Cinéma: « Les Chatouilles » brise le silence autour de la pédophilie

« Ce film, on le donne aux gens, à la société civile, il ne nous appartient plus. S’il peut servir à des fins préventives, curatives, politiques, pédagogiques, s’il est jugé utile, évidemment j’en serais très fière », confiait-elle lors d’une projection début novembre.

Hormis peut-être « Polisse » (2011) de Maïwenn et « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, très peu de films évoquent frontalement les violences sexuelles sur les enfants. Un pari que relèvent haut la main Andréa Bescond et Eric Métayer, livrant un film à l’énergie contagieuse, qui fait le va-et-vient entre passé et présent, entre rêve et réalité.

Dans la pièce qui lui a valu un Molière en 2016, Andréa Bescond interprétait tous les personnages, de la petite fille abusée au pédophile en passant par les parents. Il était aussi beaucoup question de danse, sa passion et son exutoire.

« Comme on ne peut plus parler quand on est victime de violence sexuelle, c’est le corps qui prend le relais. En tout cas pour moi », a-t-elle expliqué à l’AFP à Cannes, où le film a été présenté au printemps.

Dans ce film réalisé avec son compagnon, elle incarne Odette, une danseuse qui boit beaucoup, prend de la drogue et ne tient pas en place. Jusqu’au jour où elle pousse la porte d’une psy et dévoile son lourd secret. Va commencer pour elle un long chemin pour se réconcilier avec l’enfant qu’elle a été et briser le silence.

Pour aborder ce sujet extrêmement difficile, les réalisateurs ont tablé sur une mise en scène à la fois énergique, empathique et sans pathos.

– « Ne pas être caricatural » –

« Les Chatouilles » s’appuie aussi sur un casting hors pair, avec Karin Viard et Clovis Cornillac dans le rôle des parents et Pierre Deladonchamps dans celui de l’agresseur. Un rôle glaçant pour l’acteur révélé dans « L’inconnu du lac ».

« Il n’y a pas de danger particulier à jouer ce rôle si ce n’est explorer un personnage pour lequel je n’ai pas d’empathie. Pour ne pas être caricatural, il ne faut pas commenter. J’ai tout joué au premier degré », confie-t-il à l’AFP.

Une posture adoptée également par Karin Viard, qui incarne une mère mal-aimante, capable de paroles très dures à l’encontre de sa fille.

« Rien ne m’a fait peur » dans ce rôle, « j’ai joué ce qu’il y avait à jouer », souligne l’actrice qui s’était mobilisée lors des débats sur le projet de loi visant à renforcer la répression des violences sexistes et sexuelles.

« Je pense qu’on aurait pu aller plus loin » concernant la protection des mineurs dans la loi Schiappa, dit-elle aujourd’hui. Comme elle, tous les acteurs impliqués dans le projet ont vu la pièce initiale et espèrent que le film fera réfléchir.

« Oui il faut faire intégrer à l’enfant le fait que ses parties intimes lui appartiennent, et que personne n’a le droit d’y toucher, il faut aussi lui parler de cette notion d’emprise, lui dire si un adulte te fait du mal, ça n’est pas de ta faute », souligne Andréa Bescond qui a mis trois ans pour réaliser le film.

Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, il sera en salles une semaine avant la journée internationale des droits de l’enfant (20 novembre) et une mobilisation de médias et associations contre les violences sexuelles sur mineurs.

Il s’inscrit également dans la grande vague de libération de la parole autour des agressions sexuelles, entamée depuis l’affaire Weinstein.

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