La Maison Blanche a tenté de couvrir Donald Trump, selon un lanceur d’alerte

La Maison Blanche a tenté de restreindre l’accès aux notes sur l’appel entre Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky du 25 juillet qui avait suscité des inquiétudes, écrit un lanceur d’alerte membre des services de renseignement, dans un signalement publié jeudi par le Congrès.

“Dans le cadre de mes fonctions officielles, j’ai été informé par plusieurs responsables du gouvernement américain que le président des Etats-Unis utilisait les capacités de sa fonction pour solliciter l’ingérence d’un pays étranger dans l’élection de 2020 aux Etats-Unis”, explique-t-il dans ce document daté du 12 août 2019.

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“Au cours des jours suivant l’appel, j’ai appris de plusieurs responsables américains que de hauts responsables de la Maison Blanche étaient intervenus pour ‘verrouiller’ toutes les archives liées à l’appel téléphonique”, poursuit-il.

Procédure de destitution

Ce signalement porte sur un appel entre Donald Trump et son homologue ukrainien datant du 25 juillet. Lors de cet échange, le président américain a notamment demandé à M. Zelensky d’enquêter sur son rival politique Joe Biden, candidat à la primaire démocrate pour l’élection présidentielle américaine de 2020, et son fils Hunter, qui a travaillé à partir de 2014 au sein d’un groupe gazier ukrainien.

Cet appel, dont la transcription a été rendue publique mercredi, a déclenché le lancement d’une procédure de destitution par la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates.

“Des responsables de la Maison Blanche m’ont raconté qu’ils avaient été +enjoints+ par les avocats de la Maison Blanche de retirer la transcription électronique du système informatique où de telles transcriptions sont d’ordinaire conservées”, affirme le lanceur d’alerte.

“A la place, la transcription avait été téléchargée dans un système électronique distinct qui est d’habitude utilisé pour conserver et manipuler des informations classifiées d’une nature particulièrement sensible”, poursuit-il.

Le lanceur d’alerte jugé crédible

“Ces différents actes ont mis en évidence, à mes yeux, que des responsables de la Maison Blanche comprenaient la gravité de ce qu’il s’était passé lors de cet appel”, souligne le lanceur d’alerte.

Cet agent, employé, détaché ou contractuel des services de renseignement, précise qu’il n’était pas un témoin direct de ces actes mais qu’il les a jugés “crédibles” car “dans presque tous les cas, plusieurs responsables ont évoqué des faits qui étaient cohérents entre eux”.

Selon lui, une douzaine de responsables de la Maison Blanche ont écouté la désormais célèbre conversation entre MM. Trump et Zelensky.

Le lanceur d’alerte a été jugé “crédible” par l’inspecteur général des services de renseignement.

L’audition très attendue au Congrès du directeur par intérim du renseignement national, Joseph Maguire, a démarré jeudi matin, peu après la publication de ce signalement par la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, dirigée par les démocrates.

La Maison Blanche dénonce “l’hystérie” des démocrates

 La Maison Blanche a dénoncé jeudi “l’hystérie” des démocrates après la publication par le Congrès du signalement d’un lanceur d’alerte concernant un appel entre Donald Trump et son homologue ukrainien.

“Rien n’a changé avec la publication de ce signalement qui n’est rien de plus que la compilation de récits de troisième main et d’articles de presse”, a déclaré Stephanie Grisham, porte-parole de l’exécutif américain.

“La Maison Blanche continuera à rejeter l’hystérie et les interprétations erronées colportées par les démocrates et de nombreux médias”, a-t-elle ajouté

Ce que dit le lanceur d’alerte contre Donald Trump

Le Congrès américain a rendu publique jeudi la lettre d’un lanceur d’alerte au sujet du président des Etats-Unis, Donald Trump, fondée principalement sur le contenu d’un appel entre M. Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 25 juillet 2019.

Voici les principaux points de cette lettre de neuf pages.

Sources

Le nom de l’auteur du signalement n’est connu pour l’instant que de l’inspecteur général du Renseignement national. Le lanceur d’alerte écrit dans sa lettre qu’il tient ses informations de plus d’une demi-douzaine de responsables américains.

Dissimulation

La Maison Blanche est accusée d’avoir enregistré le compte-rendu de l’appel téléphonique sur un serveur réservé aux contenus classés ou sensibles, utilisés par le Conseil de sécurité nationale pour par exemple des opérations de renseignement. D’ordinaire, ces comptes-rendus de conversations sont placés sur un serveur permettant au reste de l’administration et aux ministres de les consulter.

“Des responsables de la Maison Blanche m’ont raconté qu’ils avaient été +enjoints+ par les avocats de la Maison Blanche de retirer la retranscription électronique du système informatique où de telles retranscriptions sont d’ordinaire conservées”, écrit le lanceur d’alerte.

En annexe, il ajoute: “D’après des responsables de la Maison Blanche à qui j’ai parlé, ce n’était +pas la première fois+ sous cette administration qu’une retranscription présidentielle était placée dans ce système (…) purement dans le but de protéger des informations politiquement sensibles, et non sensibles d’un point de vue de sécurité nationale”.

Ingérence

Le motif du signalement du lanceur d’alerte est explicitement écrit dès le deuxième paragraphe: “Dans le cadre de mes fonctions officielles, j’ai été informé par plusieurs responsables du gouvernement américain que le président des Etats-Unis utilisait les capacités de sa fonction pour solliciter l’ingérence d’un pays étranger dans l’élection de 2020 aux Etats-Unis”.

Le 25 juillet, après quelques banalités, le président Trump “a utilisé le reste de l’appel pour promouvoir ses intérêts personnels”, en l’occurrence:

– enquêter en Ukraine sur son rival politique Joe Biden (candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine de 2020) et son fils Hunter;

– enquêter sur une origine ukrainienne aux accusations d’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016;

– et rencontrer “deux personnes explicitement désignées par le président comme ses émissaires personnels” sur ces sujets, l’ancien maire de New York Rudy Giuliani, et le ministre de la Justice Bill Barr.

Canaux parallèles et pressions

Le lanceur d’alerte retrace enfin les voyages et déclarations de Rudy Giuliani en tant qu’”émissaire” de M. Trump. Il rapporte ainsi une rencontre de M. Giuliani à Madrid vers le 2 août dernier avec un conseiller du président ukrainien nommé Andriy Yermak.

Il explique aussi avoir appris de sources gouvernementales que le nouveau pouvoir ukrainien avait reçu le message que la relation entre les deux présidents dépendrait de la volonté de M. Zelensky de “jouer le jeu”, avec l’aide militaire américaine à l’Ukraine dans la balance. En juillet, M. Trump a ainsi ordonné personnellement la suspension de cette aide, écrit le lanceur d’alerte.

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