Lettre ouverte : « Monsieur le Président, il est encore temps de remettre la Casamance sur les rampes de l’Espoir » (Par Pape Sané)

Monsieur le Président,

Vous m’excuserez d’utiliser cette formule peu protocolaire pour vous parler. Je ne pouvais m’empêcher de mettre à profit cette insomnie soudaine due à la perte d’un jeune frère, d’un confrère, d’un valeureux sénégalais et digne enfant de la Casamance qui, régulièrement, aimait profiter de mon « expérience » de la vie pour me poser des questions sur cette belle région qu’il chérissait tant et qui l’a vu en cette journée de mercredi , partir sur la pointe des pieds. L’heure de la mort de Lamine Sagna, brillant professeur et méticuleux journaliste, n’est pas anodine pour ceux qui le connaissent. Car, c’est à cette heure que Lamine aimait arpenter l’avenue Javelier où à chacun de mes séjours, il m’amenait siroter les jus locaux d’un tout petit restaurant.

Monsieur le Président,

Durant ces moments, mon jeune confrère aimait m’interroger sur le drame de cette belle région et last but no least, sur ce qu’elle est en train de devenir après 60 ans d’indépendance du Sénégal et près de 38 ans d’une rébellion qui à ce jour, n’aurait semé que désolations, misères et rancœurs. Et à chacun de nos échanges, je lui promettais de vous en parler , vous le président qui aura réussi à asseoir un climat de paix. Est-ce simplement de la Baraka ou étiez vous destiné à être l’homme providentiel par qui la paix allait débuter.

A mon humble avis, tout vous y prédestinait Monsieur le Président. Votre naissance au cœur du Sine considéré comme le royaume jumeau ou même le prolongement de l’Empire du Gabou, le cousinage à plaisanteries entre Sérères et Diolas qui est une réalité socioculturelle et enfin, votre présence en 2004 lors de la signature des accords de paix de 2004 dits « Foundiougne 1 ».

A cette occasion, tout nouveau Premier ministre, une image n’a cessé de s’afficher devant mes yeux à chaque fois que j’essayais de revoir les contours de votre réussite dans ce dossier où tous vos prédécesseurs ont lamentablement échoué. Cette image c’est le moment où venu présider la cérémonie, vos Conseillers d’alors vous avaient subtilement « interdit » de prendre la parole laissant ce soin à votre Ministre de l’intérieur d’alors.

Ce geste insignifiant soit-il, vous a permis de gagner en estime pour ceux qui comprenaient que cette messe de Foundiougne était juste un spectacle pour soutirer encore de l’argent à un état qui n’avait pas toujours compris que la politique de la mallette était le premier vecteur de cette guerre larvée. Pour référence, le livre du Colonel Abdoulaye Aziz Ndao (Pour l’honneur de la Gendarmerie).

Pour rappel, ’Foundiougne 1 s’était déroulé en deux phases. Il y a eu la phase mystique à Bahada, avec la présence de Bertrand Diamacoune Senghor qui a été rebaptisé Diégane Senghor, un très grand saltigué de la zone, a rappelé le conseiller en communication du Cosalogue.

Bertrand Diamacoune Senghor, frère de l’Abbé Diamacoune, figure spirituelle du MFDC, avait déclaré ceci : « Il y a des gens qui reviendront ici pour la paix en Casamance. Malheureusement, ils ne me trouveront pas, mais facilitez leur la tâche et retournez à Bahada. » Selon lui, « la paix en Casamance ne viendra ni de la politique encore moins de l’argent. La paix en Casamance a une solution mystique et culturelle dont la clé se trouve dans le Logue. A Foundiougne 1, joola et sereer avaient communié ensemble et avaient pris des décisions ».

Monsieur le Président,

Pour avoir raconté toutes ces péripéties à mon jeune confrère Lamine Sagna, il ne cessait de s’intéresser et de prier pour un retour définitif de la paix en Casamance. Une chose possible car , entre 2012 et aujourd’hui, les faits l’ont démontré. Touchons du bois. Mais, pour avoir réussi à ramener cette concorde, il reste néanmoins la partie la plus importante M. le Président.

En effet, il reste l’accompagnement de cette paix par des investissements forts et une politique d’appartenance nationale d’abord et économique ensuite. Car, aujourd’hui, la Casamance rêve d’infrastructures pour redevenir cette locomotive alimentaire qu’elle n’aurait jamais cessé d’être mais, cela ne pourrait réussir que si les populations qui avaient fini par croire qu’elles étaient plus gambiennes ou Bissau guinéennes, se retrouvent dans un Sénégal où elles sont souvent assimilées à des renégats et même des Apatrides tout bonnement.

Monsieur le Président,

Pourtant, vous aviez tenu le bon bout en opérant un casting dans les nominations des fonctionnaires de l’administration territoriale affectées pour accompagner le processus de paix naissant. Pour exemple, des personnalités comme le Gouverneur Al Hassane Sall, l’ex Préfet de Bignona Fary Seye ou l’ancien Sous-Préfet de Kataba 1 Youssou Faye, avaient réussi en l’espace de quelques temps à insuffler un fort sentiment d’appartenance nationale aux populations et surtout, à imposer la primauté de l’état du Sénégal sur toutes autres considérations.

Ces brillants Serviteurs de l’état ont aidé à plus que la baïonnette et le canon à faire comprendre les enjeux de sécurité nationale mais également d’unité et de Nation. Si j’ai cité ces noms c’est parce que mon jeune frère Lamine Sagna âme demandait souvent d’où venait le comportement de certains fonctionnaires affectés en Casamance. Nombreux de ceux-là avaient et continuent d’avoir des comportements très équivoques qui rappellent ceux-là qui étaient justement l’élément déclencheur de cette crise regrettable.

Monsieur le Président,

Pour le repos de l’âme de Lamine Sagna, peut-être qu’en posant des actes fédérateurs et inclusifs, vous aurez répondu aux attentes de cet homme épris de justice et fier de sa Sénégalité. Parce que soit dit en passant, vous avez investi en Casamance, des centaines de milliards ont été injectés dans différents programmes et projets . Les conférences territoriales le prouvent suffisamment mais, c’est le hic Monsieur le Président, ces investissements ont plus servi à entretenir une clientèle politique que de susciter un quelconque entrepreneuriat. Oui Monsieur le Président, ces fonds ont surtout servi à installer un assistanat et à l’essor de mauvaises politiques d’emploi comme la Jakartarisation de toute une jeunesse.

Il n’est pas encore trop tard pour relever le défi et changer les choses. Pour cela, il vous faudra au delà du casting sur les fonctionnaires appelés à servir dans cette région encore meurtrie que la Justice ait un sens. Oui Monsieur le Président, seule le glaive de la justice pourrait aider les populations à se sentir citoyens et non habitants. Les détournements dans les collectivités locales, l’impunité et le manque de leadership vous ont fait perdre lourdement des électeurs et, sauf changement de cap, tout indique que vous continuerez à perdre car, acceptez avec moi qu’il y’a une singularité dans cette région méridionale du que tous les sénégalais comprennent.

Enfin Monsieur le Président,

Pour Lamine Sagna qui s’interrogeait sur certains choix même si « Le Président nomme à tous les postes civils et militaires », pourquoi ne pas promouvoir cette jeune pousse, ces femmes qui pourtant sont dans votre camp et font justement partie de ces personnes qui incarnent « Le Sénégal Émergent accompagne la Casamance ».

Je voudrais vous alerter sur l’état de Droit en vous suppliant d’y tenir compte. La levée des Checks Points militaires, la fin des contrôles tout azimuts a contribué à apaiser et adoucir le climat. Mais, faites mieux Monsieur en érigeant des commissariats de police et brigades de gendarmerie pour encourager cette culture citoyenne ré-naissante.

Les militaires ont fait leurs temps, permettez de retourner dans les casernes ou plutôt qu’ils soient moins voyants pour circonscrire à jamais cette de cette partie du Sénégal en guerre.

Vous voyez Monsieur le Président, j’ai rempli mon engagement vis-à-vis de mon frère Lamine Sagna même post mortem. Je suis déjà sur que qu’il lira avec plaisir vos réponses à ses préoccupations.

Vive le Sénégal

Cordialement
Pape Sané

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