DIALOGUE POLITIQUE AU SENEGAL – Les vérités du président Macky Sall 

Le musée des Civilisation noires a accueilli la cérémonie du prix Macky Sall pour le dialogue en Afrique. Parrain de l’événement, le président de la République en a profité pour brandir ses exploits en matière de dialogue à l’échelle nationale.

 

Rien de mieux qu’une cérémonie dédiée au dialogue pour montrer les prouesses réalisées par le dialogue national. En tout cas, le président de République s’est prêté à cet exercice à cœur joie. Pour Macky Sall, le ralliement des opposants Aissata Tall Sall, Omar Sarr, Jean-Paul Dias et Idrissa Seck est la preuve que le Sénégal est un pays de dialogue. Le dernier cité a, d’ailleurs, à huit reprises, opéré une standing ovation en signe d’approbation. Le président soutient que ‘’le résultat de ce dialogue, on le voit, c’est l’apaisement de la situation politique du Sénégal. Parfois, on s’étonne de l’exception sénégalaise. Mais le fondement, c’est que le Sénégal est un pays de dialogue. Regardez Monsieur Idrissa Seck, aujourd’hui présent dans cette salle, qui était un adversaire, un sérieux adversaire. Eh bien, il a fallu du courage pour que nous nous parlions. Ce n’était pas évident. Nous avons parlé pendant plusieurs mois pour le Sénégal’’.

Ragaillardi par un tonnerre d’applaudissements, il poursuit : ‘’Le dialogue, pour moi, ce n’est pas une question de politique politicienne. C’est une question de réalisme. Je remercie ceux qui, comme lui, ont eu le courage de dialoguer. Quel président n’aimerait pas avoir avec lui le deuxième de l’élection présidentielle ? Il y a des anciens candidats avec lesquels je suis en discussion. En tout cas, pour l’essentiel, ce n’est pas un secret. Cela fait plus de 85 % de l’électorat qui se retrouve dans la majorité. Qui n’aimerait pas ça ?’’.

Son allocution aux allures de discours de campagne n’a pas épargné son fervent adversaire. ‘’Certains pensent, à tort, que dialoguer, c’est renoncer à ses convictions et céder à la faiblesse. En réalité, c’est le dialogue et non le radicalisme qui rétablit la confiance, réduit la distance et favorise l’entente et la coexistence pacifique. C’est le dialogue et non le radicalisme qui sème la graine de l’espoir. ‘Pour que la graine porte le fruit, il faut en quelque sorte y renoncer’, disait Amadou Hampaté Ba. Le semeur renonce à sa graine en la mettant en terre, parce que sa foi en la nature est plus grande que la petite graine qu’il enterre’’.

25 points de convergence sur le dialogue

Par ailleurs, le leader de l’Alliance pour la République se félicite du fait que sur les 27 points de discussion du dialogue national, 25 aient déjà trouvé un consensus. ‘’Les points posés par l’opposition ont été intégralement pris en charge par le dialogue politique. Il ne fallait pas s’interroger sur la convergence qui devait aboutir à la fin de ce dialogue. Ces deux points sont mineurs, pas dans leur contenu, mais parce que nous n’avons pas voulu diviser l’opposition qui avait des positions divergentes sur le statut du chef de l’opposition. A ce niveau-là, il n’y avait pas de consensus’’, explique-t-il.

Quant à la question relevant du chef de l’Etat à la fois président de parti politique, Macky Sall entend maintenir sa posture d’antan : ‘’Le chef de l’Etat n’est pas un putschiste qui est arrivé au pouvoir par les armes ! Il arrive au pouvoir par la dissuasion, la politique, le contact avec les citoyens. Alors, dire à cet homme de rompre avec cela, c’est lui couper le cordon qui le relie à son peuple. Cela n’a pas de sens. Un président doit être politique avant tout’’.

A l’en croire, l’audit du fichier électoral devrait démarrer incessamment, avec la participation de toutes les composantes politiques, de même que l’évaluation du processus électoral et des accords nés de ce dialogue.

‘’Notre dialogue n’est pas que politique’’

Et le président d’affirmer : ‘’J’ai une majorité confortable pour gouverner, une majorité confortable à l’Assemblée nationale. Mais dès lors qu’il y a eu des critiques sur le processus électoral, je dis : dialoguons, venez et discutons. Nous avons pu, par le dialogue, renforcer la démocratie sénégalaise, ajoute-t-il. Notre dialogue n’est pas que politique, il a également été économique, social et il n’était pas question de deal. Il faut qu’on revienne à des fondamentaux et moi, je continuerai à dialoguer. Je crois à la vertu apaisante du dialogue.’’

Selon le président, le contrat social demande à chacun de prendre soin de son prochain, car l’homme est un remède pour l’homme. ‘’La paix est au corps social ce que la santé est pour le corps humain. On ne peut véritablement l’apprécier que quand on la perd’’, renchérit-il.

Le terrorisme dans le Sahel, le périple de récession des ressources naturelles sont, de son point de vue, autant de défis sur lesquels les leaders africains devraient concentrer leurs efforts.

A ces défis majeurs, s’ajoute la problématique du vaccin contre la Covid-19. ‘’Quel est le pays africain qui a déjà payé le vaccin ?’’, interroge Macky Sall. Qui affirme que ‘’c’est hors de portée, ce n’est pas dans nos capacités, objectivement. Est-ce pour autant que nous devons rester sans vaccination ? Est-ce que cela est acceptable pour l’humanité ?’’. Il est d’avis que le long traumatisme des 500 ans d’esclavage et de colonisation a fortement impacté sur le développement des Africains. Toutefois, les pays d’Afrique doivent ‘’ lutter sur plusieurs fronts pour bâtir l’Etat-nation. Il nous faut résoudre les différends transfrontaliers hérités du partage colonial chaotique’’.

Il en appelle à une union des énergies pour que ces défis ne puissent s’accommoder d’aucune instabilité qui disperse force et intelligence.

 ‘’Elle mérite le prix Macky Sall, car…’’

Le prix Macky Sall pour le dialogue en Afrique a été lancé en juin 2016, pour encourager les initiatives de dialogue sur le continent. Pour l’année 2019, le choix s’est porté sur Son Excellence Mama Ngina Kenyatta, veuve du premier président du Kenya, Jomo Kenyatta, et mère du président Uhuru Kenyatta. ‘’Cette cérémonie est symbolique par la personnalité de la lauréate. Elle a su faire vibrer sa fibre maternelle pour maintenir la paix dans son pays. Nous distinguons une illustre dame pour son rôle dans le dialogue au Kenya. Elle est hors catégorie. Seule la force de son instinct maternel a pu guider son action. Cette femme a réuni son fils Uhuru et son adversaire Raila Odinga, en leur demandant de faire la paix au nom du Kenya. Cela a sauvé des milliers de vies, quand on sait ce qui allait se produire au Kenya. Elle mérite le prix Macky Sall, car elle a su apaiser les cœurs, calmer les esprits, réconcilier et aider le Kenya a surmonté la crise post-électorale de 2017. C’est une formidable leçon pour l’Afrique’’, déclare le parrain du jour.

Ayant instauré le 28 mai, Journée nationale du dialogue, Macky Sall entend maintenir son ancrage dans le dialogue : ‘’Pour ma part, le dialogue est une vertu et je considère que le dialogue est l’arme des forts, contrairement à ce qu’on peut penser. Depuis mon accession à la tête du pays, j’ai instauré le dialogue comme un mécanisme permanent avec les acteurs sociaux et politiques.’’

L’initiative de ce prix est née du Centre indépendant de recherche et d’initiatives pour le dialogue (Cirid) qui est une institution d’alerte précoce, de médiation et de dialogue dans des contextes de crise socio-politique, particulièrement en Afrique. Il est doté d’une enveloppe annuelle symbolique de 50 000 euros. Le prix a été décerné la première fois, en 2017, à l’empereur des Mossis du Burkina Faso. Le Cirid a été créé en 1996 à Genève par le Burundais Déo Hakizimana. Il considère le président Macky Sall comme un exemple palpable de l’importance du dialogue. D’où le choix du président sénégalais pour nommer le prix.

Il explique que tout est parti de l’instauration du dialogue national, ‘’en l’absence de crise de foule, spontanément. Cela nous a particulièrement touchés. En plus de cet aspect, poursuit Déo Hakizimana, le Sénégal est l’un de ces rares pays africains n’ayant jamais connu de coup d’Etat, ni de guerre civile et le président Macky Sall s’est, à maintes reprises, engagé dans des médiations internationales chez ses voisins africains’’.

EMMANUELLA MARAME FAYE

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