Expo la galerie Arte

 : Le voyage musical sans visa de Pascal Nampémanla
Entre l’artiste plasticien Pascal Nampémanla Traoré et la musique, c’est une vieille histoire. Durant son enfance, il adorait écouter des chansons sur des disques vinyles. Aujourd’hui, il collectionne ces objets devenus vintages et qui l’ont inspiré pour son exposition « Visa pour la musique ». Des œuvres visibles du 15 octobre au 15 novembre 2021 à la galerie Arte, à Mermoz Pyrotechnie.

Quinze artistes et autant d’icônes de la musique. De Bob Marley à Miles Davis, en passant par Myriam Makéba, Joséphine Baker, Ali Farka Touré, Fela Kuti, Manu Dibango, Ray Charles…, l’artiste visuel ivoirien résidant à Dakar, Pascal Nampémanla Traoré, a réalisé une galerie de portraits assez originaux pour son exposition intitulée « Visa pour la musique ». Ces musiciens noirs ne sont pas choisis au hasard. Ils ont tous un point commun car, comme le souligne l’artiste, au-delà de leurs talents, ils se sont engagés en tendant la main aux autres, en prenant des risques et en bouleversant l’ordre établi. « Chez moi, j’ai une centaine de disques vinyles et ça me rappelle mon enfance. J’’écoutais de la musique chez mon oncle et chez ses amis », se souvient-il. L’expo est née de sa rencontre avec Joëlle le Bussy, propriétaire de la galerie Arte, qui lui a demandé de « faire quelque chose sur la musique ». Un projet qu’il voulait à la fois ludique et quelque peu didactique. Des classiques tels que « Blue in green » de Miles Davis, « Unchain my heart » de Ray Charles, « Partida » de Cesaria Evora, « Ne me quitte pas » de Nina Simone ou « Natural mystic » de Bob Marley constituent les titres des œuvres. « Je m’amusais à poster et en commentant des pochettes de disques anciens sur ma page Facebook. Et je me rendais compte que je me replongeais dans ces musiques avec des artistes qui ont marqué l’histoire par leur style et leur engagement. A mon avis, une part du travail de l’artiste c’est aussi de bousculer l’ordre établi et les conventions. Au-delà de sa création, l’artiste prend position sur des questions politiques, économiques, sociales. Certains d’entre eux, à l’image de Fela, Myriam Makeba ou Bob Marley, ont même poussé très loin leur engagement politique », explique Pascal Nampémanla. Au-delà de leur musique, de nombreux artistes observent le monde et posent une réflexion profonde, même s’il ne s’agit pas toujours d’un engagement flagrant. Sur un autre registre, une légende comme Michael Jackson a bousculé les codes et révolutionné la manière de réaliser des clips, rappelle-t-il.

PROJET PLURIDISCIPLINAIRE 

Béret noir au-dessus de longs dreadlocks, lunettes d’intello et barbiche poivre-sel, Pascal Nampémanla Traoré porte bien ses 50 ans. Ce natif de Katiola, près de Bouaké, en Côte d’Ivoire, a fait son trou dans le monde des plasticiens depuis sa sortie de l’Ecole nationale des Beaux-arts d’Abidjan. Ses portraits rappellent parfois le travail du doyen Mballo Kébé sur les musiciens de jazz, mais se démarquent par la technique et les matériaux utilisés. Lui, s’est servi de tampons, ces fameux cachets apposés sur les pages des passeports ou les documents administratifs. Cela crée un contraste avec les fonds bleus, verts, jaunes ou oranges en arrière-plan, avec comme support du papier ciment récupéré sur un chantier de construction, de l’encre et de la peinture acrylique. « Les musiciens ont toujours inspiré les plasticiens, ils vivent dans deux mondes interconnectés et fréquentent les mêmes milieux. Certains artistes écoutent de la musique en travaillant et en tirent parfois leur inspiration. De nombreux peintres ont réalisé des portraits de musiciens connus, mais ce qui change c’est la technique utilisée », reconnaît-il.

Sa technique à lui est faite de gestes répétitifs avec le tampon, à l’image d’un ouvrier ou d’un un musicien jouant une partition avec les mêmes notes, les mêmes mélodies. « J’ai vécu ce moment où j’ai fait des milliers de tampons pour arriver à trouver une forme qui se dessine, qui se révèle », avoue Pascal Nampémanla Traoré. Il fait sienne cette phrase de l’écrivain algérien Yasmina Khadra qui, dans « Les hirondelles de Kaboul », dit que la musique est le véritable souffle de la vie : « On mange pour ne pas mourir de faim. On chante pour s’entendre vivre… ». Son expo est une invitation à un voyage sans visa. « La musique n’a jamais eu besoin de visa pour aller toucher les cœurs », affirme-t-il. Actuellement, il travaille sur un projet multiforme et pluridisciplinaire en vue de la prochaine Biennale des Arts de Dakar. « Je veux réaliser un travail très diversifié et qui me reflète parce que je n’aime pas les cloisonnements entre les arts. Pour moi, l’artiste doit être sensible à toutes les pratiques. Même si le médium peut changer, il suffit de pouvoir l’apprivoiser, de s’en servir pour exprimer ce qu’on a envie de dire », note-t-il. Son objectif n’est pas de changer le monde, mais d’y poser un regard critique pour mieux le comprendre.

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