Amadou Seck : candidat à l’élection présidentielle / Rêve du présent, profil du futur (​Par Momar Seyni NDIAYE, journaliste)

Son allure de quadra lui ouvre toutes les portes des audaces. Amadou Seck, Directeur Général de l’entreprise  Eurogerm a décidé de descendre dans l’arène politique. Là où à vrai, parler on l’attendait le moins. Sa candidature à l’élection présidentielle sonne comme un déroutage, une bifurcation des plus inattendues, dans le cheminement limpide et lubrifié d’une carrière, presque sans encombre. Brillant élève, son visionnaire de père, Momar Seck, ancien commissaire à la Sécurité alimentaire, l’orienta vers le pointu métier de meunier. Il sera le deuxième Sénégalais  à fréquenter une université française  dans le cercle très fermé de la meunerie, fine filière de la boulangerie. Un parcours universitaire sans faute, rencontre avec une fulgurante carrière aux Grands Moulins à Dakar et au Maroc et peu après, le choix audacieux de  créer une entreprise dont le chiffre d’affaires et le rayonnement commercial et géographique sont des plus enviables. Son crédo, l’innovation. Son éthique, le consentement à l’impôt institutionnel, signe de citoyenneté, de discipline et l’impôt social, symbole de la solidarité active. A moins de cinquante ans, une telle opportunité aurait dû suffire à son bonheur. Suffisamment pour qu’il ne sentît pas le besoin de mettre le doigt dans le panier de crabes qu’est la politique.
Et pourtant à la surprise générale de son entourage, « Pape », comme on l’appelle familièrement, a décidé de tenter le saut dans l’implacable course à la conquête du pouvoir.
Inconnu au bataillon politique, réservé, voire timide, toujours au pas de charge entre deux avions, une réunion, une visite à sa tendre mère, Amadou, n’a même pas entamé son noviciat dans ce terrain minuté qu’il convoite déjà le nec plus ultra, la Présidence de la République. Audacieux ou téméraire, ce grand industriel, lié par ses enfants à la famille du Président Macky Sall, tient à marquer ses différences optionnelles en matière de  bonne gouvernance. Il s’en démarque avec sérénité, courtoisie, sans aucune systématisation, en étant droit dans ses bottes, planté sur ses intimes convictions. La corruption qui gangrène le Sénégal, lui taraude l’esprit. La pauvreté ambiante le désarçonne. L’injustice, le chômage, le délitement des valeurs l’insupportent. L’inefficacité des  hommes politiques plus portés vers la parole et les promesses que vers l’action de transformation le met dans tous ses états. Amadou Seck a donc pris le parti de prendre le taureau par les armes et se mettre au service de la république et de la démocratie participative.
​Les chapelles, politiques  et idéologiques, ils les trouvent contreproductives et inefficientes. Ses approches éclectiques et systémiques l’inclinent à penser l’économie comme un faisceau d’interactions inextricables, entre l’éducation, l’industrie, l’agriculture, le numérique, la finance, les infrastructures et l’écologie. Son cheminement dans l’industrie et l’agro alimentaire l’oriente  tout naturellement vers l’industrie comme moteur essentiel des transformations structurelles. Cependant, Amadou Seck le clame invariablement : seul un développement durable fondé sur une gestion éthique, et prenant en compte les générations futures, peut prospérer.
Quand on lui oppose sa proximité avec le couple présidentiel qui le place dans l’inconfortable posture d’un « candidat de couverture », macky-compatible, il sourit, et donne rendez-vous à ses accusateurs à la campagne électorale.
Son inexpérience politique, il compte l’utiliser comme un atout face à la désaffection populaire contre les politiciens surannés au discours éculé et sans prise réelle sur les électeurs. Comment résoudra-t-il l’épineuse question du parrainage, sans appareil, sans parti, avec un mouvement confidentiel et embryonnaire ? Il brandit avec une fierté non feinte, les piles de feuilles de signatures qui tombent dans son escarcelle comme un fruit mûr. Et que dire des nombreux ralliements, qui dit-il, fusent de partout. Un candidat sans illusion qui scrute l’avenir ? Amadou Seck, pour l’heure, préfère gérer le présent. Le futur, c’est déjà maintenant, scande-t-il !​

Par Momar Seyni NDIAYE, journaliste

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