,8% pour Saint Louis, le chiffre le plus bas. Et ces chiffres montrent surtout qu’à 62%, ce sont des hommes qui sont responsables de ces violences. Et le défi dans ces situations reste de vaincre les codes sociaux qui poussent généralement les victimes à ne pas dénoncer leurs bourreaux. Des familles choisissent également le silence pour éviter d’être exposées. Et la récente affaire de Miss Sénégal en est une parfaite illustration. C’est alors que l’enfant issu de son viol va sur ses 5 mois que Fama Dione, Miss Sénégal 2020, et sa maman ont trouvé les ressources nécessaires pour dénoncer le calvaire vécu par la jeune fille. Et plusieurs jours après la dénonciation, difficile de dire si une plainte a été introduite par la famille dont, selon les dires de Fama Dione, le père ne voudrait pas d’une action en justice.
La campagne des 16 jours d’activisme démarre tous les ans le 25 novembre, qui marque la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Selon les chiffres de Onu Femmes, en 2020, 35% des femmes ont subi, au moins une fois, des violences physiques et ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ou d’une autre personne. La même source indique que chaque année, 137 femmes sont tuées par un membre de leur famille. «Des chiffres alarmants», selon la directrice Afrique de l’Ouest et du Centre d’Onu Femmes, Mme Oulimata Sarr. Au Sénégal, les enquêtes montrent que 24% des femmes de 15 à 49 ans sont excisés avant 15 ans et que le 1/3 des filles est marié avant 15 ans, avec des zones de fortes prévalences atteignant 60% à Kolda, Tamba et Matam. Outre les violences sexuelles et pratiques culturelles néfastes, les femmes subissent des violences économiques, notamment des refus de payer la pension ou refus de prise en charge. La pauvreté et une structure sociale patriarcale qui favorise la domination des hommes sur les femmes, l’analphabétisme et la méconnaissance de leurs droits et l’absence de la culture de la dénonciation, sont quelques-unes des raisons à cette forte prévalence. Et souligne Mme Sarr, «les 16 jours d’activisme sont un moment de mobilisation, qui permet de mettre le sujet en avant, même si le travail se fait au quotidien pour changer les normes sociales». Plusieurs activités sont prévues durant ces journées de mobilisation, à travers tout le pays. Le Groupe Daara J Family, qui soutient la mobilisation, a présenté une nouvelle production Women, qui dénonce les violences faites aux femmes. Le clip a été diffusé hier, à l’occasion du petit déjeuner de presse organisé par Onu Femmes.
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