Confinements et addictions: des jeux d’argent en ligne aux effets délétères

En France, près de deux millions de joueurs ont un comportement addictif aux jeux d’argent en ligne, selon l’Autorité nationale des jeux. La période de crise sanitaire et les confinements n’ont fait qu’accentuer ce phénomène aux effets délétères sur notre santé physique et mentale, alertent de nombreux psychiatres addictologues.

La crise sanitaire et ses confinements successifs ont influencé les pratiques des joueurs en ligne, évalue un rapport commandé par l’Autorité nationale des jeux auprès de l’organisme d’études Harris Interactive. Si les familiers des jeux d’argent ont très peu modifié leurs comportements en cette période de pandémie, l’étude pointe l’arrivée en masse de nouveaux joueurs. Notamment des hommes jeunes qui s’adonnent aux paris sportifs, hippiques, se lancent dans des parties de poker et fréquentent assidument les plateformes web de casinos en ligne.

Une addiction aux jeux d’argent en ligne qui s’explique d’abord par le fait de disposer de davantage de temps libre, affirment les personnes interrogées qui réfutent l’idée même d’une quelconque dépendance. Lutter contre l’ennui ou bien encore la nécessité de se changer les idées dans ce contexte de grave crise épidémique figurent parmi les arguments massues qu’expriment de nombreux internautes.

« Parce qu’au fond de nous, nous ne sommes pas bien… »

Mais la limite entre une pratique récréative et une véritable addiction est extrêmement tenue, précise le Dr Christophe Cutarella, spécialiste en addictologie et membre du collège scientifique de la Fondation des établissements d’hospitalisation privée, Ramsay Santé. « Quand on passe beaucoup de temps derrière un écran, que ce soit pour travailler ou pour jouer, forcément à la longue cela va être néfaste. Cette crise sanitaire a accentué les addictions parce qu’au fond de nous, nous ne sommes pas bien, explique-t-il. Nous ne pouvons pas vraiment sortir donc nous allons tout faire en virtuel avec notre téléphone qui est à portée de main ou notre ordinateur. »

« Par ailleurs, et pour ne rien arranger, poursuit le spécialiste, de nombreuses pubs en ligne nous invitent constamment aux jeux d’argent. La période que l’on traverse va avoir des répercussions tant physiques que mentales, comme une prise de poids ou une envie incontrôlable de jouer toujours plus. Et puis il y aura des conséquences à plus long terme, des défauts d’acquisitions chez les enfants ou le fait de renoncer à sortir pour faire du sport et se remettre en forme… Mais du point de vue du psychiatre et de l’addictologue, je constate que les conséquences de la crise sanitaire sur notre santé mentale sont déjà là. »

Hormis les problèmes d’addiction, plusieurs études publiées en mars 2021 font état des effets néfastes des confinements sur la santé mentale des citoyens. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques qui a réalisé une étude pendant le confinement du printemps 2020 délivre un constat sans appel : une personne sur sept a présenté un syndrome dépressif grave à l’issue de ce premier confinement. Les femmes et les jeunes ont été les plus touchés par cette déprime généralisée.

Une tendance qui risque de s’amplifier avec la fermeture des écoles et les restrictions étendues à toute la France métropolitaine annoncées mercredi 31 mars par Emmanuel Macron. Le président compte maintenant sur une arrivée massive de vaccins en avril pour en finir avec cette crise sanitaire qui nous affecte tous depuis plus d’un an.

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